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EDITORIAL
Quel rapport existe-t-il entre les élections régionales du 14 mars et la grande distribution ? Presque aucun, répondent en choeur quelques distributeurs. Même si les conseils régionaux traitent des problèmes de transport ou de formation professionnelle, les commerçants constatent qu'ils ont peu de relations avec ces élus, alors qu'ils côtoient régulièrement leurs maires ou leurs députés. En revanche, ils clament tous, haut et fort, l'importance des régions dans leur organisation (lire p. 10 à 12).
Le directeur régional - trop rarement une femme - serait même un homme clé. Chargé d'optimiser les résultats économiques des magasins de sa zone, il se doit de mobiliser au quotidien des compétences multiples. Il est à la fois gestionnaire, commercial et manager. À l'inverse d'un directeur de magasin, qui est sur son terrain et gère au quotidien en face-à-face, il manage à distance. Ce qui veut dire suivre et écouter en permanence les responsables... en s'interdisant de penser pour eux. Un bon directeur régional peut, sans même regarder les chiffres, « sentir », en un quart d'heure d'échanges, si le magasin est en décalage avec les objectifs.
Malheureusement, il subit également les soubresauts stratégiques de son enseigne. À la fin des années 80, les distributeurs français ont estimé que les racines historiques de leur modèle étaient dépassées. Leur culture, faite de décentralisation et de dynamique humaine, n'était, paraît-il, plus adaptée pour maîtriser la course à la taille critique et gérer la nouvelle complexité des métiers. Forts de ce constat, ils sont allés puiser dans les modèles anglo-saxons des outils ou des concepts qu'ils ont essayé d'appliquer. Il s'en est suivi une forme de pensée unique qui a conduit à la centralisation du management, à la primauté des systèmes ou des process sur la dynamique humaine. Les « régions » ont ainsi moins de pouvoir, et les secteurs ont été maintes fois redécoupés. Aujourd'hui, il est de nouveau temps d'ajuster le curseur. Pour s'en convaincre, il suffit d'observer que les distributeurs qui ont conservé une « culture régionale » doublée d'une « organisation régionale » ne cessent de grappiller des parts de marché. Même si les difficultés économiques peuvent inciter certains à alléger leurs structures, à centraliser à tout va afin de gagner de la productivité, il convient de se rapprocher au maximum des magasins, et donc de ses clients. Finalement, ce n'est donc peut-être pas un hasard, si, sur le terrain, les commerçants dialoguent beaucoup plus avec leurs élus locaux qu'avec les conseillers régionaux. Car, ici comme ailleurs, les instances régionales ne fonctionnent que si leurs missions sont clairement définies et si les hommes et femmes en place font preuve d'un grand dynamisme avec un savoir-faire indéniable de management afin d'entraîner les troupes, de relayer les messages. Dans le cas contraire, c'est-à-dire si leur rôle n'est pas reconnu, si les missions ne sont pas clairement définies et communiquées, si leurs moyens sont trop faibles ou si leurs apports sont inexistants, les directeurs régionaux risquent de tomber dans l'ignorance. Ils ne seront pas écoutés et seront « court-circuités ». En politique, on appelle cela... le risque de l'abstention.


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