Le papier fait de la résistance

par Yves Puget, directeur de la rédaction |
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer
YVES PUGET, directeur de la rédaction
YVES PUGET, directeur de la rédaction©Bernard Martinez

Les prospectus n'ont pas dit leur dernier mot. Même si certains en rêvent ou y travaillent, la fin de ce qu'on appelle, pudiquement, les courriers non adressés n'est pas pour demain. Certes, les catalogues et les flyers vont devenir de plus en plus coûteux, puisque l'écocontribution, collectée par EcoFolio, organisme agréé par l'État, fait un bond de 23 % (de 39 à 48 € la tonne) ! Sans oublier la hausse du cours du papier. Bien évidemment, le numérique va prendre sa part de marché. Mais il est vain et illusoire de penser que les magasins vont, du jour au lendemain, abandonner cette pratique.

N'en déplaise aux adeptes du tout-numérique, pour l'instant, on n'a rien inventé de mieux et de plus efficace pour faire venir les consommateurs en magasins qu'un prospectus avec sa ribambelle de produits et d'offres alléchantes. Quel support permet de visualiser plus de 300 produits en deux ou trois minutes ? Le papier, et rien que le papier. Voilà pourquoi, chaque année, 850 000 tonnes de courriers atterrissent dans les boîtes aux lettres des Français. Soit 20 milliards d'exemplaires ou 40 kilos par foyer ! Et voilà pourquoi il existe, dans le monde, davantage d'exemplaires du catalogue Ikea que de La Bible, ou que le consumer mag de Tesco est plus lu que le tabloïd The Sun ! Et, enfin, voilà pourquoi les prospectus représentent la moitié des investissements marketing de la distribution.

On peut dire que ces sommes sont considérables, que des millions de prospectus passent directement de la boîte aux lettres à la poubelle (ce qui est vrai) ou qu'il faut réduire une telle gabegie pour protéger nos forêts (ce qui est plus contestable, car la France n'est pas dans un état de déforestation), il n'en reste pas moins que ces opérations génèrent du trafic et qu'elles soutiennent les chiffres d'affaires aux alentours de 10%. Les commerçants en raffolent, et les clients les adorent (ils ne sont que 10 % à avoir affiché un « stop pub »). Difficile, dans ces conditions, de s'en passer. Surtout lorsque la question du pouvoir d'achat est cruciale, que les ventes s'érodent, que le trafic baisse, et que le commerce électronique s'impose...

Mais cela ne signifie nullement qu'il ne faut rien faire et attendre benoîtement que des taxes deviennent prohibitives. Les catalogues et prospectus ont déjà amorcé leur révolution. Les formats changent, l'épaisseur varie et le grammage baisse. Certains misent sur la segmentation ou spécialisation, d'autres parient sur les services et la valeur ajoutée. Le ciblage devient une réalité afin de ne pas « arroser » à tout-va sa zone de chalandise. Quant à l'écoconception, elle va d'autant plus s'imposer qu'elle fera bientôt partie du calcul de la taxe EcoFolio. Et, bien sûr, il est indispensable, en parallèle, de travailler sur tous les supports (smartphones, tablettes et ordinateurs) avec le web, les mailings, les SMS ou les réseaux sociaux.

On commence même à parler de « webalogue ». Car, pendant encore de longues années, le papier et l'électronique vont cohabiter. Certes, un jour, probablement, le numérique dépassera le papier. Mais rien ne dit qu'il l'enterra dans les dix prochaines années. Du moins pas avant qu'une nouvelle technologie n'offre les mêmes attraits pour les consommateurs et la même efficacité pour les distributeurs que les bons vieux prospectus en papier. Ce qui n'est pas encore le cas.

 

Réagir

Pseudo obligatoire

Email obligatoire

Email incorrect

Commentaire obligatoire

Captcha obligatoire

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2254

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
media
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA