Paris veut défendre son commerce de proximité

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enquête - Le tissu commercial de proximité est menacé par la spéculation immobilière et encore mal réparti sur les 20 arrondissements. Il exige à la fois un soutien des élus parisiens et des incitations pour se moderniser.

Sur ses 105 km2 intra-muros, et dans ses 120 quartiers administratifs, Paris déroule quelque 1 500 km de rues hébergeant plus de 60 000 commerçants et de 30 000 artisans. Ce qui en fait une capitale unique ayant su maintenir son tissu commercial de proximité en même temps que ses offres de luxe. Tout le débat sur la « protection » de cette diversité commerciale porte sur le pouvoir d'intervention des élus municipaux, perçue comme antagoniste avec la fameuse liberté du commerce, et parfois attaquée. Lyne Cohen-Solal, adjointe au maire de Paris chargée du commerce, revendique « la liberté pour la collectivité de s'administrer » en poussant les lois jusqu'au bout de leur cohérence. Pour sa part, Pierre Simon, président de la Chambre de commerce et d'industrie de Paris (CCIP), estime « difficile pour une municipalité d'intervenir dans les rapports clients-commerçants et de les réglementer au sein d'une économie libérale ». Il concède aux pouvoirs publics le seul rôle de « créer l'environnement le plus favorable à la survie du commerce de proximité ». Interventionnistes ou incitatifs, les partisans avancent leurs arguments.

Rideau sur la dernière pharmacie et le dernier bureau de Poste des Champs-Élysées, condamnés à la fermeture par l'inaccessibilité en loyers de la « plus belle avenue du monde ». Paris serait-il en train de brûler son commerce de proximité sur l'autel de la spéculation immobilière ? Ce n'est pas le discours de l'équipe occupant l'Hôtel de Ville !

« Notre obsession est de préserver la diversité commerciale unique de la capitale, affirme Éric Osmond, directeur de cabinet de l'adjointe au maire de Paris chargée du commerce. La Ville rayonne sur trois aires de chalandise : la planète, avec l'offre touristique des beaux quartiers ; l'Île-de-France, avec ses pôles d'ampleur régionale ; et ses 120 quartiers, avec ses commerces de proximité, qui constituent le socle de cette structure pyramidale. » Les élus se donnent pour mission de maintenir au mieux cet équilibre. Mais la « boîte à outils » à leur disposition n'est pas toujours la plus adaptée à leurs ambitions.

Telle la commission départementale d'équipement commercial. On ne peut pas dire que la représentante du maire en charge du commerce en use de façon coercitive. Sur 300 dossiers examinés en sept ans, Lyne Cohen-Solal n'a voté « non » que... quinze fois. Et n'a usé que deux fois de son droit à être entendue par la CNEC, notamment sur le projet d'installation de Zara boulevard Saint-Michel, dans un périmètre déjà pourvu en textile. La Ville a alors exercé son unique recours devant le Conseil d'État - qui lui a donné gain de cause. Et Monoprix a décroché la place convoitée par Zara. Autre écueil de la CDEC, selon les élus : son impuissance sur les surfaces de moins de 300 m2. À leur grand dam, cela a permis à l'enseigne textile Delaveine, par exemple, de s'installer à la place de la librairie historique des Presses universitaires de France, place de la Sorbonne.

Non à la monoactivité

Mais le système CDEC est condamné à terme, au profit des critères urbanistiques du permis de construire. « Alors le projet de Zara ne sera plus attaquable, et si le libéralisme à tout-va prôné par la Commission Attali s'applique, le petit commerce y laissera sa peau ! », lance Éric Osmond.

Un « bel » outil, mais inexploitable jusqu'à présent, était le droit de préemption des maires sur les baux commerciaux, qui a enfin son décret d'application attendu depuis un an.

Aussi, faute d'outils de régulation efficients, Lyne Cohen-Solal est-elle partisane « d'en forger de nouveaux » avec l'éternelle menace d'une loi supérieure, tel le droit de propriété commerciale, qui a poussé le tribunal administratif à annuler les dispositions du plan local d'urbanisme, qui érigeait 260 km de rues parisiennes en « secteurs de commerces sauvegardés ».

Autre initiative inédite, la Société d'économie mixte d'aménagement de l'est de Paris (Semaest) s'est vu confier, en 2003, la mission de réhabiliter et de réimplanter des activités de proximité dans six quartiers en proie à la désertification commerciale ou soumis à la monoactivité invasive de commerces de gros. Avec 248 locaux - soit 32 647 m2 - maîtrisés en quatre ans, et réaffectés en commerces de proximité, la Semaest voit son périmètre élargi à cinq autres quartiers. Avec une mission spécifique au Quartier latin : sauvegarder son commerce culturel, regroupant un tiers des librairies parisiennes.

Au-delà de cet interventionnisme vertueux, Pierre Simon, président de la CCIP, prône les mesures incitatives, « qui, par le biais d'exonérations de taxes et droits, faciliteraient les cessions de commerces de proximité ». Cet accompagnement devient essentiel. « 20 % de nos commerçants partant à la retraite, plus de 11 000 commerces vont changer de main, souligne Geneviève Roy, vice-présidente de la CCIP. D'où les journées " Passe le relais " de mise en relation entre cédants et repreneurs. »

Bien plus, il faut « promouvoir le commerce de proximité auprès des jeunes, d'autant que, comme il ne peut se battre sur les prix, son seul créneau est la qualité », appuie Pierre Simon. Pour que les commerces en place ne soient pas à la traîne sur les nouvelles technologies de communication, la CCIP a inauguré, le 21 décembre à la Bourse du commerce, l'Échangeur PME, espace de démonstration sur l'emailing, la PLV...

Autre condition de survie du commerce de proximité, sa libre accessibilité à tous les moyens de transport, automobile comprise. C'est l'un des points du programme de la candidate Françoise de Panafieu. Stigmatisant la suppression de 8 000 places de stationnement depuis 2001 par Bertrand Delanoë, elle promet de redéployer le parc.

Au moins ces deux candidats sont-ils d'accord sur un point : le besoin de concertation entre partenaires. Ainsi, l'actuelle municipalité appelle de ses voeux une meilleure « solidarisation » des commerçants à travers leurs 250 associations, « dont le maillage demeure imparfait, et qui devraient étendre leurs activités d'animation au-delà des seules illuminations de Noël ». Proximité doit rimer avec solidarité.

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Article extrait du magazine N° 2026

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