On (re) craque pour le vrac

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Le vrac allie deux valeurs sûres : le développement durable, avec presque plus d'emballages, et le pouvoir d'achat, car les prix sont inférieurs à ceux de l'offre classique et l'on n'achète que la quantité souhaitée.

« Bonjour Madame Terzian. Comment fait-on pour accélérer le débit ? Les gens font la queue devant le distributeur... » De billets ? D'essence ? De bonbons ? Vous n'y êtes pas. Le chef du rayon vins du Leclerc de Royan, en Charente-Maritime, appelait, un samedi d'effervescence, pour savoir s'il était possible d'accélérer le débit d'un distributeur de... vin. Un système qui rappelle le temps où les Français allaient remplir leurs bouteilles chez l'épicier du coin. Aujourd'hui, le principe s'est sophistiqué.

 

Automatisation

Point de sympathique épicier. À la place, une machine qui sert le vin à l'aide d'un pistolet comme dans une station-service avec affichage des litres écoulés et du prix. Une fois le pistolet raccroché, le ticket de caisse s'imprime avec la date pour éviter toute fraude.

Après dix mois de commercialisation de ce système, Astrid Terzian, fondatrice des Réserves précieuses, a installé quatre machines, dans le Cora de Dunkerque, le Auchan de Woippy ou le Leclerc de Royan. Lors d'un samedi d'euphorie, ce dernier a écoulé 500 litres. Un signe que la vente au vrac revient comme dans les années 50 où, à l'instar de l'épicier, le crémier servait à la louche le lait et la faisselle.

 

Économique et écolo 

La raison de ce come-back ? Le vrac plaît à la fois à ceux qui en ont assez des emballages mais aussi à ceux qui traquent les petits prix. Le vin en vrac d'Astrid Terzian est par exemple de 20 et 50 % moins cher que le vin de même qualité en bouteille. Son côtes-de-blaye est à 3,80 € le litre contre 4 € en moyenne la bouteille de 75 cl. « L'avantage économique est certain, assure Thierry Anselin, directeur général de Brico Pro, enseigne qui vend boulons, clous et vis en vrac. Pour le consommateur comme pour le commerçant. Vous optimisez la gestion des stocks et mettez plus de produits au mètre linéaire qu'avec des articles sous blister. »

Mais attention, toutes les enseignes proposant du vrac vous le diront : ne mégotez pas sur la qualité ! « Nous déshabillons le marketing, pas la qualité », assure Thierry Anselin. Idem chez Auchan pour ses produits d'épicerie : « Notre café, un pur arabica, est très bon », soutient François-Xavier Bègne, responsable des achats self-discount, rayon apparu en 2002. D'abord sur une petite sélection en épicerie dans l'hyper de Noyelles-Godault (62), en réaction à la montée du hard-discount. « Nous voulions offrir des prix compétitifs, se souvient François-Xavier Bègne. Le contexte économique était déjà difficile et les préoccupations en matière de développement durable commençaient à émerger. » Le concept a été déployé à partir de 2005. Trois années de test ? Elles n'ont pas été de trop pour l'affiner. Au départ, les trémies étaient identiques. Peu adaptées aux produits très fins (le sel) ou trop lourds (la farine). Aujourd'hui, le débit de chaque trémie est ajusté en fonction de son contenu. Ainsi, le risque de café ou de pâtes - les best-sellers - répandus sur le sol est quasi nul. « Avec la qualité, l'hygiène est la seconde clé de réussite du système », assure le responsable des achats.

 

Un système vite adopté par le consommateur

Avantage certain : les consommateurs adoptent vite ces systèmes. « Quand nous installons une machine, un animateur explique quelque temps le principe, explique Astrid Terzian. Mais les gens se l'approprient rapidement, puisqu'il ressemble à celui d'une station d'essence. » Tout comme pour les distributeurs de lait qui ont récemment fleuri sur les parkings des hypermarchés.

Las ! Le vrac ne fait pas le bonheur des marques, absentes, par exemple, du rayon self-discount d'Auchan qui, d'ailleurs, s'approvisionne principalement chez les grossistes de la restauration par sacs de 5 à 10 kilos. Dans notre enquête, seule la marque anglaise Lush a fait du vrac son fer de lance. Savons, shampooings (solides) et après-shampooings sont vendus au poids via son réseau de boutiques.

