17 Nouvelles technologies : L'étoffe des robots

Reconnaissance vocale, ergonomie, miniaturisation : les récents progrès de l'électronique et de l'informatique grand public ne donnent qu'une faible idée des révolutions à venir. L'ordinateur, le téléviseur et le téléphone de demain, discrets et design, auront surtout en commun une véritable autonomie de comportement. L'intelligence artificielle émerge et, avec elle, les premiers robots domestiques.

Où se trouvera le centre nerveux de la maison des années 2015 ? La réponse à cette question dépend en grande partie de l'issue de la bataille - encore feutrée - que se livrent les grands du logiciel, de l'électronique grand public, de l'informatique, de la téléphonie et de l'électroménager. À coups de petites innovations ou de grandes alliances, chacun tente de se positionner en première ligne, d'imposer son protocole de communication ou son système d'exploitation. Car une chose est claire : dans quinze ans, le temps des appareils fonctionnant chacun de leur côté sera définitivement révolu. Qu'il soit piloté depuis un téléviseur, un terminal internet, un réfrigérateur ou un téléphone, le réseau domestique sur lequel planchent aujourd'hui les spécialistes des réseaux informatiques et les géants de l'électronique de loisirs ne devrait plus guère tarder à voir le jour.

L'ordinateur domestique semble le mieux placé pour régner sur la toile d'araignée électronique de la maison. Le bon vieux PC gère aujourd'hui sans trop de problèmes imprimantes, scanners, caméras et autres manettes de jeu. Le lave-linge ou la chaîne hi-fi pourraient bien, eux aussi, se muer en périphériques, moyennant une connexion, avec ou sans fil, et l'ajout d'un petit logiciel de pilotage au système d'exploitation. Mais encore faudra-t-il que le PC que nous connaissons survive au changement de siècle. Car, bien plus que le bogue, c'est l'inadéquation du PC Wintel (bâti autour de Windows et des processeurs Intel) aux besoins des ménages qui pourrait, à terme, causer son extinction.

Nombreux sont ceux qui font remarquer que le PC est un dinosaure technologique bien trop puissant et coûteux pour l'usage que la plupart des gens en font. Un peu de traitement de texte, la tenue des comptes de la famille, de la navigation sur internet et du courrier électronique, etc. Autant de tâches dont un modeste terminal relié à un serveur peut fort bien s'acquitter. Plusieurs fabricants ont d'ailleurs tenté l'aventure de ce « network computer »

(« NC » pour « ordinateur en réseau »), sans grand succès. L'an prochain, Compaq en proposera pourtant une nouvelle mouture, l'iPaq. Pour moins de 500 $, ce PC simplifié se focalisera sur l'accès à l'internet. L'entreprise parie que cette machine représentera 50 à 60 % de ses ventes d'ici à trois ans, mais refuse de parler de la mort du PC.

Et pourtant les alternatives au micro se multiplient, en matière d'accès à l'internet, notamment. Alcatel, Matra Nortel, National Semiconductor, et bientôt Microsoft vendent des consoles de navigation très simples à utiliser.

Pas de quoi enterrer le PC domestique, jurent cependant plusieurs fabricants. Pour le futurologue britannique Ray Hammond, qui collabore, précisons-le, avec Packard Bell et son institut du home-computing, le PC ne disparaîtra pas dans les années à venir, mais connaîtra une profonde évolution, notamment esthétique. Et, comme beaucoup d'autres, il évoque les produits Apple - iMac et iBook en tête - comme de belles ébauches de ce que pourrait être, à terme, un ordinateur domestique harmonieusement intégré à son environnement. Un exemple imité par le monde PC, qui tente aussi de changer de peau.

Des ordinateurs « portables » tels de simples vêtements

Autre argument plaidant pour la pérennité du PC : l'apparition de plusieurs prototypes d'ordinateurs « portables » comme on porterait un vêtement. IBM a été le premier, en 1998, à présenter l'un de ces « wearable PC » dont l'unité centrale tient dans la poche, l'écran étant composé d'une espèce de demi-lunette et la commande se faisant soit par le biais d'une mini-souris, soit à la voix. D'autres constructeurs ont développé leur version mais, comme le reconnaît un représentant d'IBM, William Pulleyblank, le concept est loin d'être arrivé à maturité. « Ces engins ne séduiront les consommateurs que s'ils deviennent vraiment discrets, explique-t-il. Personne n'a envie de se promener avec des lunettes de soudeur harnachées sur la tête ! »

On l'aura compris : quel que soit l'appareil qui sortira vainqueur de la grande bataille pour le contrôle du réseau domestique, il devra prendre en compte le paramètre internet. Car, à mesure que la demande d'accès au réseau croît, l'offre en matériels permettant de s'y connecter s'étoffe, elle aussi. Au point de renverser l'ordre des priorités, c'est-à-dire de voir le réseau et, surtout, ses contenus primer sur la nature de l'appareil qui permettra de s'y connecter. Dans un monde longtemps dominé par le hardware (les machines), le software (logiciels et contenus, en général) est sur le point de prendre sa revanche.

