15 septembre 1969: ce jour qui lança le Groupement des Mousquetaires

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Il y a tout juste 50 ans, le 15 septembre 1969, après avoir avancé avec Edouard Leclerc, 92 adhérents réunis autour de Jean-Pierre Le Roch notifient leur rupture par une lettre collective. Retour, ce dimanche 15 septembre 2019, sur  cet épisode historique, “acte de naissance” d'Intermarché et donc du Groupement des Mousquetaires.

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Cette année, le Groupement des Mousquetaires fêtent leur 50 ans. Tout a en effet débuté le 15 septembre 1969. ce jour là  après avoir avancé avec “l’épicier de Landerneau”, 92 adhérents réunis autour de Jean-Pierre Le Roch notifient à Édouard Leclerc leur rupture par une lettre collective. Retour cet épisode historique, “acte de naissance” du Groupement.

Les causes du désaccord? Dans le quotidien Le Monde du 17 septembre 1969, on peut lire : « Selon les dissidents, animés par M. Jean-Pierre Le Roch, qui fut pendant dix ans le bras droit d'Édouard Leclerc, la croissance et la multiplication des magasins à grande surface ne sont possibles que si ceux-ci relèvent de centrales régionales, elles-mêmes affiliées à une centrale nationale unique ayant une puissance d'achat suffisante. » Le même journal explique, le 8 octobre suivant, que, pour Édouard Leclerc, le risque d’un amont fort c’est d’être « entraîné dans l'escalade onéreuse des frais généraux » de « secréter… un appareil qui étouffe l'esprit d'équipe des propriétaires… ».

Ces différences de point de vue étalées au grand jour pointent pourtant déjà depuis quelques mois dans les centres distributeurs E. Leclerc. En mai 1968, lors d’un Congrès à Saint-Jean-de-Monts, Jean-Pierre Le Roch et des adhérents émettent des propositions organisationnelles à Édouard Leclerc mais celui-ci ne les entend pas puis finit par poser un ultimatum. Le 15 août 1969, par l’intermédiaire d’un enregistrement sur cassette audio, il demande à tous les adhérents de choisir entre lui et Jean-Pierre Le Roch. Marie-Thérèse Le Roch, dans une interview accordée à LSA, revient sur cet épisode : "Nous sommes en 1963. Nous avions alors deux métiers bien distincts. D’un côté, la gestion des magasins ; de l’autre, celle de l’entrepôt. Pour faire les comptes, notamment les fameuses rétrocessions et les ristournes, un adhérent de Saint-Nazaire, Henri Brétéché, venait nous aider régulièrement à Issy-les-Moulineaux, dans notre appartement. Nous nous sommes alors très vite aperçus qu’un groupe ne peut pas fonctionner sereinement avec un système à deux vitesses. Deux courants internes s’affrontaient, pour des questions de pouvoir et d’argent. En mai 1968, lors d’un congrès Leclerc, à Saint-Jean-de-Monts, mon mari expose sa vision aux adhérents, sont nombreux à la partager : ensemble, ils émettent des propositions à Édouard Leclerc, qui n’est pas franchement sur la même longueur d’onde. Ces premières escarmouches ne seront suivies d’aucun effet jusqu’au fameux 15 août 1969. Ce jour-là, Édouard a envoyé une cassette audio à tous les adhérents en leur demandant de choisir entre lui et mon mari. Je m’en souviens très bien. Nous étions chez mes parents. Mon mari a été sidéré. Son premier réflexe a été de vouloir tout laisser tomber, de repartir au Brésil. Mais des adhérents ont tellement insisté, lui témoignant une totale confiance, ils lui ont demandé de ne pas lâcher. Il a accepté. 92 adhérents, soit les deux tiers, décident alors de rompre tout lien avec Leclerc. La scission est officialisée le 15 septembre 1969. Juridiquement, nous avions quinze jours pour trouver une nouvelle enseigne. Je me souviens que nous étions en voiture lors d’un des nombreux déplacements, entre Paris et la Bretagne, et mon mari a lancé : « Et si on s’appelait Ex ? » Ensuite, le conseil d’administration a accepté, et nous avons ajouté « Ex, office de distribution ». Mon mari n’a pas revu Édouard Leclerc depuis la séparation. Mais il n’y a pas eu le moindre problème entre nous et Michel-Édouard".  

Et c'est encore Marie-Thérèse Le Roch qui expliqua à LSA comment Intermarché a remplacé Ex: "En 1973, Exxon arrive en France avec les stations Esso. Comme le pétrolier exploite la marque Exx, il souhaite trouver un terrain d’entente avec les marques au préfixe « Ex- ». Des avocats d’Exxon sont donc venus nous voir. De notre côté, nous avions chiffré le coût de changement d’enseigne sur chaque magasin et de la campagne de marketing que cela supposait, rien de plus. C’est ce montant que nous avons annoncé aux avocats, qui, vous l’imaginez bien, l’ont accepté immédiatement. Rétrospectivement, nous étions un peu naïfs, mais l’essentiel était que nos magasins aient leurs enseignes, tous au même moment. Comme d’habitude, Jean-Pierre a fait gamberger toute la famille pour trouver un nom. Il voulait quelque chose autour de « marché ». C’est notre fils, Jean-François, qui lança le premier l’idée de « inter » et « marché ». Le conseil d’administration a trouvé l’idée intéressante, et c’est ainsi qu’est né Intermarché".

Le début d’une aventure qui compte aujourd'hui quelque 3000 adhérents et 150 000 salariés avec un chiffre de 44,5 milliards d'euros en 2018 (toutes enseignes confondues et avec caburants). 

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