Après les cacahuètes, le vin, le lait, le savon et la quincaillerie, quels autres produits, demain, en vrac, dans les magasins ? « Pourquoi pas de la nourriture pour animaux, imagine François-Xavier Bègne. Mais il faudrait que la trémie soit dans le rayon petfood plutôt que dans le self-discount dédié, lui, à l'alimentation humaine. » De son côté, Astrid Terzian imagine déjà décliner sa machine pour des jus de fruits ou de l'huile d'olive. Les Néerlandais achètent déjà leur eau ainsi. Quant aux Italiens, ils remplissent leurs bonbonnes de... liquide vaisselle. Le spécialiste de l'art de vivre, Vincent Grégoire, pense que les médicaments s'achèteront bientôt à l'unité. Une bonne idée pour réduire le trou de la Sécu. Après tout, comme dans les pays émergents, où tout se vend à la pièce ou au poids, de la cigarette à la portion de Vache qui Rit en passant par le riz. « C'est le sens de l'histoire », prédit Vincent Grégoire.

LA PROMESSE DE LA TENDANCE

De beaux jours devant lui

«Génétiquement, c'est très anglo-saxon d'amener ses Tupperware dans les magasins pour se servir la jus te quantité et payer le juste prix. Les Allemands et les Scandinaves sont très imprégnés des valeurs charitables comme la protection de la planète ou l'altruisme. Nous avions noté que la grande distribution avait récupéré ce phénomène, notamment chez Truffaut qui propose des croquettes en vrac. Depuis, ce principe s'est amplifié et, avec la crise, les consommateurs - même les Latins réputés plus égoïstes que les Germains - apprécient de doser leurs achats en utilisant moins d'emballages. Je suis persuadé que, demain, le vrac touchera d'autres univers, comme la pharmacie ou les cosmétiques. Les consommateurs ont envie de se réapproprier certains gestes comme se servir soi-même. Cela humanise le commerce. »

Des produits à la coupe

Née en Grande-Bretagne en 1995, la marque Lush (« luxuriant » en français) propose du savon et du shampooing à la coupe. Une offre originale créée par un ex-Body Shop, Mark Constantine. Dans ses douze boutiques françaises, les produits aux ingrédients d'origine naturelle sont présentés nus. Pour cela, ils sont quasi tous sous forme solide, même les shampooings, après-shampooings et gommages corporels. Ainsi, sur une année, Lush économise 3 millions de flacons qui n'ont pas été fabriqués, ni transportés et encore moins jetés. Lush pousse le bouchon le plus loin possible : il utilise un matériau de remplissage en pop-corn pour ses colis de vente par correspondance. Compostable, le pop-corn est, en outre, moins lourd que le papier déchiqueté utilisé auparavant, ce qui permet une réduction des émissions de carbone dues au transport de 10 %

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Des clous au poids

Brico Pro est l'une des deux enseignes du groupe Cofaq. L'autre, Master Pro, propose beaucoup de vrac car elle est fréquentée par des professionnels. Voici une quinzaine d'années, les dirigeants de Cofaq ont visité les magasins de bricolage américains et canadiens comme Home Depot où le vrac n'a jamais disparu. Du coup, il s'est imposé aussi pour les produits qui s'y prêtent chez Brico Pro, avec un merchandising adapté. Outre le fait de limiter les emballages, le vrac en bricolage permet d'optimiser la gestion des stocks et de disposer de plus de produits au mètre linéaire

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En mode «station»

La jeune entreprise Réserves précieuses propose un distributeur de vin sur le principe de la station-service. Pour les consommateurs, les atouts sont à la fois écologiques et économiques - les prix de vente des vins de cépage ou d'appellation vont de 1,45 € à 1,70 € au litre. Pour les distributeurs, la PME promet du chiffre d'affaires additionnel (5 litres achetés par acte), une marge entre 35 et 50 % et une simplicité d'implantation dans le point de vente. Autre liquide concerné par cette tendance : le lait. Les distributeurs ont fleuri sur les parkings des hypermarchés de province. À l'initiative d'agriculteurs souhaitant valoriser leur production. Las ! L'investissement est lourd, de l'ordre de 50 000 € pour l'appareil, ce qui ne laisse pas envisager un retour sur investissement rapide

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self-service

À ce jour, un client sur cinq fréquente le rayon Self Discount d'Auchan. Imaginé en 2002 pour contrer la montée du hard-discount, le self-discount a commencé à être installé dans tous les Auchan à partir de 2005. Il a donc fallu trois ans au distributeur nordiste pour mettre au point ce concept : trouver la bonne taille des trémies selon les produits, dénicher les fournisseurs de sacs de 5 ou 10 kilos - ceux de la restauration hors foyer -, affiner les indications du produit, comme le temps de cuisson des pâtes, etc. De son côté, Biocoop a aussi institutionnalisé le vrac pour ses produits d'épicerie bio. Dans le même souci d'éradiquer les emballages, il a aussi abandonné la commercialisation de bouteilles d'eau

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Article extrait du magazine N° 2137

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