L'ordinateur ravalé au rang de robinet à programmes

Ce principe acquis, l'ordinateur qui pilotera le réseau domestique, quelle que soit son apparence, se verra relégué au rang peu gratifiant de robinet à programmes. C'est à peu de choses près le sens du projet Panama, développé par la firme américaine Oracle. Ce programme prévoit que le PC deviendra dans les années à venir un simple portail d'accès au web, dont le rôle sera d'adapter les informations reçues au format du terminal choisi pour se connecter : téléviseur, téléphone mobile, assistant numérique, etc. Car, et c'est une autre certitude affichée par une bonne partie de l'industrie, les petits terminaux mobiles ne tarderont pas à prendre le pouvoir. Une simple question de rapport des forces numériques, explique Malcolm Bird, vice-président de Phone.com. « Il y a aujourd'hui 290 millions de téléphones mobiles et 298 millions de PC dans le monde, note-t-il. Mais, en 2003, le rapport aura basculé. Nous prévoyons qu'il y aura alors 550 millions de PC pour 1 milliard de mobiles, tous ou presque connectés à internet. Le mobile sera alors le matériel d'accès majoritaire. Les développeurs de sites commencent déjà à le comprendre et à en tenir compte. »

Redessinés, connectés, intelligents : à force de se fondre, de se marier, d'acquérir une autonomie de mouvement et de décision, à force de reconnaître la voix de leur maître et - bientôt - son visage, les appareils électroniques accoucheront de ce que tous les prévisionnistes annoncent depuis des décennies et peut-être des siècles. Trop tard pour en rire : depuis cette fin d'année 1999, les robots sont là.

AIBO, fais le beau !

Lancé l'été dernier par Sony, AIBO est un chien robot uniquement dédié à la distraction de ses propriétaires. Une sorte de vitrine technologique, juste capable de se déplacer, d'aboyer et de remuer la queue lorsqu'on lui flatte l'échine. Le tout vendu au prix du diamant. Le Dr Toshitada Doi, vice-président du groupe, est pourtant très fier de sa création. « AIBO est un ordinateur capable d'apprendre et d'évoluer, explique-t-il. Il est exact que son lancement sera anecdotique en termes de ventes et de chiffre d'affaires générés. Mais comprenez bien qu'il s'agit d'un petit pas très important, qui annonce la création d'une nouvelle industrie. » Car, pour le Dr Doi, aucun doute : « Les années 80 ont été l'ère du PC, les années 90 l'ère d'internet. Les années 2000 seront celles des robots autonomes et des créatures virtuelles. Je ne sais pas encore dans quels délais, mais cette industrie dépassera celle du PC, simplement parce que les robots sont plus simples et plus amusants à utiliser. »

Modèle différent mais discours similaire chez NEC. Le R100, dont l'aspect rappelle vaguement le R2-D2 de « Star Wars », peut lui aussi se déplacer et reconnaître certains ordres vocaux. Ses yeux-caméras lui permettent d'identifier les membres de la famille et d'adapter son comportement à chacun, mais aussi d'enregistrer des messages vidéo qu'il peut ensuite régurgiter en direct ou envoyer par mail. Correctement programmé, il est également capable de régler le chauffage ou la lumière, de changer les chaînes du téléviseur, de faire répéter ses devoirs au petit dernier ou d'appeler les secours en cas d'accident ménager.

Les robots seraient-ils le futur de l'informatique ?

Chez NEC, le R100 est considéré comme « une interface plus naturelle que la plupart des appareils intégrant de l'électronique, dépourvue des habituels boutons, un nouveau moyen de communication au sein du foyer ». Et à l'instar de ceux de Sony, les ingénieurs de NEC présentent leur créature comme « le futur de l'informatique à domicile », l'aboutissement de leurs recherches en matière d'intelligence artificielle et de «mécatronique» (le mariage de la mécanique et de l'électronique). Le XXIe siècle a commencé.

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Article extrait
du magazine N° 1657

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