[Edito de la semaine] Le bon grain de l'ivraie

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Yves Puget

Rares sont les semaines sans une dénonciation des méfaits de la malbouffe. Il ne sert à rien de se voiler la face. Oui, les Français mangent de plus en plus mal et font de moins en moins de sport. Mais il ne faut pas confondre les mauvaises habitudes alimentaires avec la question de la qualité des produits et de la santé. Or, de nombreux médias ne cessent de faire croire que manger est devenu un danger mortel. Le food bashing est tel qu’on pourrait penser que les industriels distillent du poison dans leurs produits. Fort heureusement, les consommateurs sont de moins en moins dupes de cette surenchère verbale et de cette multiplication d’études anxiogènes. Pour s’en convaincre, il suffit d’éplucher les chiffres de Nielsen. On y apprend qu’après le horsegate, en février 2013, les ventes ont dégringolé de plus de 40 % pendant plus de un mois. Que les plats surgelés au bœuf, au cœur de la tourmente, ont perdu un million d’euros par semaine. Soit 300 tonnes évaporées en sept petites journées. Une catastrophe économique.

Mais qu’en est-il des ventes de jambon cuit après l’émission d’Élise Lucet ? Le 13 septembre dernier, dans Cash Investigation, l’animatrice avait en effet attaqué l’industrie agroalimentaire, coupable, selon elle, d’utiliser le sel nitrité pour donner, notamment, une couleur rose à sa charcuterie. Juste après l’émission, les ventes hebdomadaires sont tombées à 14 millions d’unités. Soit la semaine la plus basse après Noël (un peu plus de 12 millions d’unités), et 15 à 20 % de moins que les bonnes semaines, qui tournent entre 15 et 17 millions d’unités. Une baisse moins impressionnante, donc, et qui n’a guère duré : seulement deux semaines. Très rapidement, les chiffres d’affaires ont retrouvé un rythme normal. Quant aux ventes de mueslis, elles ne paraissent pas le moins du monde touchées par le buzz médiatique de l’étude annonçant la présence de pesticides, soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens. Mieux encore, les deux segments, mueslis traditionnels et gourmands, sont en évolution positive en volume et en valeur par rapport à l’année passée !

Bien sûr, les émissions et articles économiques, à charge ou non, auront toujours leur place dans le paysage médiatique. Parce qu’ils font de l’audience, parce qu’ils servent aussi à vulgariser des sujets parfois abscons, mais aussi et surtout parce qu’ils posent de vraies questions et dénoncent, parfois, des dérives et même des escroqueries. Avec la montée en puissance des chaînes d’info et des réseaux sociaux, il revient aux industriels et distributeurs d’accepter ce jeu. Aujourd’hui, ils ne peuvent plus vivre cachés, cloîtrés derrière leurs murs dans le sempiternel culte du secret. Améliorer les recettes ne suffit plus, il faut dorénavant expliquer, démontrer et même prouver. La transparence s’impose à tous et il convient d’apprendre à répondre aux demandes des consommateurs… comme des médias. Vivre dans ce monde de la surcommunication, qui ne cesse de se plaindre de la surconsommation. Avec ces derniers chiffres de Nielsen, on peut juste s’amuser du phénomène de « l’arroseur arrosé ». Observer que ceux qui se réjouissent de voir les consommateurs prendre le pouvoir doivent aussi faire face à des lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, vigilants face aux éventuels excès médiatiques. Comme dans les rayons, les Français font le tri, prennent ou rejettent, et séparent le bon grain de l’ivraie

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Article extrait
du magazine N° 2435

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