Nintendo joue gros avec la Wii U

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À la veille de la sortie de sa nouvelle console de jeux, le géant japonais, qui n'est pas au mieux, et sa stratégie suscitent de nombreuses questions. Succès, prix, rentabilité... LSA tente d'y répondre.

Une position inconfortable. Six ans après avoir réalisé un carton avec sa Wii (plus de six millions d'exemplaires vendus en France), Nintendo revient à l'assaut des salons avec sa Wii U. Inconfortable, car, si le géant de Kyoto avait surpris son monde fin 2006 en cassant les codes du jeu, il se retrouve cette fois dans la position de favori et est très attendu. Un peu à la manière d'une équipe de football d'Espagne, championne du monde, qui se présente à une compétition. Mais la comparaison s'arrête là. Car si la première gagne nombre de ses matchs, le japonais souffre sur le terrain des consoles de salon depuis deux ans. Incapable d'alimenter sa machine en gros titres, Nintendo voit les ventes de Wii chuter inexorablement depuis 2010 et ses comptes virer au rouge sur l'exercice 2011-2012 (- 425 millions d'euros). La Wii U arrive dans un moment difficile pour Nintendo et le jeu vidéo « classique » (concurrencé par les tablettes et smartphones). Et si les acteurs la voient comme une sauveuse, la Wii U suscite peut-être plus d'interrogations qu'elle n'apporte de certitudes.

Les chiffres

  • 5,5 millions Le nombre de Wii U que Nintendo espère vendre d'ici à fin mars dans le monde et 24 millions de jeux
  • 36% La baisse de chiffre d'affaires pour Nintendo en 2011-2012 (6 milliards d'euros)
  • 97 millions Le nombre d'exemplaires de Wii vendus dans le monde depuis 2006 (dont 6 millions en France). La console la plus vendue de sa génération
  • 50 à 60 Le nombre de jeux qui devraient sortir d'ici à fin mars pour permettre à Nintendo de rentabiliser une console vendue à perte
  • 240 000 Le nombre de Wii U que Nintendo France va mettre sur le marché de son lancement à fin 2012 (contre 186 000 pour la Wii en 2006)
  • 350 € Le prix du Premium Pack avec le jeu Nintendo Land (100 € de plus que la Wii à l'époque), 389 € le Zombi U Pack et 299 € le basic Pack sans jeu

Nintendo va-t-il créer le même engouement qu'avec la Wii ?

Dans l'histoire de l'entertainement, rares sont les consoles qui ont su séduire au-delà du public des amateurs de jeux vidéo. La Wii est sans doute celle qui a le mieux réussi en la matière. Vendue en France à six millions d'exemplaires en six ans (et 97 millions dans le monde), la console était devenue, grâce à sa manette à détecteur de mouvement, un phénomène de société. Présente sur les plateaux télé, dans les maisons de retraite ou les salles de fitness, la Wii était partout. Offrant au passage à Nintendo une campagne marketing peu coûteuse. En sera-t-il de même pour la Wii U, console dotée d'une manette à écran tactile ? Si jouer au tennis ou au bowling devant sa télé était spectaculaire, manipuler une « tablette » devant l'écran est moins bluffant pour un public déjà habitué. Pourtant Pierre Cuilleret, le président de Micromania, en est persuadé : « Dès que les gens verront les possibilités qu'offre le " gameplay asymétrique " de la Wii U [avoir une vision du jeu différente selon les joueurs, etc., NDLR], ils seront tout de suite emballés. » À condition de le voir. « Nintendo doit faire un gros travail d'éducation, estime John Parkes, directeur général d'Ubisoft France. Et ça passe par de l'échantillonnage en points de vente et sur des événements. » Présent en force au salon Paris Games Week, début novembre, Nintendo a pu mettre sa console entre 25 000 paires de mains. La marque a prévu de mettre 200 bornes de démonstration en magasins et un « mall tour » dans 17 centres commerciaux jusqu'en janvier. Plus une campagne de pub télé pédagogique (70 millions de contacts escomptés). Aux États-Unis, la Wii U serait déjà le deuxième cadeau souhaité, selon Nielsen, par les jeunes américains (39 %). Seul l'iPad fait mieux...

 

Le modèle économique est-il viable ?

C'est une première : Nintendo va vendre une console « non rentable ». « Nous avons préféré fixer un prix que le public trouverait raisonnable [299 €, sans jeu, NDLR] plutôt que de se baser sur le coût de fabrication », expliquait, fin octobre, Satoru Iwata, le PDG de Nintendo, aux investisseurs. Nintendo, qui aurait déjà perdu entre 250 et 300 millions d'euros sur la première partie de son exercice 2012-2013, sait que la Wii U seule ne permettra pas de redresser les comptes. Ce sont les jeux et les accessoires. Et sur ce point, le japonais veut rassurer. « Le business model ne change pas radicalement, explique Reggie Fils-Aime, le patron de Nintendo of America. Il suffit que l'acheteur prenne un jeu pour que l'ensemble de la transaction soit rentable. » Sachant que les royalties de Nintendo varient entre 20 et 25 % par jeu (60 € en moyenne), cela voudrait dire que la perte sur chaque Wii U serait inférieure à 15 €. Et pour être sûr de gagner de l'argent, Nintendo a prévu un lancement haut de gamme avec 23 jeux et entre 50 et 60 titres d'ici à fin mars. Des jeux maison, des exclusivités (Zombi U d'Ubisoft) et des blockbusters d'autres consoles (Call of Duty...) que la Wii, désuète technologiquement, ne pouvait porter.

