Un plan pour faire renaître l'étiquetage « made in France »
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Missionné par Nicolas Sarkozy, le député Yves Jégo a formulé ses propositions afin de renforcer la « marque France », pour un début de mise en œuvre en 2011. Les consommateurs y sont favorables, les professionnels partagés. Mais tous les obstacles juridiques et techniques ne sont pas levés.
Un jour peut-être, les cocottes Seb ou Sitram arboreront un élégant label « made in France », assorti d'un petit nuage d'étoiles indiquant leur degré de fabrication française et d'un code-barres en deux dimensions - leur « carte d'identité numérique » - qui permettra d'accéder à une foule d'informations sur leur fabrication... Tel est l'avenir dessiné par le rapport sur la relance de la «marque France», remis le 3 mai au président de la République par Yves Jégo. Les propositions du député UMP de Seine-et-Marne poursuivent deux objectifs, explique-t-il à LSA : « À l'intérieur de la France, nous voulons mieux informer les consommateurs, à l'extérieur fédérer les entreprises françaises, notamment les PME, autour d'une marque France forte. »
ENTRAVES EUROPÉENNES ET FRANCAISES
Très populaire en France (lire ci-dessous), l'étiquetage « made in France » est actuellement doublement entravé. Au niveau communautaire, le marquage d'origine ne s'impose qu'aux produits importés de pays extérieurs à l'Union, à quelques exceptions près, essentiellement alimentaires. Au niveau français, il est, à l'inverse, difficile d'imposer le marquage d'origine France sans encourir la critique du protectionnisme faussant la concurrence communautaire...
Conséquence, Yves Jégo milite pour l'obligation du marquage national au niveau européen et opte pour le volontariat en France : revendiqueraient l'origine française de leurs produits ou services, les entreprises qui le souhaiteraient. Mais qu'est-ce qu'un produit français dans une économie mondialisée ? Le rapport préconise de l'établir sur la part de valeur ajoutée (VA) réalisée en France, avec un barème progressif : entre 45 % et 60 % de VA, « made in France » simple ; de 60 à 75 %, «made in France» 1 étoile ; 75 à 90 %, 2 étoiles ; plus de 90 %, 3 étoiles. Dans les secteurs où il est difficile de calculer la VA, il prévoit de tenir compte du nombre d'étapes de fabrication en France. En complément, un label « Qualité France » plus contraignant serait créé. Pour être crédible dans la jungle des labels plus ou moins commerciaux existants, il supposerait toutefois l'adoption préalable d'une loi qui leur donnerait une définition juridique. Pour verrouiller le tout, le rapport préconise d'assimiler la fraude au « made in » à de la contrefaçon.
«En France, nous voulons mieux informer les consommateurs et, à l’extérieur, fédérer les entreprises françaises. Je voudrais que la marque France rime avec transparence.»
YVES JÉGO, DÉPUTÉ UMP DE SEINE-ET-MARNE
DES ACTEURS PLUS OU MOINS OPTIMISTES
Cette construction est diversement appréciée par les parties concernées. Daniel Sudre, administrateur national de l'UFC Que choisir ?, décrit l'association de consommateurs comme « très réservée » face à un système qui lui paraît « compliqué ». Côté entreprises, Philippe Peyrard, directeur général délégué des opticiens Atol et membre du Cèdre, une association pro-relocalisations, approuve : «Délivrer une lisibilité plus grande aux consommateurs, c'est les respecter. Et quand bien même l'impact économique resterait modeste, ce serait toujours ça de pris pour la croissance.»
La Fédération des entreprises et entrepreneurs de France, qui représente les PME fournissant la grande distribution, «est très favorable à cette approche», explique Gilles Charpentier, son président, mais pour lui, «le problème est qu'elle ne fonctionnera qu'à condition d'être admise au niveau européen». À l'opposé, l'Institut de liaisons et d'études des industries de consommation, qui représente les multinationales du secteur, s'inquiète. « Quand j'entends parler de labellisation, je dis : halte là ! On se heurtera très vite à des problèmes techniques et réglementaires insurmontables, notamment au niveau européen, où le marquage d'origine n'est pas la priorité de nos partenaires », déclare Olivier Desforges, son président. De fait, la partie facultative du volet français paraît la plus accessible. Encouragé par Nicolas Sarkozy, Yves Jégo table sur une mission pré figurative « avant la fin de l'année » pour de premières applications dès 2011.
LES PROPOSITIONS
Au niveau européen
- Rendre obligatoire le marquage d'origine pour tous les produits vendus en Europe.
- Obtenir l'extension des indications géographiques protégées aux productions non agricoles.
En France
- Expérimenter un « Made in France » à 1, 2 ou 3 étoiles, en fonction du degré d'origine nationale des produits.
- Créer un label officiel et certifié pour les produits d'origine française.
- Réglementer la définition et l'usage du mot « label » pour le fiabiliser.
- Mettre en place une carte d'identité numérique des produits afin d'en assurer la traçabilité.
Mettre en place une mission préfigurative et une association pour rendre opérationnelle dans l'année les préconisations du rapport.
LES OBSTACLES
- La généralisation du marquage d'origine n'est pas une priorité de l'UE et ne fait pas consensus chez les pays membres.
- Le double système des étoiles et du label risque d'apparaître confus aux consommateurs.
- Les méthodes d'évaluation de l'origine des produits semblent complexes et contestables à certains industriels.
- Le recours à la loi pour rendre fiable les labels peut être long.
UNE MESURE POPULAIRE... MAIS QUI DOIT FAIRE SES PREUVES
Selon un sondage réalisé par Toluna QuickSurveys pour LSA, les Français approuvent la relance d'un marquage Made in France, même s'ils ne sont pas prêts à le payer à n'importe quel prix et bien qu'ils vérifient assez peu l'origine des produits.
Le gouvernement envisage de renforcer le label «made in France», pensez-vous que c’est…(réponses en %)
Une bonne idée: 71%
Une mauvaise idée: 2%
Seulement de la communication: 26,2%
Pour vous, la mention «made in France» sur les produits est synonyme de…(réponses en %)
Protection des emplois: 56,6%
Produit de meilleure qualité: 51,7%
Protectionnisme français: 22,6%
Produits chers: 18,9%
Protection de l'environnement: 17,4%
Pour les produits «made in France», je suis prêt à payer (réponses en %)
Beaucoup plus cher: 2,5%
Plus cher: 39,2%
Le même prix: 51,6%
Moins cher: 4,7%
Beaucoup moins cher: 2%
Lorsque vous achetez un produit, vérifiez-vous toujours le lieu de fabrication (le pays) du produit? (réponses en %)
OUI: 43,6%
NON: 56,4%
MÉTHODOLOGIE
L'enquête Toluna QuickSurveys a été réalisée par internet, le 5 mai 2010 en France, auprès de 2 000 personnes de 18 ans et plus. Les résultats ont été redressés pour être représentatifs de la population nationale en termes de région, sexe et âge





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