Pique-niques
- Mots clés :
- Auchan (marque),
- Carrefour,
- Leclerc
Stephan Gladieu
EDITORIAL
Carrefour Montreuil, Auchan Bagnolet, Leclerc Pantin, Carrefour Market Paris, Leclerc Clichy... La liste des pique-niques organisés par le collectif L'Appel et la Pioche ne cesse de s'allonger. La méthode est bien rodée. Dix à trente personnes arrivent discrètement, sortent les banderoles, « dressent la table » et invitent les clients à venir goûter les produits pris en rayons. Ensuite, ces adeptes du NPA d'Olivier Besancenot nettoient et remettent tout en ordre avant de quitter les lieux. Sûrs de leur bon droit, ils s'appuient sur l'article 1587 du code civil pour mener leur action. Un texte qui, il est vrai, précise que certains produits, comme le vin et l'huile, peuvent être goûtés avant d'être achetés. Sauf que ledit texte ne serait pas applicable à la vente en grandes surfaces (le débat juridique est lancé...). Ceux qui se définissent comme des « autoréducteurs » agissent différemment. Ils débarquent nombreux (30 à 60 individus), remplissent des chariots et réclament à la caisse la gratuité. Devant la gêne occasionnée, les directeurs laissent faire. Les produits sont ensuite redistribués devant un lieu symbolique (squat de sans-papiers...). Des opérations encore une fois contestables, puisque dans le cas d'une obtention par la violence ou par simple menace de blocage, les personnes incriminées dans ces infractions peuvent être condamnées à un million d'euros d'amende et jusqu'à sept ans d'emprisonnement !
Faisant un amalgame confus entre le contexte économique, l'action du gouvernement et le capitalisme « cause de tous les maux de la société », de nombreux collectifs s'orientent vers ce nouveau mode de revendication. Ces activistes posent de bonnes questions (on ne peut ignorer la montée de la précarité et sous-estimer les inquiétudes autour du chômage), mais ils n'apportent pas de bonnes réponses, voire aucune. Et, surtout, ils suscitent de bien tristes « vocations ». À Rennes, un Carrefour Market a vu défiler 300 jeunes dénonçant la vie chère et la précarité... et s'envoler la bagatelle de 10 000 € en champagne, maquillage et autres lecteurs MP3. Une opération traumatisante pour les clients mais aussi les salariés. Carrefour a déposé plainte contre X. Inquiète, Périfem, l'association technique du commerce, vient de solliciter le ministère de l'Intérieur. En effet, si aucune mesure coordonnée n'est prise, on peut craindre la multiplication puis la banalisation de tels actes. D'autant plus que leurs auteurs pensent jouir d'une totale impunité. Les risques de dérapages et d'accidents ne sont pas à exclure. C'est maintenant qu'il faut s'en préoccuper.





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