Ces mordus du Made in France

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MADE IN FRANCE Sans patriotisme effréné, ces consommateurs nous racontent pourquoi ils ont chamboulé leur façon de consommer à la faveur de produits français. Un « militantisme doux » justifié notamment par la volonté de favoriser les emplois dans l’Hexagone. Portraits.

Eric Florin
Eric Florin© © RGA/REA

Pour Marine, avocate de 38 ans, le déclic s’est produit lors des fêtes de fin d’année, en 2015. Au moment d’effectuer avec ses enfants la lettre au père Noël, elle décide de proposer un Noël made in France à l’ensemble de sa famille : « J’avais envie de donner un sens à cet événement où les enfants sont souvent archigâtés. J’ai donc aidé mes proches pour les recherches et j’ai trouvé des cadeaux français pour tous », raconte cette maman. Cours de cuisine, coloriage, jeux de société et habits… Après de nombreuses recherches en ligne, des présents 100 % tricolores ont orné le pied du sapin. Depuis, Marine a radicalement changé sa façon d’acheter, à la faveur de produits français dès que cela est possible. Même ses brosses à dents sont fabriquées sur le territoire ! « C’est du patriotisme apolitique. Je suis sensible au maintien des emplois en France, consommer français est donc ma modeste contribution pour y parvenir. »

Comme elle, de nombreux Français avancent cet argument dans leurs motivations d’achat : « Le soutien à l’emploi et à l’industrie constitue le principal moteur des consommateurs qui font le choix du made in France, juste devant l’argument environnemental », confirme ainsi Fabienne Delahaye, commissaire générale du salon du Made in France. Cette tendance de fond croît à vitesse grand V : en trois éditions, la fréquentation de ce salon a triplé ! Plus globalement, la moitié des 2 003 consommateurs interrogés déclare privilégier les fabrications et denrées alimentaires provenant de leur pays. Mieux, 61 % se disent prêts à débourser un peu plus si l’origine de leur article est française.

« Plus de sens que le bio »

C’est notamment le cas de Kristel, Parisienne de 31 ans, qui a elle aussi radicalement changé son alimentation. Fini les plats préparés dont la provenance des ingrédients demeure « parfois floue », son petit ami l’a incitée à privilégier des produits de l’Hexagone. Tous deux se sont d’abord rués sur les produits bio. « Mais à la réflexion, se souvient-elle, nous ne voyions pas l’intérêt de consommer des produits venant du bout du monde sous prétexte qu’ils étaient bio. C’est pourquoi nous avons choisi de privilégier ceux d’origine française. » Elle assure que sa facture consacrée à l’alimentation n’a pas pour autant gonflé : « Au départ, on tiquait sur les prix, parfois deux fois plus élevés ; mais, finalement, nous consommons moins et en fonction des saisons, donc nous équilibrons notre budget », assure-t-elle. Une réalité confirmée par la plupart des accros à l’origine France ; 61 % des sondés par la Fédération indépendante du made in France (Fimif), au mois d’avril 2016, déclarent en effet ne devoir dépenser que « un peu plus » d’argent suite à ce changement de consommation, 20 % assurent même acheter à budget constant.

Un acte citoyen avant tout

Toujours selon cette même source, cet engouement est récent : 79 % des personnes sensibles à cette origine le sont depuis moins de dix ans, et 55 % depuis moins de cinq ans. « Il y a une corrélation évidente avec les campagnes présidentielles pendant lesquelles le thème du made in France est largement abordé » analyse Amandine Hesse, présidente du Fimif. Qui met en garde : « Pour nos adhérents, consommer français n’est pas un acte politique mais citoyen. » Parmi les causalités qu’elle énumère, elle souligne également les scandales alimentaires et sanitaires, qui entretiennent un climat de défiance à l’égard des produits de grande consommation. La vache folle, E-coli, les canapés cancérigènes… Autant de craintes qui poussent les consommateurs vers des produits plus « transparents » à leurs yeux.

Pour répondre à cet enthousiasme grandissant, les distributeurs ont fait des efforts s’agissant de ces références. Les enseignes alimentaires communiquent sur leurs approvisionnements locaux plus nombreux. On constate également davantage de sites marchands dédiés aux produits français (voir ci-contre)... Jean-Paul, 55 ans, atteste de cet accroissement de l’offre. Quand il a commencé à reconstituer sa garde-robe, il y a cinq ans, son choix s’avérait limité. Désormais, exception faite des chaussures de sport, il déniche des pépites françaises pour tout : chaussettes, sous-vêtements, pulls et chemises… « Être parisien facilite grandement pour trouver ces habits, car il existe plusieurs boutiques dédiées aux créateurs français. Désormais, je peux aussi faire l’ensemble de mes courses dans des grandes surfaces, je trouve des produits français dans tous les rayons », avance-t-il.

