Yoplait, les raisons d'un rachat

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C'est finalement General Mills qui devrait reprendre 51 % de Yoplait. L'américain sécurise sa position aux États-Unis et va s'atteler à développer la marque à l'international, alors que Sodiaal obtient des garanties sur le débouché du lait et le maintien des usines.

Tout n'est pas qu'une question d'argent. Face à un concurrent chinois pourtant mieux disant financièrement (Bright Food) et d'autres dossiers tout aussi solides, c'est finalement General Mills qui va reprendre 51 % des parts de Yoplait pour un peu plus de 800 M €. Le 18 mars, Sodiaal et PAI Partners, codétenteurs de la marque à la petite fleur, ont entamé des négociations exclusives avec le groupe américain. Une décision frappée d'une certaine logique...

Franchisé Yoplait aux États-Unis depuis 1977, General Mills connaît bien la marque, ce qui a pesé dans la balance. Et il n'a pas voulu laisser passer l'occasion de prendre l'initiative sur son marché, puisque, outre-Atlantique, les ventes de Yoplait atteignent 1,55 Mrd $, soit plus qu'en France, berceau de la marque. L'intérêt industriel est également là, avec un fort potentiel de développement de Yoplait à l'international mis en avant par General Mills, grand spécialiste en la matière. Si l'on ajoute les garanties obtenues par Sodiaal, sur le maintien du siège social de Yoplait, du management, des usines et des débouchés laitiers, le feu vert n'a plus rien d'étonnant.

 

 

Ouverture... mais sous conditions

« À partir du moment où General Mills pèse beaucoup dans les résultats du groupe en tant que franchisé, et qu'il a fait une proposition assez proche de celle des candidats chinois ou mexicains, l'opération fait sens, commente Philippe Jaegy, vice-président de la société de conseil Solving Efeso. Elle répond à une logique de stabilité d'actions et de relations entre les partenaires. Avec Nestlé ou Lactalis, il y aurait eu un risque en termes de position dominante et une problématique d'optimisation des capacités industrielles. Les dirigeants de Sodiaal, Yoplait et General Mills se connaissent, ils poursuivront leurs relations en confiance, ce qui est important pour la réussite d'une opération de rapprochement. »

Dans le détail, le dossier prévoit une subtilité technique, avec une dissociation de la société d'exploitation (Yoplait) et de la société propriétaire des marques (Sodima). General Mills rachète 51% de Yoplait, soit les 50 % mis en vente par PAI, auquel s'ajoute 1 % cédé par Sodiaal, qui reste en possession des 49 % restants. Un geste de bonne volonté, toutefois assorti d'un certain nombre de droits de veto de la part de Sodiaal, qui n'entend pas céder tous les pouvoirs. « Il y a codécision sur tout ce qui relève de la stratégie », indique à LSA un porte-parole. En parallèle, l'entreprise coopérative, qui détenait encore 100 % de Yoplait en 2002, cocontrôlera (à 50/50) avec General Mills la Sodima, propriétaire de la marque, qui en encaisse les royalties. Une structure qui satisfait les deux partenaires.

GENERAL MILLS

 

LES MARQUES PRINCIPALES

Cheerios, Pillsbury, Géant vert, Old El Paso, Häagen-Dazs

Répartition des ventes

  • 10,3 Mrds $ dans la grande distribution aux États-Unis
  • 2,7 Mrds $ à l'international
  • 1,8 Mrd $ dans le foodservice et la boulangerie
  • 1,2 Mrd $ via les joint-ventures

 

LE PROFIL

  • Chiffre d'affaires 2010
  • 16 milliards de dollars
  • Présence dans plus de 100 pays dans le monde

 

LES DATES CLÉS

  • 1866 Les bases de la société sont posées à Minneapolis, aux États-Unis avec la construction d'un moulin. L'entreprise débute dans la production de farine, mais possédera pendant longtemps une activité dans le jouet.
  • 1977 Signature d'un accord de licence avec Yoplait pour les États-Unis.
  • 1990 Signature d'un joint-venture mondial avec Nestlé dans les céréales.
  • 2001 Rachète Pillsbury (marques Geant vert, Old El Paso).

