Sortie de crises pour les Mousquetaires ?

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L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE 
On croyait Philippe Lebreton déjà élu à la tête de la Société civile des Mousquetaires (SCM), en remplacement de Michel Pattou. Les adhérents, réunis en assemblée générale, en ont décidé autrement. Ils ont élu Jean-Pierre Meunier. Retour sur une élection rocambolesque et sur ses enjeux.

L'adage est pourtant connu. « Qui entre pape au conclave en sort cardinal »... Les Mousquetaires, réunis en assemblée générale des quelque 1300 adhérents associés, le 24 novembre, ont tenu à le remettre d'actualité. À la surprise générale, ils ont élu Jean-Pierre Meunier président de la SCM (Société civile des Mousquetaires) et non Philippe Lebreton, pourtant pressenti par les administrateurs de cette même instance, et quasi intronisé d'avance. Et dire que tous attendaient de cette assemblée générale qu'elle signe le retour à la sérénité, après des mois de querelles internes autour de l'organisation stratégique du groupement... Raté. Si Marc Legrand est bien confirmé dans ses fonctions de président d'ITM Entreprises, Philippe Lebreton, lui, est victime d'une bien étrange désillusion. À vrai dire, peut-être pas si étrange...

 

Désaveu pour Michel Pattou

Patron d'un Intermarché de 3 000 m² à Ranonville, près de Toulouse, c'est l'un de ces barons régionaux qui comptent dans le groupement. Aujourd'hui installé dans le Sud-Ouest, il a longtemps exercé dans le Sud-Est, où il n'a pas laissé que des amis. Ancien président de l'enseigne Intermarché, entre 1993 et 1999, il est considéré, par toute une frange d'adhérents, comme partie prenante de l'ancienne garde, « celle qui n'a pas su mener à bien les réformes nécessaires », ainsi que l'assène un opposant. Car bien au-delà du cas Lebreton, c'est en réalité la stratégie de Michel Pattou, patron de la SCM depuis 2002, qui est mise sur le banc des accusés. « On peut dire que celui-là a raté sa sortie », remarque un cadre dirigeant. Les successeurs qu'il s'était en effet évertué à proposer, Benoît Ferté, ancien administrateur d'ITM Entreprises, puis Philippe Lebreton, ont tous deux été balayés. Le premier, 62 ans, par la volonté du second d'accéder absolument à la présidence. Le second par une campagne d'opposition rondement menée.

 

La grogne des adhérents

Adoubé début novembre par le conseil international, réunissant les 100 principaux dirigeants du groupement, Philippe Lebreton avait un boulevard devant lui, même si sa nomination devait encore être ratifiée en AG. Une formalité ! C'était sans compter de nombreuses fuites dans la presse, obligeant la SCM à publier un communiqué confirmant que l'homme est « pressenti » pour le poste. En dépit de cette précaution sémantique, ça grogne chez les Mousquetaires, qui peuvent penser que leur vote en AG compte pour quantité négligeable. De quoi mobiliser contre Lebreton. « Il ne faisait pas l'unanimité, témoigne un cadre du groupement. Le Sud-Est, les Portugais, le Nord ne l'apprécient guère. Il récolte ce qu'il a semé. »

Les téléphones sonnent, les rencontres s'organisent pour faire jouer le réseau des « anti ». Jean-Pierre Abril, un vieux de la vieille lui aussi, 59 ans, Mousquetaires depuis 1972, annonce sa candidature, sur le mode du « Puisque personne ne veut monter au créneau pour barrer la route à Philippe Lebreton, je m'y colle ! » L'homme, installé à Alès et entré à la SCM depuis six mois, connaît bien son homologue. Les « anti » ont trouvé leur héraut, capable de faire chuter Lebreton. « On a senti qu'il se passait quelque chose quand on a vu le nombre inhabituel de procurations », précise un adhérent, présent à l'AG. Le vote s'effectue à bulletin secret. Philippe Lebreton obtient, selon certaines sources, 45 % des voix, Jean-Pierre Abril, 18 %. Pari gagné pour ce dernier qui, ayant réussi à mettre son concurrent en ballottage, se retire de la course. « Lebreton a refusé d'en faire autant, en dépit de ce mauvais score. On allait droit à la catastrophe pour le groupement, qui avait tout sauf besoin d'un président mal élu », raconte notre adhérent.

 

« Assez de politique, place au travail ! »

C'est ainsi que Jean-Pierre Meunier, très discret jusque-là, sort du chapeau, et se présente au second tour. Membre de la SCM depuis 2006, il y est le représentant de la branche « non-alimentaire », en tant que propriétaire de deux Bricomarché en Touraine. Influent, mais longtemps barré par ce « handicap » dans un groupe essentiellement alimentaire, il recueille, selon les sources, 65 % des voix, et accède donc, à 56 ans et pour quatre ans, à la tête de la SCM. Sa mission, désormais, après de longs mois de luttes intestines, est de réinstaurer la sérénité. Or, pour cela, à l'heure où les adhérents se déchirent pour savoir comment faire évoluer différemment supers et hypermarchés sans perdre la cohésion d'ensemble, son étiquette Bricomarché peut s'avérer une chance.

