La hausse du prix du lait, nouvelle épine dans le pied des industriels

Le 21 janvier 2010 par Morgan Leclerc

L'augmentation annoncée des prix du lait français est à double tranchant. Si elle pourrait permettre de restaurer un peu la rentabilité des entreprises, elle favorise également les importations, moins chères. L'industrie appelle à une nouvelle restructuration du secteur pour être compétitive.

Un nouveau jeu de yo-yo s'ouvre sur le marché du lait, avec une forte remontée des prix payés aux producteurs attendue cette année. Olivier Picot, président de l'Atla, qui fédère les industriels et les coopératives laitières, estime que le prix du lait en France devrait s'établir « à environ 30 centimes le litre en 2010, soit une hausse de 8 à 10 % sur un an ». De quoi trancher avec 2009 où les cotations, notamment des produits industriels, avaient chuté avant de remonter en fin d'année. Cette hausse promet de belles empoignades lors les négociations commerciales qui devront être bouclées fin février.

Valse des étiquettes

En fonction du mix produit et de la rentabilité des entreprises, l'impact ne sera pas le même pour tous. Mais cette nouvelle valse des étiquettes interviendra alors que les ventes ne connaissent pas une vigueur extraordinaire et pourraient de nouveau vaciller. « Sur le yaourt, les hausses de tarifs annoncées par nos fournisseurs sont de l'ordre de 3 ou 4 %. Sur le fromage, elles dépassent 5 %, confirme le responsable frais d'une enseigne. Et il y aura certainement d'autres hausses en cours d'année. Nous réfléchissons à la manière de les répercuter car nous en avons assez de jouer le rôle d'amortisseur. » Derrière ce débat que le consommateur tranchera, une problématique plus profonde secoue l'industrie, qui ne cesse d'évoquer la compétitivité par rapport à nos voisins. « Il revient à l'amont de faire en sorte que les distributeurs n'aient pas intérêt à importer du lait », juge Olivier Picot, qui compose avec un lait français parmi les plus chers d'Europe. « L'industrie devrait mieux se porter que l'an dernier, si elle réussit à répercuter cette hausse des prix », avertit le président de l'Atla, côté pile.

Côté face, cette instabilité régulière agace, faute, selon l'Atla, d'avoir su s'adapter aux changements liés à la politique agricole commune. Les conséquences sont visibles : la France importe de plus en plus de produits laitiers, et les difficultés à l'export sont croissantes, compte tenu du différentiel de prix élevé.

Les importations inquiètent

« Nous devons (...) tirer les enseignements de cette crise et relever le défi de la compétitivité des exploitations laitières et des entreprises de transformation », indique Daniel Jaouen, nouveau DG de Lactalis, dans ses voeux aux producteurs. Selon lui, les importations de produits laitiers allemands ont représenté l'an dernier « l'équivalent de la production annuelle d'une usine de lait de consommation et de deux usines d'emmental ». Les fabricants de produits laitiers souhaiteraient que la production française égale les besoins du marché, ce qui éviterait de produire à perte, comme le fait Entremont depuis des mois. Mais une restructuration serait nécessaire, avec moins de producteurs et d'usines. En limitant l'éparpillement, les bassins laitiers seraient plus forts.

Vers un nouveau tangage ?

« Nous avons repris la coopérative Sicolait en 2009, et amorcé une restructuration en fermant quatre petits sites industriels. Il faut rationaliser et saturer les outils pour être compétitifs », témoigne Henri-Jacques Buchet, directeur général de 3A, pour qui les producteurs doivent aussi se grouper. Une solution encouragée par l'Atla, pour qui « l'État a un rôle à jouer dans cette restructuration », en accompagnant financièrement les départs. La réalité est toutefois différente, puisque la réorganisation s'effectue à marche forcée selon les difficultés des entreprises. La situation d'Entremont en témoigne, avec un probable rachat par le groupe coopératif Sodiaal, pendant qu'Eurial discute d'un rapprochement avec le Glac, sans oublier les graves problèmes que traverse l'URCVL. Plusieurs partenaires industriels de cette coopérative spécialisée dans la collecte et la commercialisation du lait traînent les pieds pour reprendre le lait, leurs stocks étant déjà trop importants.

Compte tenu du prix élevé de la matière première, la valorisation devient compliquée face à la concurrence, bien que l'écart entre France et Allemagne se soit réduit dernièrement. Des initiatives (J'aime le lait d'ici) ont été tentées pour toucher la fibre patriotique du consommateur, mais restent circonscrites au lait liquide. En cas de forte répercussion de la hausse des prix, le secteur pourrait de nouveau tanguer. « Les distributeurs ne peuvent pas s'exonérer du débat sur la politique laitière en France », prévient Olivier Picot. Mais chacun va devoir se retrousser les manches.


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