Marchés

" 20 000 emplois pourraient être détruits "

INTERVIEWINTERVIEW Jean-Philippe Girard, président de l’ania Le président de l’Ania entend la colère des fournisseurs après des réclamations de compensation de marges « catastrophiques », qui vont entraîner la perte de 15 000 à 20 000 emplois dans l’industrie et l’agriculture.

LSA - Pourquoi alerter le gouvernement alors que les négociations avec la distribution sont terminées

Jean-Philippe Girard - Nous avons eu des négociations très dures en février, très compliquées, avec des menaces de déréférencement. Moins de trois mois après, nous avons déjà des réclamations de compensation de marges, des demandes injustifiées, très souvent hors contrat, et irréalistes, de 3 à 10% du CA réalisé avec l’enseigne. C’est catastrophique, irrespirable, intenable. Et toutes les enseignes y participent. Nous en appelons au Premier ministre parce que le rapport entre nos entreprises alimentaires et les sept enseignes est totalement déséquilibré. Je souhaite qu’il intervienne pour faire appliquer la loi sur la consommation avec un durcissement des contrôles de la DGCCRF pour les distributeurs qui ne respectent pas le contrat ou qui abusent sur des réclamations hallucinantes. Il a pour objectif le redressement de la France, de l’économie, de l’emploi : il ne peut pas ne pas intervenir face à une grande distribution qui met en danger l’essence même de la croissance avec une guerre des prix destructrice de valeur qu’elle nous demande de financer sous peine de déréférencement.

LSA - Quelle est la situation des entreprises alimentaires

J.-P. G. - Les tendances montrent que 15 000 à 20 000 emplois pourraient être détruits cette année, après plus de 6 000 en 2013 et alors que 316 entreprises ont déposé le bilan, soit une par jour ! 150 entreprises en plus ont déjà disparu depuis janvier. La situation s’aggrave. Sur les 12 000 entreprises de l’alimentaire, 96% sont des PME , des entreprises très fragiles avec une trésorerie très tendue, et lorsqu’on additionne un marché très dur, une tension sur les marges, des matières premières volatiles et une pression sans précédent sur les prix, certaines ne tiennent pas le coup. On sait que le pouvoir d’achat du consommateur est limité. Mais la qualité a un prix, et descendre en dessous d’un certain seuil, c’est l’appauvrissement des prodrduits, de l’offre et de l’économie. Aujourd’hui, on ne parle que de volume et de bas prix ! Il faut que la filière sorte de là par le haut. Même la distribution commence à perdre des emplois !

LSA - Vous avez soutenu la loi Hamon. Sert-elle vraiment

J.-P. G. - Il y a eu cinq lois en dix ans. Est-ce que la situation s’est améliorée La réponse est non. Certes, nous avons obtenu que les conditions générales de vente soient la base de la négociation, c’est important, mais on s’aperçoit que ce n’est pas suffisant. Il faut faire respecter la loi et empêcher les acheteurs de se comporter de manière abusive ! Il faut revenir à la réalité économique. Même les dirigeants d’enseigne partagent notre constat, il faut stopper cette guerre des prix catastrophique, qui va à l’encontre de l’intérêt du consommateur. Mais ils n’arrivent pas à en sortir. La lettre doit être un déclencheur. « Monsieur le Premier ministre, agissez vite », car personne ne gagnera à la poursuite de cette guerre.

150 sociétés alimentaires

auraient déposé le bilan depuis le début de l’année Source : Ania

 

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