Marchés

18 témoignages de ceux qui font tourner les usines

Pour rendre hommage à ceux qui œuvrent dans les usines agroalimentaires et assurent l’approvisionnement des Français, la rédaction de LSA, avec l’aide de l’Ania (Association nationale des industries alimentaires), leur donne la parole. Avec leurs mots, ils nous racontent comment ils vivent cette pandémie. Yves Puget Les entreprises de l’agroalimentaire répondent présentes depuis le début de la crise ! Les femmes et les hommes qui, au quotidien,ont rempli la mission de nourrir les Français sont les meilleurs ambassadeurs de nos métiers. Ils ont assuré la continuité de notre chaîne alimentaire, avec courage. Ils ne sont pas les seuls, et je dois rendre hommage aux « chauffeurs », aux « caissières », et à tous ceux qui ont permis de fournir nos produits de qualité et de goût, respectant notre savoir-faire culinaire français. Il me paraît légitime de le faire savoir après plus de deux mois de travail intensif. Nous sommes une chaîne solidaire avec nos partenaires de l’amont agricole,des transporteurs et des enseignes de la distribution. Ensemble, nous devons continuer l’effort entrepris pour répondre aux besoins et aux désirs d’une alimentation sûre, saine, durable et accessible à tous. Merci à vous tous !richard Girardot, président de l’ania

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katell_mahe_le_gouessant.jpg© © dr

Sonia Rossignol,

responsable de zone,

Altho (chips Bret’s)

« Je suis chef d’équipe en conditionnement. Je m’assure que les productions sont conformes aux exigences du client, au suivi du planning, au respect de la qualité et de la sécurité du produit. Je m’assure également que le personnel de production travaille en toute sérénité et, surtout, en toute sécurité. Je pense que c’est une bonne chose de pouvoir contribuer à répondre, chacun à notre manière, à cette crise sanitaire qui concerne tout le monde. Nous avons dû nous adapter au sous-effectif depuis plus d’un mois, mais nous avons décidé de continuer à produire pour assurer la pérennité de l’entreprise. Même si la chips n’est pas un produit de première nécessité, nous contribuons quand même à donner de la joie aux gens qui en consomment, lors des apéros en visio et des autres ! »

Élise Grimaux,

opératrice de conditionnement,

Savel (société d’abattage de volailles et de lapins)

« Mon mari étant en déplacement professionnel à l’annonce du confinement, je me suis retrouvée seule, avec un problème de garde d’enfants. J’ai très vite paniqué. Après avoir cherchédes solutions, j’ai fini par me rendre à l’évidence : il fallait arrêter de travailler. Le service RH de mon entreprise et mes responsables ont su me guider dans mes démarches. J’ai eu donc un arrêt de travail pour deux semaines. Les journées à la maison étaient longues, heureusement que nous avons un jardin ! Après une semaine, mon mari a été mis en congés forcés, puis en chômage partiel. J’ai donc repris mon poste. À mon retour, je n’ai pas été surprise par le dispositif mis en placeà Carhaix car, dans l’agroalimentaire, nous sommes fortement sensibilisésaux mesures d’hygiène strictes, mêmesi le port du masque reste difficile. »

Audrey Lannon,

conductricede ligne, Savel

« À l’annonce du confinement, mon mari et moi avons réfléchi pour continuer notre travail et garder nos enfants. Je me suis rapprochée de la RH, nous avons discuté et aménagé mon temps de travail à Lannilis à raison de trois jours et demi par semaine. Mon mari a fait la même chose, si bien que nous pouvons assurer la garde de nos enfants et le suivi scolaire. Nous sommes habitués dans le secteur à porter des EPI, aux mesures d’hygiène (lavage des mains). C’est le port du masque qui est le plus difficile, notamment parce que ce n’est pas facile de parler avec. On est tous dans le même bateau. Nous avons adapté la production pour répondre aux besoins de nos clients. Les deux premières semaines ont été difficiles. Quand j’ai lu dans un journal que Savel continuait de produire, j’ai été fière d’y participer. »

Cathy Frappart,

agent de flux cuisson, Fleury Michon (charcuterie, traiteur)

« Initialement opératrice sur une ligne de conditionnement à l’usine de Cambrai, j’ai été mobilisée pour venir en renfort des équipes de fabrication de jambon. Je travailledepuis quatre ans au sein de l’entreprise,et j’avais déjà eu l’occasion de recourir àla mobilité interne, ce qui m’a permis d’être opérationnelle dès le début de la crise.Pour faire face à cette situation, nous avons étendu nos heures de travail (dix heures par jour au lieu de sept, six jours sur sept au lieu de cinq en temps normal) et le groupea mis en place des conditions d’hygiène encore plus drastiques que d’habitude.Nous n’avons aucune crainte à venir travailler. Au contraire, l’état d’esprit au sein de l’usine est très positif. On ne sait pas de quoi sera fait l’après-crise, mais si je devais retenir un enseignement de cette période, ce serait très certainement l’entraide ! »

Pierrig Salaün,

responsable qualité,

Roc’hélou (biscuits)

