Grands patrons, la distribution agrandit son terrain de chasse

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Carrefour, Casino, Auchan et Intermarché : ces quatre géants de l'alimentaire ont renouvelé leurs états-majors entre 2009 et 2010. Ils ont privilégié des patrons issus du sérail ou sont allés chercher des talents à l'étranger.

Alexandre Bompard et Jean-Pierre Meunier n'ont rien en commun, à part d'avoir été nommés à leurs postes respectifs quasiment le même jour et d'avoir créé la surprise. Chacun à sa façon symbolise les changements à l'oeuvre dans la distribution. Personne n'attendait à la tête de la Fnac Alexandre Bompard, véritable ovni dans le milieu du commerce, jeune énarque de 38 ans. Le patron d'Europe 1 atterrit sur une planète inconnue, certes, mais qui a souvent fait appel à des hommes atypiques et venant des médias. Denis Olivennes n'avait-il pas oeuvré chez Canal+ avant d'être catapulté à la tête de l'agitateur de biens culturels ? « Il fallait quelqu'un de sexy pour préparer la mariée », commente Édouard-Nicolas Dubar, associé spécialisé dans le commerce chez Transearch.

La désignation de Jean-Pierre Meunier lors d'une assemblée générale des Mousquetaires la semaine dernière ressemble tout autant à un coup de théâtre. Ancien bras droit de Pierre Gourgeon, un autre pilier des Mousquetaires, cet homme de 56 ans n'était pas vraiment pressenti pour prendre la présidence d'Intermarché, de Bricomarché et de Netto : il est le premier président de la Société civile des mousquetaires à ne pas être issu d'Intermarché et à avoir pris quelques chemins de traverse, de Bricomarché à Arena (structure en charge des alliances internationales) et ITM Entreprises.

 

Peu de sang neuf dans la distribution

Mais au fond, cette nomination n'a rien de bien nouveau. « Dans la grande distribution, il y a assez peu de sang neuf, constate Hubert Reynier, PDG de Visconti, société de coaching des cadres dirigeants. C'est regrettable qu'il n'y ait pas plus de renouvellement. C'est presque une erreur de management. » Et de rappeler que les plus grandes crises d'entreprise sont dues à une absence de diversité. « Prenez la Société générale : toute la structure de management venait de Polytechnique ou de Centrale, peu imaginaient que la banque pouvait être bouleversée par un Jérôme Kerviel ! »

Soumis à une concurrence de plus en plus rude, le monde de la distribution se rassure en recrutant ses talents... chez lui. « Tous les distributeurs sont en recherche de rentabilité et d'optimisation. Ils embauchent des gérants plutôt que des chasseurs pour se rassurer sur l'optimisation de leur compte d'exploitation », explique Yves Marin, senior manager chez Kurt Salmon.

En période de crise, on change les dirigeants, mais on reste fidèle. Virgin, Morgan ou Princesse Tam-Tam sont restés en famille. Le nouveau directeur général de Virgin, Jean-Louis Raynard, nommé en mars dernier, a l'habitude de régénérer les entreprises de distribution spécialisée en difficulté, qu'il s'agisse de Conforama en Espagne ou de Go Sport, dans son combat face à Décathlon. Dans le textile, Roland Beaumanoir, le repreneur de Morgan, est allé chercher Luc Mory chez Camaïeu pour relancer l'enseigne de mode. C'est là d'ailleurs que Pierre-Arnaud Grenade a exercé ses talents avant de rejoindre au printemps 2010 l'enseigne de lingerie Princesse Tam-Tam. Et la nouvelle tête pensante de Camaïeu, Thierry Jaugeas, a fourbi ses armes chez Sephora, autre emblème de la distribution spécialisée, pendant près de dix ans !

Toujours côté spécialistes, certaines enseignes s'offrent des cadors de la distribution alimentaire. Comme Antoine Brieu, parti de Carrefour après onze ans de service. À 43 ans, il a pris la direction générale de C&A et ne le regrette pas. « Beaucoup de groupes alimentaires sont en phase de contention et les postes élevés deviennent rares », déclarait-il à LSA en septembre. Les exemples ne manquent pas. Marc Oursin a quitté Carrefour Belgique pour prendre la direction générale de Sport 2000 et Alain Souillard a tourné le dos à la direction des hypers du numéro deux mondial de la distribution pour Brico Dépôt. « Leur capacité de rigueur et leur puissance de travail sont recherchées, explique Édouard-Nicolas Dubar. Ce sont des patrons qui peuvent réagir vite et taper fort. Ils sont opérationnels tout de suite. » De fait, les résultats se font déjà sentir dans les enseignes qu'ils ont rejointes. « Il y aura toujours des entreprises écoles, des talent academies qui forment d'excellents managers », précise Claire Babel, consultante chez Heidrick, cabinet spécialisé dans le conseil aux dirigeants. C'est le cas de Carrefour, Procter et Gamble et L'Oréal.

