15 ans de LSA.fr: Mai 2011, la bactérie E. coli déstabilise la filière des légumes

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DossierANNIVERSAIRE LSA.FR Les autorités sanitaires allemandes alertent au sujet de l’Escherichia coli, dit E-coli. Cette bactérie, alors présente dans le concombre, a déjà fait trois morts dans cet Etat. Dans de nombreux pays européens, on relève bientôt l’existence de cette souche dans le légume, mais aussi dans des steaks hachés. Les détections de produits contaminés se multiplient, les décès font la Une de l’actualité, la psychose s’installe à travers l’Europe. Retrouvez toute la chronologie de cette crise alimentaire en (re)découvrant les articles de lsa.fr.

Les pertes sont estimées pour l'heure à 1,5 M € pour les producteurs français de concombres et à 3,3 M € pour les producteurs de tomates
Les pertes sont estimées pour l'heure à 1,5 M € pour les producteurs français de concombres et à 3,3 M € pour les producteurs de tomates©LAURA LEON/THE NEW YORK TIMES-REDUX-REA

PAPIER ORIGINAL, publié le 9 juin 2011: La psychose autour de la bactérie E. Coli a entraîné une chute des ventes de concombres mais aussi des tomates. Fragilisée, la filière réclame des aides pour absorber le choc et restaurer la confiance.

Le mystère reste entier. À l'heure où nous mettons sous presse, l'origine de la contamination par la bactérie Escherichia coli, qui a fait plus de 2 000 malades en Europe et tué 23 morts (dont 22 en Allemagne) n'est pas encore connue précisément. Dernière piste évoquée mais aussitôt rejetée : des germes de soja vendus par une entreprise de jardinage en Allemagne. Un temps accusés, les concombres espagnols ont été disculpés début juin, soit près de 15 longs jours après le début de la crise. « Un peu tard », estiment certains.

Ces soupçons se sont révélés désastreux pour la filière espagnole mais aussi pour tout le secteur fruits et légumes européen y compris la France, grand pays producteur de légumes d'été, où la consommation a plongé de façon spectaculaire.

Week-end catastrophique

Celle tout d'abord des concombres d'Espagne, qui ont très vite été déréférencés des étals. « En cas de crise sanitaire, le principe de précaution n'est jamais à prendre à la légère, c'est pourquoi dès lundi (30 mai), nous avons retiré de la vente les petits concombres noirs d'Espagne qui sont référencés chez nous. Nous avons pris cette décision de notre propre initiative, sans consigne de notre siège national », déclare Noël Saby, directeur du magasin Monoprix de Vaise (Lyon). Celle ensuite de tous les concombres, quelles que soient leurs origines. « Les ventes de concombre sont en chute exceptionnelle (semaine du 30 mai), presque à zéro, alors que nous sommes au coeur d'une forte période promotionnelle sur le thème de la Fraîch'Attitude. Et ce sont toutes les références de concombre qui sont touchées, toutes provenances confondues », assure Carlos Alanso, directeur adjoint d'Auchan Saint-Priest (en périphérie lyonnaise). Enfin, ce sont toutes les crudités qui ont été pénalisées. « Le week-end a été catastrophique, on peut quasiment parler de ventes zéro, en tous cas sur le concombre. Ça touche aussi les tomates et les autres légumes », a déclaré Xavier Beulin, président de la FNSEA.

«Au-delà de l'indemnisation des professionnels, l'enjeu est de réussir via la communication à restaurer au plus vite la confiance et à relancer la consommation.»      VALÉRIE SENÉ, directeur économie et marketing d'Interfel

Comme souvent dans les crises alimentaires, la psychose, renforcée par l'annonce de l'embargo de la Russie, premier importateur de primeurs européen, a très vite gagné les consommateurs. Avec des conséquences terribles pour les producteurs.

« Le concombre affiche un taux d'invendus de 85%, et ce malgré sa mise hors de cause et la mobilisation des enseignes via des opérations promotionnelles. Les tomates ont vu leur prix plonger à 1,84 € le kg de tomates rondes (semaine du 30 mai au 5 juin), soit 12% de moins par rapport à la même période de l'an dernier », annonce Valérie Sené, directrice économie et marketing d'Interfel.

En attente d'aides publiques

Au final, selon les estimations, les pertes provisoires s'élèveraient entre 5 et 7 M €. Un nouveau coup dur, qui a conduit les producteurs français de concombres, comme les espagnols, à réclamer des aides publiques. La Commission européenne a annoncé son intention de proposer lors de la réunion du 7 juin entre les ministres européens de l'Agriculture et de la Sécurité alimentaire des «compensations » financières.

« Il s'agit d'indemniser les professionnels mais aussi de se doter de moyens sur le plan de la communication pour restaurer la confiance et relancer la consommation », déclare Valérie Sené. En attendant, la semaine de la Fraich' Attitude, qui se déroule - hasard du calendrier - du 3 au 12 juin, pourrait redonner un début d'aura médiatique à la filière fruits et légumes, qui mettra du temps à se remettre de cette crise.

 

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