Osez ralentir !

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En quelques années, la « slow attitude » s'est naturellement imposée dans nos vies. On ne parle plus seulement de slow food, mais également de slow travel ou encore de slow sex. Ces mouvements qui font l'éloge de la lenteur et de la décélération sont-ils réellement une menace pour la consommation ?

Connaissez-vous Segonzac ?

Il s'agit d'une petite commune, en Charente, de 2 200 habitants. La première en France à se voir décerner le label Cittaslow (« ville lente ») par la très sérieuse organisation internationale éponyme. Son réseau compte 140 villes, s'étend à 21 pays.

Pour mériter ce label, il faut être une commune de moins de 60 000 habitants et faire la promotion d'un urbanisme à visage humain. Par exemple, créer des places publiques propices aux discussions entre amis, ou développer le commerce de proximité. Un phénomène anecdotique ?

Depuis vingt ans, le militantisme en faveur de la décélération s'étend. De fait, Cittaslow s'inspire du mouvement Slow food créé en 1986 par Carlo Petrini. Ce critique gastronomique, épicurien invétéré, était très en colère de voir des fast-foods s'implanter à Rome. Son credo : il faut prendre le temps de manger, et aussi de cuisiner des légumes ayant pris le temps de bien pousser, de la viande issue d'animaux qui ont eu le loisir de paître tranquillement... Après les villes lentes, ce concept continue à se décliner. Dans son best-seller Éloge de la lenteur, Carl Honoré fait ainsi l'apologie du slow sex pour sauver les rapports amoureux du culte de la vitesse.

 

Le courant s'accélère

Le slow travel, à son tour, invite à la lenteur, en préférant le vélo à la voiture, le train à l'avion. Parce que, à bien y réfléchir, le déplacement fait partie du voyage, et prendre son temps permet de mieux s'y préparer. Ces aspirations gagnent de plus en plus les Français. « Les origines de la slow attitude sont lointaines, mais cette tendance s'accélère incontestablement », analyse Rémy Oudghiri, directeur du département tendances et prospective chez Ipsos. En cause, le phénomène de mondialisation et la révolution technologique, avec à la clé le sentiment de ne plus contrôler sa vie. Le modèle économique reposant sur les performances à court terme, qui révèle aujourd'hui ses limites, est également pointé du doigt. Sans oublier la société d'hyperconsommation, portée par le renouvellement constant de l'offre, et l'abondance de produits et de services dont, finalement, nous avons à peine le temps de profiter.

L'étude sur les aspirations des Européens à ralentir, menée en février 2011 par Ipsos, dresse un constat sans appel : 57% des Français interrogés expriment clairement leur besoin d'aller moins vite. Oui, mais pour quoi faire ? Profiter davantage de la vie, se sentir mieux et moins stressé, selon l'étude. Ce désir constitue-il une menace pour la consommation ? « Je ne pense pas que la vente des smartphones puisse s'effondrer du jour au lendemain », estime Rémy Oudghiri. Certains secteurs, notamment le bricolage, le jardinage, l'ameublement, ou encore l'électroménager y voient même un levier de développement pour leur activité. À l'image de Seb. Le fabricant de petit électroménager ne manque pas un événement lié à la tendance slow food pour faire rayonner sa marque. « Réapprendre aux gens à cuisiner, en leur simplifiant la tâche grâce à un éventail de produits adaptés est évidemment dans notre intérêt », explique Xavier Boidevezi, directeur produits international pour la division cooking chez Seb.

Dans l'ameublement aussi, la slow attitude fait des émules. La réédition des bons vieux rocking-chairs ou le développement de versions ultramodernes sont des invitations à la sieste. Il est bien loin le temps où ce courant était taxé d'être le repaire des antimodernes ou des fainéants...

Une foule de bonnes raisons de lever le pied

Si les Français veulent ralentir, c'est avant tout pour faire mieux ! La lenteur et la qualité sont érigées en garde-fous dans une société dont l'avenir fait de plus en plus peur.

Les beaux jours de la slow food

À l'origine du mouvement militant créé en 1986 par Carlo Petrini (photo), la « slow food » connaît un véritable engouement, qui se traduit notamment par un regain d'intérêt pour les cours de cuisine, les livres de recettes, etc. La tendance n'a pas échappé aux fabricants de petit électroménager. À la gamme des robots, mixeurs, batteurs, blenders et hachoirs viennent s'ajouter des objets plus sophistiqués, comme le Mijot'Cook de Seb qui permet de faire mijoter des plats en sauce, à basse température, pendant plusieurs heures sans surveillance. De quoi se régaler après une bonne petite sieste...

Réhabiliter la sieste... et la lenteur

Fini l'image de paresseux associée à la sieste. Selon le docteur Eric Mullens, auteur d'Apprendre à faire la sieste, les bénéfices sur la santé seraient nombreux (réduction du stress, amélioration de la créativité...). Pas de raison de s'en priver ! Mais entre le travail, les enfants, les courses... prendre un peu plus de temps pour soi-même relève bien souvent de l'exploit. Quoi qu'il en soit, cela fait le bonheur des éditeurs. Les livres de conseils pour lâcher prise, ralentir, se multiplient.

Un mouvement de plus en plus grand public

Longtemps cantonné à quelques militants, le courant de la« slow attitude » touche désormais un plus large public. C'était même le thème de la très populaire Foire de Paris, en avril. De nombreux fabricants ont joué le jeu (literie, cuisine, hôtels,..). Un salon européen de la slow food, Eurogusto, aura aussi lieu à Tours (37), du 18 au 20 novembre. Autre symptôme révélateur : en septembre, un bar à siestes a ouvert ses portes à Paris, passage Choiseul (IIe arrondissement). ZZZ Zen propose des siestes, sans réservation, de 15 à 45 minutes (12 à 27 E, ou bien de 7 à 16 E avec abonnement). À quand un bar à siestes dans les centres commerciaux ?

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Article extrait du magazine N° 2203

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