 

Une opération pas si coûteuse

« Le fait que General Mills détienne la majorité de la société opérationnelle est une garantie pour le groupe américain, face à un coactionnaire coopératif qui n'a pas les mêmes règles de fonctionnement, analyse Jean-Daniel Pick, associé gérant chez OC&C Strategy. Il pourra consolider la totalité de Yoplait dans ses comptes, ce qui, sur un secteur ultradynamique et à fortes marges comme l'ultrafrais, n'est pas négligeable en termes d'affichage pour un groupe coté. Sodiaal, lui, a obtenu en garantie un droit de veto absolument essentiel pour l'écoulement de son lait. »

Tout compte fait, ce rachat ne coûterait pas si cher que cela, à en croire Philippe Guezenec, managing director d'Easton Corporate finance : « General Mills réalise un profit d'exploitation de 250 M $ grâce à la marque Yoplait aux États-Unis. Sachant qu'en Bourse le groupe est coté entre 8 et 10 fois son résultat d'exploitation, cette activité américaine est valorisée entre 2 et 2,5 Mrds $. Sécuriser cette branche et prendre 51 % de Yoplait pour 800 M $ est une très bonne affaire. » Ce mouvement permet aussi d'éteindre un début de conflit initié fin 2010, qui ressemblait à un appel du pied : insatisfait du faible niveau de royalties versé par General Mills (20 M $ par an), Yoplait avait annoncé sa volonté de mettre un terme au contrat de licence le liant à son partenaire. Mais la redistribution actuelle des cartes met un terme à ces querelles.

 

 

Un projet jugé attrayant

Côté vendeur, PAI réalise une belle opération, en récupérant 800 M grâce à la cession d'une participation qui lui en a coûté 70 en 2002. Le fonds et Sodiaal considèrent le projet industriel de General Mills comme « particulièrement attrayant », car prévoyant « un renforcement des positions de Yoplait en Europe de l'Ouest ainsi qu'une accélération de son développement à l'international notamment dans les marchés émergents ». « General Mills a des points de force sur la Chine ou l'Inde. Et on peut penser qu'il y aura un effet de levier intéressant sur la R&D de Yoplait », complète Philippe Jaegy.

Présent dans le monde entier avec des marques fortes (Géant vert, Häagen-Dazs, etc.), General Mills possède un profil de développeur qui a certainement fait défaut à d'autres candidats au rachat, et que Sodiaal n'aurait pu assurer seul faute de moyens. Surtout après avoir bouclé l'onéreux rachat d'Entremont. « Pour Sodiaal, avoir choisi de racheter Entremont plutôt que Yoplait, du fromage râpé très exposé à la concurrence internationale contre du yaourt bien valorisé, est une erreur. C'est une vision à court terme qui répond à un besoin de paix sociale chez les producteurs », juge un expert. Point positif pour les producteurs français et Sodiaal, l'américain n'avait jusqu'ici pas d'activité laitière en dehors de son pays, ce qui éloigne le risque de rationalisation industrielle.

Reste que de nombreuses interrogations surviennent autour des futurs contours du groupe et de sa gouvernance. « Le sujet suivant, c'est de savoir si les deux auront intérêt à s'allier avec d'autres pour développer la marque dans d'autres régions, telles que l'Asie » souligne Jean-Daniel Pick. Certains observateurs évoquent la possibilité que Sodiaal gère la zone Europe, alors que General Mills prendrait en charge le développement aux États-Unis et dans le reste du monde.

Fait du hasard (ou prémonition ?), l'ancien patron de General Mills France vient de prendre de nouvelles responsabilités au niveau du développement international du groupe. « Je connais Yves Lepage pour avoir codirigé avec lui le joint-venture Géant vert-Marie. Je sais que pour l'ensemble de la filière et les producteurs de lait il saura comprendre l'énorme potentiel que cet amont représente », souligne Olivier Picot, président de la Fédération nationale de l'industrie laitière.