Par définition, les cadres de haut vol ne peuvent pas tous rester dans ces grandes entreprises. « Il y a un effet pyramide, note Hubert Reynier. Après quelques années, les forts potentiels partent.» Cette année, ce sont surtout les groupes de l'alimentaire qui ont bousculé leurs états-majors. En un an, Carrefour, Casino, Auchan, Match et Intermarché ont changé de tête(s). Auchan ou Cora, qui n'avaient pas modifié leur organigramme de direction depuis vingt ans, ont primé la fidélité. Cora a récompensé Vincent Ringenbach pour ses trente-quatre ans de service en le nommant directeur exécutif, et Bertrand Dufresne, un autre ancien, directeur général exécutif. Quant à Auchan, Philippe Baroukh et Vincent Mignot connaissent par coeur les arcanes du groupe nordiste. Seule originalité : la jeunesse de Vincent Mignot (38 ans), et son origine, le terrain.

 

Un premier pas vers l'étranger

Certains grands distributeurs font un premier pas vers l'étranger. « Le terrain de chasse s'internationalise, estime Claire Babel. C'est aussi le signe que les entreprises grandissent avec leur marché. » L'exemple le plus fort est sans conteste Carrefour. Lars Olofsson en tête, puis James McCann, Vicente Trius, José Carlos González-Hurtado, tous ont bâti leur parcours hors de nos frontières. « J'avais besoin à la fois d'hommes qui portent un regard neuf sur Carrefour, de m'appuyer sur les talents de l'entreprise, tout en privilégiant la stabilité sur les marchés clés », expliquait à LSA le patron de Carrefour, Lars Olofsson, en début d'année.

Les transferts de l'étranger et les passerelles sectorielles devraient se multiplier dans les années à venir, tant les carrières vont s'allonger. Un effet mécanique dû à la longueur de la vie professionnelle, partie pour durer quarante-cinq ans.

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Ceux qui arrivent de l’étranger

Leurs profils : Ils sont étrangers et ont fait l'essentiel de leur carrière hors de France lorsque les entreprises françaises sont allées les chercher, ou bien ils sont français et souhaitent revenir dans l'Hexagone.

Les exemples : James McCann, un ancien de Sainsbury et de Tesco, est l'exemple le plus emblématique. Lars Olofsson, directeur général de Carrefour, est allé débaucher ce quadragénaire en Grande-Bretagne en janvier dernier pour redonner du punch au numéro un français des hypermarchés. Deux mois après, c'est d'Amérique latine et de Wal-Mart qu'est venu Vicente Trius, pour prendre la direction exécutive de Carrefour Europe. Autre secteur, même volonté d'internationaliser : la Française Nathalie Balla, qui prend les rênes de Redoute France, vient du pays de la vente à distance par excellence, l'Allemagne. Plus précisément, elle était directrice générale de Robert Klingel Europe, numéro quatre de la VAD outre-Rhin. Les grands magasins, autre spécialité de l'Allemagne, ont également facilité les transferts. Patrice Wagner, patron du KaDeWe, grand magasin berlinois, est arrivé comme président au Bon Marché.

L'intérêt : Partager une autre vision managériale, une autre culture.

Ceux qui viennent de la distribution

Leurs profils : Ils ont effectué leurs parcours essentiellement dans le commerce, soit dans le même secteur, soit dans un domaine différent.

Les exemples : Trois enseignes de l'alimentaire ont renouvelé leur état-major, Auchan, Casino et Intermarché, en faisant surtout appel à des hommes (et femmes) de l'interne. Toujours selon l'adage « restons entre nous », Virgin, Morgan ou Princesse Tam-Tam ont embauché des patrons issus des secteurs culturels ou de l'habillement. Trois autres enseignes, du non-alimentaire cette fois, ont changé de direction, mais se sont montrées plus audacieuses, en allant chercher des talents dans... l'alimentaire ! C'est le cas de Sport 2000, de C et A et de Mr. Bricolage. Les deux premiers ont débauché chez Carrefour, le troisième chez Intermarché.

L'intérêt : Être opérationnel tout de suite, un élément important dans des entreprises à la recherche de rentabilité.

Et les femmes?

Peut mieux faire : Aux fonctions de directrice générale ou de PDG, elles se comptent sur les doigts d'une main, particulièrement dans la distribution. Nathalie Balla est arrivée depuis un an déjà aux commandes de Redoute France. Laurence Paganini a, elle aussi, choisi la vente par correspondance et rejoint la direction générale de 3 Suisses France il y a dix-huit mois. Le mouvement de féminisation se ressent beaucoup plus dans l'industrie. Dans la catégorie des bons élèves, Coca-Cola France persévère avec l'arrivée de Véronique Bourez qui, à 46 ans, prend la tête de l'entreprise. Toujours dans l'industrie, Sylvaine Audrain est depuis février 2010 directrice générale de Mars Food France, en charge de 156,5 millions d'euros de chiffre d'affaires. Enfin, sous la pression du législateur qui leur impose de prendre 20% de femmes dans leur conseil d'administration d'ici à trois ans, les entreprises intronisent progressivement des femmes dans leurs instances dirigeantes. Dans cette logique de quotas, Yseulys Costes, PDG de 1000mercis.com, est entrée au conseil d'administration de PPR au printemps dernier.

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Article extrait du magazine N° 2162

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