Engagés… mais pragmatiques

Mais attention, être engagé pour ces achats ne signifie pas pour autant être extrémiste. Et pour ces sondés, le pragmatisme l’emporte au moment de réaliser leurs emplettes. C’est le cas d’Éric. Cet Eurois se démène pour traquer les produits français : plantes, pneus pour sa voiture, enceinte, lunettes de vue… Il évite les sociétés qui ne paient pas d’impôts en France et privilégie des sites français. Mais pour son fils, difficile de supprimer les Lego et les Playmobil ; il concède alors une production européenne. Idem pour Marine. Si ces filles désapprouvent la version bio et française du Nutella, leur mère tolère encore quelques jeux chinois dans leur chambre… Tous deux soulignent qu’il reste difficile de trouver certains produits dont la production est française, dans l’électroménager et la high tech notamment. Mais cette tendance grandissante pourrait peut-être bientôt changer la donne..

L’origine France plébiscitée

  •  1 sondé sur 2 : assure privilégier les fabrications provenant de l’Hexagone
  •  61 % :  se disent prêts à dépenser un peu plus si le produit est français
  •  60 % : estiment que les produits français sont de meilleure qualité comparés à leurs homologues étrangers, surtout pour l’alimentaire
  •  68 % : des répondants souhaiteraient un label « made in France » pour identifier plus facilement cette offre

Source : Credoc. Sondage réalisé entre décembre 2013 et janvier 2014, auprès de 2003 personnes, âgées de 18 ans et plus, selon la méthode des quotas.

Qui sont ces accros des produits français ?

  • Les artisans, commerçants et chefs d’entreprises sont surreprésentés, suivis des cadres et professions intellectuelles supérieures.
  • Les femmes se montrent plus sensibles à cet argument, de même que les urbains.
  • Les couples (mariées, pacséesou en union libre) consomment sensiblement plus made in France que les personnes vivant seules
     

Qu’achètent-ils ?

  • 74,7 % : des produits alimentaires
  • 67,6  % : des produits de beauté
  • 64,1  % : dépenses pour les transports
  • 49,5 % : du textile
  • 48,4  % : des objets pour la maison

« Je change depuis cinq ans ma façon de consommer au profit de produits français. Enceintes, plantes d’extérieur, vêtements et même ma voiture, je regarde les provenances pour tout. Ma seule entorse est pour mon fils ; il veut des Lego et des Playmobil, qui ne sont pas fabriqués dans notre pays mais en Europe. Mais nous cherchons ensemble des alternatives françaises. »

ÉRIC, 39 ANS, CHARGÉ DU DÉPLOIEMENT DANS L’AUDIOVISUEL À PACY-SUR-EURE (27)

« L’an passé, j’ai proposé à ma famille de faire un Noël made in France, car j’en avais assez des jouets made in China pour mes enfants. J’ai donc cherché sur internet des jeux, vernis, coloriages et habits pour ma famille. Consommer français, c’est pour moi la garantie de normes. »

MARINE, 38 ANS, AVOCATE À MONTPELLIER (34)

« J’ai pris conscience qu’il fallait donner un sens à ma façon d’acheter grâce à mon ami qui faisait le marché et traquait les produits locaux. Nous avons d’abord acheté bio, mais quand ça vient de l’autre bout du monde cela n’a pas grand intérêt. C’est pourquoi on privilégie le local et les produits artisanaux. »

KRISTEL, 31 ANS, CHARGÉE DES RELATIONS PUBLIQUES CYRIL, 28 ANS, INGÉNIEUR DANS L’AÉRONAUTIQUE À PARIS (75)

« Il y a cinq ans, j’ai voulu changer de garde-robe pour des produits français, avec un budget mensuel de 70 €. C’est important de soutenir ce secteur, les emplois qui y sont liés et notre modèle social avantageux dont nous profitons tous. Au départ, il y avait peu de choix, mais, maintenant, à Paris, cela devient plus simple de dénicher des habits français. »

JEAN-PAUL, 55 ANS, SALARIÉ D’UNE ASSURANCE À PARIS (75)

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Article extrait
du magazine N° 2427

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