RESTAURATION SCOLAIRE : Des solutions contre le bruit

Publié le

Espace censé promouvoir l'échange et la convivialité, la cantine est trop souvent un lieu bruyant, source de stress et de fatigue pour tous. La commune de Feyzin a tendu l'oreille à ces problèmes de nuisances en s'adressant à un architecte acousticien.
La notion d'acoustique en milieu scolaire est fondamentale. Alors qu'une salle de classe doit être isolée des bruits extérieurs pour favoriser l'écoute et l'échange, une cantine doit lutter contre l'effet « cocktail ».

Ce phénomène est caractéristique des lieux clos qui concentrent, à un moment donné, une population importante : le volume sonore s'accroît progressivement, nourri par les conversations des enfants, puis alimenté par toutes sortes de bruits parasites qui se superposent : mouvement des chaises sur le sol, choc des couverts dans les assiettes ou de la vaisselle sur la table Rapidement, un brouhaha s'installe et s'intensifie, chacun tâchant de se faire entendre et haussant un peu plus la voix.

Cette pollution sonore agit à la fois sur les enfants, sur l'encadrement et sur le personnel de service, entraînant nervosité, sanctions et fatigue. Bref, ce moment censé favoriser la sociabilité et la détente se transforme alors en une véritable épreuve pour tous.

Revoir toute l'acoustique du restaurant

Préoccupée par ces nuisances, la commune de Feyzin (69) a porté une oreille attentive aux problèmes du bruit lors de la réhabilitation du groupe scolaire des Géraniums, qui accueille tous les midis 130 enfants (90 primaires et 40 maternelles). Le restaurant, d'une surface de 129 m2, présentait en effet tous les symptômes techniques du local bruyant : de grandes tables de six places alignées dans la plus pure tradition des réfectoires, du carrelage au sol, des parois lisses et réverbérantes avec du plâtre et de la peinture sur les murs, une grande façade vitrée et un plafond suspendu sur plénum en dalles peu absorbantes. Si bien que l'espace principal dédié aux enfants du primaire comme celui des maternelles constituaient de vraies caisses de résonance.

« Au coeur de service, c'est à peine si on s'entendait parler », se souvient une des personnes en charge du service qui souffrait, comme ses collègues, de fatigue. « Le pire, c'était au moment du départ des enfants, lorsque nous passions d'une ambiance sonore bruyante à laquelle nous semblions nous habituer au calme absolu. » Et un instituteur en charge de l'encadrement de renchérir : « Ce bruit assourdissant était aussi pesant pour les enfants que pour les adultes. Une mesure acoustique réalisée quelques mois plus tôt avait même relevé certains pics sonores à 95 dB(A). » Face à ces difficultés vécues au quotidien par tous, la municipalité décide, en 2002, d'engager des travaux de réhabilitation sur le groupe scolaire et confie à l'architecte et acousticien lyonnais Jean Dalmais, du cabinet Côté Cour, le soin d'apporter une attention toute particulière à l'acoustique de la salle de restaurant. Cette rénovation entre alors dans le cadre d'un chantier global de 320 KEUR qui verra la réfection d'une classe, des sanitaires, ainsi qu'une redistribution de la surface de la salle de restauration et de l'office-relais de remise en température et de stockage des repas, entièrement modifié dans le respect de la marche en avant. Le projet a été livré en septembre 2002.

Un professionnel à l'écoute

Une correction acoustique consiste à ajuster la durée de réverbération et/ou de réduire le niveau de bruit engendré par les sources sonores. « Une démarche qui exige d'intervenir à la fois sur l'origine du bruit comme sur les surfaces susceptibles de réfléchir les sons émis : le sol, le plafond, les parois verticales », explique le spécialiste de l'acoustique. « Avant toute intervention, il est toujours préférable de réaliser différentes mesures sonores afin de caractériser le local, faire un diagnostic et proposer différentes réponses techniques. » L'analyse du niveau sonore exprimé en dB(A) s'effectue à l'aide d'un sonomètre. Plusieurs fois pendant le service et durant un temps donné, l'appareil relève le niveau sonore. Il fait ensuite une moyenne de ces différentes valeurs en intégrant tous types de sons et de crêtes sonores (des couverts qui tombent, une chaise déplacée, un cri ). A cette mesure s'ajoute un autre calcul, celui du temps de réverbération (TR) qui s'effectue, quant à lui, dans le local vide. Un bruit est généré de manière constante sur toutes les fréquences - les graves (de 20 à 400 Hz), les médiums (de 400 à 1 600 Hz) et les aiguës (de 1 600 à 2 000 Hz). En découle un TR, exprimé en secondes. L'appréciation de ces deux valeurs aide l'acousticien à établir un diagnostic et à choisir les matériaux selon leurs performances acoustiques.