Pas directement concerné par les débats propres à Intermarché, cet homme, décrit en interne comme « un conservateur modéré, bosseur, courageux et consensuel », doit maintenant s'atteler à faire repartir les Mousquetaires de l'avant. « Assez de politique, plaide ainsi un adhérent. Nous venons de perdre une année avec ces oppositions stériles. Il est plus que temps de se retrousser les manches. » Et le travail, en l'occurrence, ne manque pas. Selon nos informations, les « ristournes conditionnelles d'interdépendance », consistant à récompenser les plus vertueux, ceux qui appliquent à la règle les critères d'offre, de promos, de concepts et de prix recommandés, vont enfin prendre un visage concret. Une enveloppe de près de 400 millions d'euros est prévue sur le budget 2011, sous la forme de 0,7 à 1,3 point de marge supplémentaire, selon les cas, pour les magasins. Une manière de tirer le groupement par le haut, et de sortir enfin du « culte de la moyenne », par trop sclérosant. Pas trop tôt, si l'on considère que le concept Mag3, lancé en 2005, ne concernait encore que 60 % du parc Intermarché à l'été 2010 !

 

Repartir de l'avant

- L'élection de Jean-Pierre Meunier à la tête de la SCM met fin au problème de gouvernance.

- Le partage des pouvoirs, instauré entre une SCM cantonnée à un rôle de « surveillance », et ITM Entreprises, présidée par Marc Legrand, chargée du pilotage opérationnel, est officialisé.

- Les présidents des enseignes, Philippe Manzoni (Intermarché, Netto), Frédéric Sambourg (Bricomarché), Alain Maillet (Restaumarché, Poivre rouge), et Nicolas Bultel (Roady) dépendent directement d'ITM Entreprises.

- Mise en place de la « ristourne conditionnelle d'interdépendance » pour stimuler les magasins les plus vertueux : 400 M € prévus pour le budget 2011.

Une saison mouvementée pour le groupement

Les Mousquetaires viennent de passer un an à rejouer la querelle des anciens et des modernes. Un an de perdu, alors que la concurrence ne les a pas attendus. Retour sur des mois de luttes de pouvoir internes, sur fond de conflit de génération et de divergence stratégique.

19 OCTOBRE 2009

« Tout a été très vite, trop vite sans doute pour certains. » C'est par ces mots qu'Éric Mozas, président d'ITM Alimentaire depuis dix-huit mois, annonce sa démission. Sa soif de réformes ne passe pas (accélération du concept Puissance3, nouveaux noms d'enseigne, et surtout plus de rigueur entre formats de magasins dans la politique tarifaire ou l'assortiment). Il est remplacé par Philippe Manzoni, présenté comme garant d'une certaine orthodoxie.

MARS 2010

On croyait Éric Mozas retiré des affaires : grossière erreur. À la tête de l'Association d'Artagnan, qui fédère quelques-uns des plus importants magasins du groupement, il publie un livre blanc de 300 pages sur l'état des hypers. Le diagnostic est sévère : chiffre d'affaires au mètre carré à la traîne (6 700 €/m² contre 12 900 chez Leclerc), déficit d'assortiment de 2 000 références, carences logistiques entraînant des charges supérieures de 2 % à celles de la concurrence.

ÉTÉ 2010

Le livre blanc restant lettre morte, la fronde éclate. Les membres de l'Association d'Artagnan, tenants d'une stratégie d'enseigne multiformat, laissant plus de latitude aux hypers, réclament une différenciation des prix et une modération des coûts logistiques par format. Et menacent de partir s'ils n'obtiennent pas satisfaction.

8 JUILLET 2010

Dans une interview accordée à LSA, Philippe Manzoni se veut conciliant. « Nous avions toujours refusé d'envisager des tarifaires différents en fonction des enseignes. C'était sans doute une erreur, nous nous devons de la rectifier », explique-t-il. On croit à l'apaisement.

8 SEPTEMBRE 2010

Philippe Boutron, cadre historique, ancien président d'ITM Alimentaire entre 2002 et 2008, officialise son ralliement à Leclerc. Il symbolise à lui seul la vague de départs qui touche Intermarché : une petite dizaine de points de vente passés à la concurrence.

11 NOVEMBRE 2010

Un compromis semble trouvé. La réforme de la gouvernance est entérinée, avec une SCM, autrefois toute puissante, cantonnée à un rôle de surveillance, et ITM Entreprises, désormais émancipée, dévolue à la direction opérationnelle. Philippe Lebreton est officiellement annoncé comme « pressenti » à la tête de la SCM, en remplacement de Michel Pattou, en poste depuis 2002.

24 NOVEMBRE 2010

Coup de théâtre, l'assemblée générale, à la surprise générale, élit Jean-Pierre Meunier à la présidence de la SCM, et non Philippe Lebreton.

La surprise du chef !

Jean-Pierre Meunier, Président de la société civile des mousquetaires

Président surprise de la Société civile des Mousquetaires (SCM), Jean-Pierre Meunier n'est pourtant pas un inconnu au sein du groupement. Âgé de 56 ans, il est Mousquetaire depuis presque vingt-cinq ans.

Adhérent depuis 1987, il a été à l'origine de la création de six points de vente en Touraine, et y exploite aujourd'hui encore deux Bricomarché de 4 500 et 5 800 m². C'est là, d'ailleurs, sa principale particularité : cet homme du « non-alimentaire » est le premier président de la SCM à ne pas être issu de l'enseigne Intermarché.

Une grande première ! Longtemps président de l'enseigne Bricomarché, entre 1989 et 1997, Jean-Pierre Meunier a ensuite élargi ses fonctions en prenant la tête d'ITM Entreprises de 1998 à 2002, puis d'Arena, la structure en charge des alliances internationales, entre 2002 et 2006. Au sein d'Arena, il a notamment veillé à la création de la marque transversale Go/On, aujourd'hui forte de 500 références de bricolage présentes chez tous les alliés des Mousquetaires dans le monde. Entré à la SCM en 2006, il est également, depuis cette même année, administrateur de la Fédération du commerce associé (FCA), instance chargée de la défense des intérêts des groupements d'indépendants.

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Article extrait du magazine N° 2161

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