« Petite biscuiterie familiale de 10 salariés fondée en 1950, confectionnant des biscuits bio depuis 1983, nous avons toujours eu un engagement sociétal très fort, notamment envers les sujets de sécurité. Nous avons vite compris que nous compterions parmi les entreprises qui devraient pouvoir continuer à assurer la pérennité de leur activité. Notre taille nous permet d’être agiles. Ainsi, nous avons pu nous réorganiser en mettant en place les mesures de protection (adaptation des postes, hygiène renforcée, visières en impressions 3D réalisées localement…) afin que nos salariés et les personnes en contact (livreurs, transporteurs) puissent poursuivre l’exercice de leur activité dans ces conditions particulières, en toute sécurité et en nous permettant de faire face à la croissance de la demande. »

Maria José Tebar,

directrice supply chain, Bel France (fromages)

« Travaillerdans l’industrie agroalimentaire dans une période aussi complexe est un défi permanent, mais c’est aussi une expérience humaine et professionnelletrès forte. Dès le premier jour de la crise, mon métier, la supply chain, a été l’un des maillons essentiels aux côtés des usines, cela a été notre moteur et nous en sommes fiers. Nous avons su nous adapter en un temps record pour assurer la continuité d’approvisionnement des magasins au mieux de nos capacités et répondre aux besoins des foyers. Il a fallu prioriser nos actions et mettre en place les solutions les plus agiles en étant “multicasquette”. Nous avons pu compter sur les valeursde solidarité et à une incroyable énergie collective malgré le travail à distance,qui a montré toute son efficacité. »

David Moulin,

responsablede production,

Un Air d’ici (fruits secs et graines bio)

« J’ai immédiatement proposé et appliqué les gestes barrières. D’abord sur l’hygiène : mise à disposition pour les équipes de gel hydroalcoolique, de gants et de masques, désinfection des locaux. Ensuite, les mesures de distance physique nous ont contraints à revoir notre organisation. Les équipes de jour ont été réduites, on a gardé des salariés fixes pour éviter les brassages et les plages horaires ont été augmentées. Nous avons fait en sorte que les équipes ne se croisent pas lors des changements de poste. Et nous avons décalé les horaires de pause. Enfin, nous avons effectué un travail régulier d’information. Grâce à cela et à un bon maintien du dialogue social, l’ambiance est restée sereine et les équipes mobilisées. Certains ont été volontaires pour annuler leurs congés pour faciliter les roulements. »

Philippe,

chef de quai à la logistique, Bahier (charcuterie)

« Au début, ça a été compliqué avec les chauffeurs. C’était difficile de leur faire respecter les mesures mises en place en interne. Pour ma part, j’ai mis des gants dès le départ et j’ai arrêté les poignées de main avant même l’annonce du confinement. À la logistique, nous testons en ce moment un roulement avec deux équipes dans la journée et des horaires de travail différents, pour éviter au maximum les contacts dans l’entrepôt. Oui, je me sens en sécurité avec tout ce qui a été mis en place. Tout est désinfecté plusieurs fois par jour : tables, chaises, poignées, interrupteurs, scans, écrans tactiles… Les équipes se relâchent un peu depuis quelques jours. Depuis l’annonce du déconfinement, nous sommes obligés de rappeler les bons gestes et il va falloir que nous soyons vraiment vigilants ces prochains mois. »

Anthony Handke,

chef d’équipe,

Fleury Michon

« En tant que chef d’équipe de fabrication de jambon, l’épidémie de coronavirus a évidemment eu un impact sur mon travail à l’usinede Cambrai. Un travail qui a dû s’adapter pour faire face aux besoins des Français. Pour y répondre, nous avons élaboréun nouveau rythme de production quis’est spontanément mis en place avec les collaborateurs. Notre quotidien est très rassurant par rapport à ce que l’on peut voir à la télé : les mesures d’hygiène très strictes et la responsabilité de chacun font quenous pouvons travailler sereinement. Notre quotidien n’a pas été révolutionné,on fait notre travail comme tous les jours ; cette période demande un effort collectif mais habituel ! Après l’épidémie, nousavons tous envie de rester sur ce rythme : que l’entraide et la performance perdurent au sein de notre usine. »

Anthony Beharelle,

directeur général, Croc la Vie (restauration bio)

« Quelle étrange sensation que de fermer nos locaux le 17 mars ! Nous préparons depuis dix ans des repas bio pour les tout-petits du Nord et du Pas-de-Calais. Mais avec la fermeture des établissements, plus besoin de repas ou presque... Durant cette période d’arrêt, il a fallu trouver des repreneurs pour nos matières premières, faire don de denrées, gérer la crise et le chiffre d’affaires à zéro. Aujourd’hui, toute l’équipe est mobilisée pour assurer des repas dans les règles de sécurité sanitaire strictes. Si la commande de masques en quantité suffisante n’est pas chose aisée, assurer la disponibilité des équipes ou les livraisons de produits frais sans connaîtrele nombre de repas commandés est tout aussi délicat. Malgré cela, apporter aux plus jeunes une alimentation bio et produite localement est plus stimulant que jamais ! »

