20 ans d'Amazon: "Amazon ne tuera jamais Carrefour"

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DossierINTERVIEWINTERVIEW Interview de Jean-Emile Rosenblum (The Kase), co-fondateur et ex-patron de Pixmania, qui a eu Amazon comme concurrent des années durant en France mais aussi en Grande-Bretagne et en Allemagne. S'il reconnait que l'américain a révolutionné le commerce, il estime que derrière sa toute puissance, Amazon est un acteur plus fragile que ce que l'on croit. Un entretien publié dans le dossier spécial consacré par LSA au géant de l'e-commerce à l'occasion de ses vingt ans.

Jean-Émile Rosenblum
Jean-Émile Rosenblum© DR

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LSA: Etes-vous client d’Amazon?
Jean-Emile Rosenblum: Non très peu j’ai dû commander deux fois. C’est normal, j’avais plutôt tendance à commander sur Pixmania... Mais je les connais très bien pour les avoir observés durant des années. Je pense que de tous les grands e-commerçants c’est le meilleur et le plus efficace. Ils sont très forts car ils ont le meilleur moteur de recherche sur leur site et ils innovent sans cesse.

LSA: Craigniez-vous Amazon quand vous étiez chez Pixmania?
J-.E. R.: On a probablement été les premiers à se rendre compte de leur puissance car Pixmania était présent en Grande-Bretagne et en Allemagne, là où Amazon était le plus fort. On les a vus arriver cinq ans avant tout le monde en France. Leur plus gros coup selon moi? Avoir mis en concurrence le site avec d’autres vendeurs avec la création de la Marketplace. La place de marché c’est une idée géniale, c'est eBay chez Walmart! Personne n’avait osé le faire avant mais eux ont pris le risque et ça a été payant. Et puis ça a contraint les fournisseurs qui ne voulaient pas travailler avec eux à apparaitre sur leur site.

LSA: Y aurait-il pu avoir un Amazon français?
J-.E. R.: Jamais de la vie! Vous connaissez en France des entreprises cotées des milliards et qui perdent des millions chaque année? Or c’est le cas d’Amazon qui bénéficie de cette état de grâce depuis des années aux Etats-Unis sur la seule foi de leur taux de croissance. Ça tient beaucoup à la personnalité de Jeff Bezos d’ailleurs.

Et puis surtout Amazon a bénéficié de la législation américaine qui permettait aux sites internet de s’affranchir de la TVA. Résultat: avec les 10% économisés par rapport aux Walmart et Best Buy -qui eux possèdent des magasins- ils ont pu proposer des services comme la livraison gratuite. L’erreur de Walmart a été de s’être réveillé trop tard et de ne pas faire de lobbying sur l’équité fiscale aux Etats-Unis. Depuis qu’elle y est d’ailleurs, Amazon a plus de mal...

LSA: Amazon finira-t-il par vendre de tout à tout le monde?
J-.E. R.: Non et pour la bonne et simple raison qu’internet ne pèsera jamais, selon moi, plus de 20% du commerce tous secteurs confondus. Il y a plein de marchés qui échapperont toujours à Amazon comme l’électroménager, le textile, la télé, l’informatique qui sont des produits que les clients veulent voir en magasin. Et sur chacun de ces secteurs il y a des leaders bien plus puissants qu’Amazon. Aucun fournisseur ne voudra se couper d’un Darty ou d’un Boulanger, même sous la pression d’Amazon.

Et puis il y a la question de l’alimentaire. Pour franchir un pallier, Amazon ne pourra pas se passer du food. Mais ils ne trouvent pas l’équation économique car le client ne peut pas se permettre de payer ses courses 5 à 10% plus chers pour de la livraison à domicile. S’ils veulent continuer à faire de la croissance, ils devront à terme ouvrir des magasins, c’est obligatoire pour certaines catégories de produits. Et n'oubliez pas que la croissance est leur seul moteur vu qu’ils sont à peine rentables. Amazon est finalement un empire plus fragile que ce que l'on croit, ils ne tueront jamais Carrefour.

Propos recueillis par Frédéric Bianchi

 

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1 commentaire

sylvainr

03/07/2014 09h10 - sylvainr

" Il y a plein de marchés qui échapperont toujours à Amazon comme l’électroménager, le textile, la télé, l’informatique qui sont des produits que les clients veulent voir en magasin"

C'est au contraire un problème pour les magasins classiques : les clients passent chez-eux voir le matériel (télé, portable, frigo), posent des questions et prennent des notes, puis commandent en ligne où c'est forcément moins cher puisqu'il n'y a pas de showroom ni de vendeurs à payer.

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