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Le mini-PC, arme de reconquête de Nokia

Le 03 septembre 2009 par FRÉDÉRIC BIANCHI
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STRATÉGIE - Chahuté dans le mobile, le numéro un mondial de la téléphonie tente de se diversifier sur le marché très vigoureux des mini-PC. Si le Booklet 3 G se promet d'être le meilleur de sa catégorie, son prix et son positionnement soulèvent quand même des interrogations.

C'est le dernier bastion de croissance de l'électronique grand public. Les mini-PC sont à l'informatique ce que le restaurant parisien le Fouquet's est au monde des affaires : l'endroit où il faut être pour attirer l'attention sur soi. Nokia l'a bien compris : un modeste communiqué faire-part (quatre spécifications techniques et deux photos) a enflammé le petit monde du high-tech le 24 août. Car lorsqu'un géant des télécoms (au chiffre d'affaires de 50 milliards d'euros en 2008), inventeur du téléphone le plus vendu de tous les temps (200 millions de Nokia 1100 dans le monde), défriche un nouveau marché, cela suscite évidemment la curiosité.

Tout dans une seule boîte

Comment le groupe finlandais va-t-il s'attaquer aux mastodontes de l'informatique mobile que sont Samsung, Acer, HP ou encore Asus ? Réponse : par le haut. Quand la concurrence positionne ses mini-PC entre 300 et 400 E, Nokia n'a pas peur d'arriver avec son Booklet 3 G à plus de 700 E. Sa « Rolls » des mini-PC promet, en effet, de ne manquer de rien : écran haute définition, connectique HDMI, processeur Intel Atom puissant et peu gourmand en énergie, multiples puces de connexion (Wi-Fi, 3G et GPS)... Bref, les ingénieurs finlandais ont mis dans la boîte tout ce qu'il était possible d'y faire entrer. Le clou du spectacle : une batterie haut de gamme composée de 16 cellules (contre 6 pour la majorité des PC portables), qui lui permettra de bénéficier d'une autonomie record de douze heures en utilisation intensive ! « C'est ça qui impressionne le plus, assure Gregory Coillot, directeur des achats de The Phone House. Nous l'avons testé en téléchargeant, en surfant activement sur internet, et il a tenu plus de douze heures. » Promesse tenue, donc, semble-t-il. Comme souvent Nokia a réussi à concevoir un produit de bonne facture, au design soigné, le tout doté des technologies de pointe. En cela, ce mini-PC rappelle le mobile multimédia emblématique de la marque, le N95, sorte d'iPhone d'avant la génération internet. Un appareil qui précédait le téléphone d'Apple, le « smartphone » le plus vendu dans le monde.

Une arrivée bien tardive

Mais les temps ont bien changé, et pas forcément en faveur du groupe finlandais. L'ancien colosse mondial de la téléphonie mobile aurait comme de l'argile dans les pieds depuis quelques mois. Le chiffre d'affaires de Nokia a accusé un recul de 25 % au deuxième trimestre, sa part de marché mondiale est passée, pour la première fois depuis le début des années 2000, à moins de 40 % (37 % précisément), et un plan d'économies de 2 milliards d'euros - inédit dans l'histoire du groupe - a été divulgué en fin d'année dernière. La mécanique s'est grippée. En cause : la stratégie « 100 % mobile » de l'industriel finlandais et le virage très mal négocié des téléphones à écran tactile.

« Si Nokia se diversifie dans le mini-PC aujourd'hui, c'est pour défendre son territoire, estime Carolina Milanesi, analyste télécoms chez Gartner. La marque a eu, trop longtemps, une vision réductrice de la mobilité en la résumant au téléphone. Or, ce n'est plus ce marché-là qui tire celui de la mobilité, ce sont principalement les " netbooks " aujourd'hui. » Malheur, donc, à celui qui se cantonne au téléphone. Le fabricant sud-coréen Samsung l'a très tôt compris, proposant, dès 2008, un mini-PC au design ravageur, le NC10, devenu ele numéro un incontesté du segment. Un exemple que Nokia observe depuis quelques mois.

Un délai sans doute trop long, selon certains. « L'arrivée de Nokia sur ce marché est bien tardive, observe Gregory Coillot. Il ne manquait plus que lui, et certains acteurs n'ont pas attendu pour prendre de bonnes positions. » Samsung séduit par son design et son autonomie, Acer attaque par les premiers prix, Asus propose la gamme la plus complète avec les déclinaisons de son EEEPC.

Surtout, le positionnement prix du Booklet 3 G risque de refroidir les éventuels acheteurs. À ce prix-là, on trouve de « vrais » PC dans les magasins. Il y a bien les subventions des opérateurs qui feront baisser le prix du produit de 200 à 300 E sur abonnement à un service de clé 3G. Mais, là encore, Nokia risque de se heurter à un mur : le circuit de distribution. Si la famille des mini-PC est proche de celle des smartphones, les meilleures ventes se font dans les enseignes high-tech (Fnac, Darty, hypermarchés...). Or, c'est la distribution télécoms qui est le mieux à même de vendre des abonnements. De fait, c'est chez les Orange, SFR et The Phone House que Nokia est le mieux implanté. Cette fois-ci la montagne sera dure à gravir pour le géant finlandais.


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