Des remparts contre le bruit

L'efficacité d'un traitement acoustique tient dans la bonne adéquation entre l'identification des sources émettrices et la solution apportée. Le choc d'une assiette ou d'un couvert sur la table ou au sol, la manipulation d'une chaise sur le carrelage sont de véritables agressions directes pour les tympans.

On les appelle des bruits d'impact. Jean Dalmais s'est donc d'abord attaqué à l'origine de la source en préconisant un revêtement de surface souple pour les tables comme pour le sol. Un PVC décoratif en sous-couche antivibratile a été appliqué sur les plateaux de tables rondes en aggloméré créés sur mesure. Le contact des couverts et de la vaisselle est, de cette façon, très bien assourdi.

Le linoléum appliqué sur le carrelage se révèle, lui aussi, un bon amortisseur aux chutes d'objets et limite considérablement la propagation des sons. D'autant que les chaises ont été munies de tampons en caoutchouc.

Le deuxième vecteur de bruit, mais également le principal, est la parole. Le remède : faire en sorte que chaque table ou groupe de tables, ne subisse que son propre bruit. Pour cela, l'architecte a choisi de fractionner la salle en petites zones à l'aide de cloisonnettes renfermant des matériaux absorbants. Ces panneaux mobiles et verticaux (135 x 135 cm), composés de laine de roche prise en sandwich entre deux tôles perforées en acier laqué, constituent de véritables pièges à sons et de vraies barrières phoniques.

Sur les différentes parois du local, l'esthétique rejoint le fonctionnel. En vis-à-vis, deux murs ont été recouverts de lames de bois verni (sapin) ajourées posées sur laine de roche. Le vide de 1 cm, laissé entre chacune, capte une partie des sons.

La troisième façade se compose en partie intermédiaire de panneaux de plâtre Gyptone de Placoplâtre perforé renfermant une laine de verre qui est à la fois un isolant thermique et un absorbant phonique.

« La diffusion des sons est omnidirectionnelle, c'est pourquoi on considère qu'ils sont uniformément répartis », précise l'architecte qui s'est donc efforcé de traiter chaque surface de manière à éviter toute réverbération. Au plafond, les dalles fines suspendues ont été remplacées par des dalles blanches acoustiques d'une épaisseur de 80 mm. Et pour éviter tout retour, ces dalles absorbantes (également résistantes au feu) ont été doublées par des baffles acoustiques en retombée, soit près de 36 modules qui rythment la totalité du plafond.

Les conditions de travail et la sociabilité améliorées

Après correction acoustique, redistribution des tables et fractionnement de la salle, le restaurant est parvenu à considérablement baisser le niveau acoustique. La mesure effectuée par Jean Dalmais côté maternelle affiche un niveau moyen sonore exprimé en Leq de 71,2 dB(A) avec une valeur maximale pendant la mesure de 85 dB(A). Côté primaire, le pic est à 88 dB(A) pour une moyenne de 73,5 dB(A). « Nos conditions de travail ont complètement changé », constate le personnel de service, qui remarque également une vraie évolution du comportement des enfants pendant le repas. Autour d'une table ronde, ils se retrouvent dans le champ direct les uns des autres, ce qui favorise la sociabilité, évite de s'interpeller d'un bout à l'autre de la table et réduit d'autant plus les éclats de voix. Une réussite qui ne fait pas de bruit, mais qui améliore le bien-être de tous.

Nos évènements

Article extrait du magazine N° 0401

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Recevez la Newsletter mensuelle LSA CAMPUS

    Inscrivez-vous

    >> Vous êtes Enseignant

    >> Vous êtes Etudiant

 

 

Suivre Lsa Conso

  • Twitter
  • Facebook
  • Viadeo
  • RSS
  • mobile

Lsa expert

LSA Expert, l’outil de recherche web dans la base des magasins, centrales et centres commerciaux, mise à jour en continu... Accédez au service

Lsa expert

Les cookies assurent le bon fonctionnnement de nos sites et services. En utilisant ces derniers, vous acceptez l’utilisation des cookies.

OK

En savoir plus
Recevez nos newsletters Abonnez-vous Connectez-vous