 

YOPLAIT

 

LES MARQUES PRINCIPALES

Panier de fruits, Calin, Yop, Perle de lait, Petits Filous

 

LE PROFIL

Chiffre d'affaires total généré par la marque : environ 4 milliards d'euros dans le monde dont près de 1 milliard en propre (France et filiales en République tchèque, Royaume-Uni, Slovaquie, Suède, Belgique et Portugal), pour un Ebitda de 127 M €. Volume d'affaires additionnel d'environ 3 Mrds E dans le monde grâce aux licences et à une présence commerciale dans 70 pays

Source: Yoplait

 

LES DATES CLÉS

  • 1964 6 coopératives laitières françaises (qui deviendront plus tard Sodiaal) créent une société commune (Sodima) pour vendre leurs produits.
  • 1965 Les coopératives abandonnent leurs marques régionales et créent Yoplait, marque nationale commune. Elle sera à l'origine du yaourt aux fruits en France, dont elle est aujourd'hui leader mondial.
  • 2002 Sodiaal, en difficultés financières, cède 50 % de Yoplait au fond PAI Partners.
 

Encore des spéculations

L'alliance d'un groupe coopératif laitier avec un opérateur privé américain n'a pas manqué de soulever des remous du côté français. Les ministères de l'Économie et de l'Agriculture, dans une déclaration conjointe, ont annoncé que le « FSI examine pour sa part l'opportunité d'accompagner ce projet d'investissement »,. Mais on peut se demander dans quelle mesure cet effet d'annonce est réalisable. Philippe Mangin, président de Coop de France, pense « que le processus n'est pas encore à son terme. Nous ne savons pas ce que les Américains veulent faire de l'activité européenne. Veulent-ils la conserver, s'en séparer, la rétrocéder ? La partie n'est peut-être pas terminée ». D'ici à la clôture de l'opération, en juin, les spéculations ne sont pas terminées. Mais dans ce dossier, c'est devenu une habitude dont il faudra bientôt se départir.

 

Pourquoi vendre ?

  • PAI Partners, entré au capital de Yoplait en 2002, estime être arrivé au terme de son cycle d'investissement.
  • Sodiaal, qui reste actionnaire mais n'a pas les moyens de développer la marque, a obtenu des garanties fortes sur le maintien de l'activité en France et des débouchés laitiers.

Pourquoi acheter ?

  • Pour sécuriser la position de Yoplait aux États-Unis, premier pays mondial pour la marque en termes de vente.
  • Pour profiter du potentiel de développement international.

Yoplait EN FRANCE

  • 3e marque de l'ultrafrais en valeur, Yoplait (10,8 % de PDM) est au coude à coude avec Lactalis-Nestlé (12,9 %) sur ce segment dominé par Danone (31,5 %) et les MDD (31,3 %).
  • Les marques commercialisées Panier de fruits, Yop, Calin et Perle de lait.
  • 3 usines en France (pour environ 500 000 t de production).
  • Un quart de son activité en MDD.
  • Chiffre d'affaires réalisé en France proche de 800 M €.

General Mills EN FRANCE

  • Le groupe est présent en direct sur trois segments. Les légumes avec la marque Géant vert, les spécialités mexicaines avec Old El Paso et les glaces avec Häagen-Dazs. Par ailleurs, un joint-venture existe dans le domaine des céréales avec Nestlé (Cereal Partners France).
  • Une usine à Arras (glaces).
  • La transformation des légumes Géant vert s'effectue via la Seretram (Labatut, Landes), filiale commune avec le groupement de producteurs Euralis.
  • Chiffre d'affaires General Mills ne communique aucun chiffre par pays ou région, à l'exception du chiffre monde.

 

 

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Article extrait du magazine N° 2174

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