Nicolas Laudrin,

responsable d’activité, Les Ateliers du Goût (produits frais et surgelés)

« La fermeture des restaurants, des cantines scolaires et l’arrêt du trafic aérien, entre autres, ont impacté notre activité. Mais, surtout, il a fallu mettre en place de nouvelles règles d’hygiène. Il faut encore rassurer les salariés et être transparent sur le contexte sanitaire et économique de l’entreprise. Nous avons été sollicités pour booster nos volumes sur les barquettes pour les hôpitaux. Toutes les parties prenantes se sont mobilisées, conscientes que nous avions un rôle à jouer (le fameux second front !). Et nous avons atteint des niveaux de production jamais obtenus ! En revanche, la difficulté actuelle est d’avoir une vision réduite et à très court terme de la suite du business. Malheureusement, malgré une activité soutenue au début de la crise grâce à la demande hospitalière, le chômage partiel se profile. Nous souhaitons rapidement retrouver tous nos clients pour pérenniser l’activité de l’entreprise et les emplois. »

Sylvie Tran,

responsable service clients, Daunat (snacking)

« Entre la réorganisation de l’équipe en partie en télétravail et le suivi journalier de nos niveaux de commandes sur des produits à DLC courtes, mes journées sont particulièrement intenses depuis le début du confinement ! Nous contrôlons tous les jours si le nombre de commandes reçues correspond bien à nos estimations, cela afin d’ajuster nos productions. Nous vérifions en permanence les assortiments en magasin. Toutes ces actions ont pour but de donner de la visibilité aux différents services de l’entreprise (commercial, flux, prévisions, achat, directions usine…). Cette situation nous pousse à être très réactifs et encore plus proches de nos clients et de leur situation en entrepôt. Nous avons aussi contacté tous les matins hôpitaux, associations caritatives, Ehpad... pour leur proposer gracieusement nos produits. »

Céline Michaud,

responsable de production,

Minoterie Forest (farines)

« Dans un contexte de crise, toute organisation établie se voit remise en cause. La première difficulté est humaine, la seconde industrielle. Il m’a fallu réfléchir vite et prendre les bonnes décisions, car, dans une telle tempête, il est essentiel de garder le cap ! Mon devoir a été de répondre à la demande de nos clients et d’assumer mes responsabilités vis-à-vis de mes équipes. J’ai beaucoup échangé avecmes collaborateurs, qui ont tous répondu présents, avec un état d’esprit irréprochable. C’est cela qui nous a permis d’être agileset de mettre en œuvre une organisation adaptée tout en assurant une continuité stratégique, opérationnelle et humaine. Cette crise aura avant tout été l’aventure d’une équipe, forte en émotions et très enrichissante. Il faut la vivre commeune opportunité de progresser ensemble. »

Émilien Camilleri,

préparateurde commandes,

Cepasco Spigol (épices et herbes)

« Je remplace en ce moment la titulaire de la logistique, en congé maternité. Du jourau lendemain, j’ai dû gérer la fermeture d’un transporteur, ce qui a occasionné une réorganisation à l’export. Nous avons aussi eu une grosse quantité de travail, les supermarchés étant pris d’assaut. D’autant plus que cela s’est passé pendant notre préparation du ramadan, un de nos pics d’activité. J’ai pu prendre des décisions avec plus d’anticipation et d’autonomie en mode dégradé. Le personnel a été exemplaire malgré une situation globale éprouvante. Une vraie solidarité s’est créée entreles équipes. Nous espérons que tout cela apportera des améliorations pour la société en général, et que le civisme et la solidarité qui se sont développés perdureront. »

Anne Preuvot,

responsable sécurité et développement durable, Fruits rouges & Co (frais, surgelés, transformés)

« Dès début mars, nous avons appliqué les gestes barrières, les mesures de distanciation sociale et les directives en cas de suspicion du Covid-19. Nous devions faire faceà des messages contradictoires : entendre les consignes gouvernementales qui demandaient de rester confinés pendant que nous demandions à nos salariés de travailler... Il faut trouver le juste équilibre entre la préservation de la santé physique et mentale et le maintien de l’activitépour nourrir les Français et soutenir nos producteurs en début de récolte. Nous faisons face à un manque de personnel età des commandes en croissance de la part de nos clients depuis Pâques. Il faut réussir à tout gérer dans un contexte anxiogène qui, je le souhaite, nous aura tous fait grandir et changera nos décisions futures. »

Katell Mahé,

technico-commerciale activité ruminants, Le Gouessant (coopérative agricole)

« Je me suis portée volontaire pour être réserviste afin d’assurer la continuité des fabrications d’aliments pour les veaux de boucherie. Après une formation accélérée, j’ai remplacé, durant plus d’une semaine,un collègue à l’usine de Saint-Armel. Son épouse étant infirmière, il devait s’occuper de ses enfants. Je me suis sentie utile. J’ai découvert mes collègues de l’industrie, que je connaissais peu, et toute l’exigence de notre métier de fabricant d’aliments pour animaux. Matières premières, dosage, respect de la formule : tout est important. C’est une expérience humainement et professionnellement enrichissante. »

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