 

Y aura-t-il des ruptures de stocks ?

Les marques de high-tech, contrairement à une croyance répandue, ne font pas de la pénurie une arme marketing. D'autant qu'au lancement d'une nouvelle console, les fans se ruent dessus, et les frustrer serait contre-productif. « Pour la Wii U, nous disposerons d'un stock de 240 000 machines sur la fenêtre de sortie [d'ici à la fin de l'année, NDLR], explique le DG adjoint de Nintendo France, Philippe Lavoué. Comparé à la Wii c'est un ton au-dessus, car nous disposions, à l'époque, de 186 000 machines. » Un petit ton qui risque d'être insuffisant si la U rencontre le même succès que son aînée. À l'époque, la console avait rapidement connu des ruptures. Et durant près d'un an, les acquéreurs devaient patienter des semaines sur liste d'attente pour en obtenir une. S'il est difficile d'anticiper sur le moyen terme, le succès de la Wii U, il est certain que les stocks viendront à manquer au lancement. « Nous sommes rapidement arrivés au bout des préréservations pour le pack Zombi U [le plus cher à 389 €, NDLR] et pas loin pour le Premium Pack », confie Pierre Cuilleret. Bref, il n'y en aura pas pour tout le monde.

 

La Wii U est-elle trop chère ?

Vendue à perte, mais pourtant trop chère ? C'est le paradoxe de la Wii U. En lançant un pack basique (sans jeu avec une Wii dotée de 8 Go de mémoire) à 299 €, Nintendo se place déjà 50 € au-dessus de la Wii de 2006. Le Premium Pack, l'équivalent de l'offre Wii d'il y a six ans puisqu'il contient un jeu, sera lui à 349 €. Un pack « super premium » proposé avec le jeu d'Ubisoft Zombi U avoisinera, lui, les 390 €. A priori loin des standards de Nintendo dont la stratégie était de rendre ses machines le plus accessibles possibles. Ce qui ne plaît pas trop à Yves Guillemot, le président d'Ubisoft, qui s'est épanché sur le site américain Gamesindustry : « J'ai toujours préféré les prix bas, je ne peux pas dire que je sois content. » Et même s'il reconnaît que ça reste moins cher qu'un iPad, il demande une baisse de prix. Baisse qui a déjà eu lieu... sur internet. Certains sites comme Cdiscount, RueDuCommerce et Amazon sont entrés dans une guerre de prix. Avec des rabais respectifs de 22, 25, voire 35 € pour Amazon. « Nintendo vend à perte, nous aussi, mais on se rattrape sur les jeux et accessoires », confie le responsable multimédia d'un site marchand. Et, côté enseignes, si on aura du mal à s'aligner sur les e-commerçants, on a prévu des offres de crédit. « On s'attend à faire beaucoup de paiements en quatre fois », anticipe Pierre Cuilleret.

 

Nintendo peut-il relancer le marché du jeu vidéo ?

Sous l'impulsion de Nintendo, le marché hexagonal du jeu vidéo avait crevé le plafond à la fin des années 2000, avec un record à 3,2 milliards d'euros en 2008. Depuis, Nintendo a éternué, et c'est tout le marché du jeu qui s'est enrhumé. « Nous avons, certes, perdu 25 % en quatre ans mais nous venons de haut, reconnaît Pierre Cuilleret, le président de Micromania. La bulle Nintendo a éclaté ces dernières années. » La fin de cycle a été rude pour le japonais. La faute à une console dépassée technologiquement, mais aussi à la concurrence des supports que sont les smartphones et les tablettes. Car, depuis 2008, le chiffre d'affaires des ventes de jeux sur mobiles a été multiplié par 3,5, passant de 77 millions d'euros, à près de 250 millions en 2012. Une concurrence tant financière que temporelle. Lorsqu'on passe du temps sur son smartphone ou sa tablette, c'est ça en moins que l'on consacre à sa console. Selon les estimations de GfK, le marché du jeu de console devrait repartir à la hausse pour un nouveau cycle que le panéliste voit au moins aussi élevé que le précédent. Début de réponse le 30 novembre avec la Wii U.

LE JEU VIDÉO ENFIN À LA RELANCE ?

  • Après le record de 3,2 milliards d'euros, en 2008, le marché du jeu vidéo en France a connu une forte chute en 2009, en passant à 2,7 Mrds €. Baisse qui a perduré jusqu'en 2011 (2,38 Mrds €), avant de connaître une reprise en 2012 (estimation à 2,4 Mrds €). Voire davantage ?

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Article extrait du magazine N° 2253

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