4. Réduire les émissions carbone

|

DossierLes enseignes multiplient les initiatives de tous ordres pour réduire les émissions de CO2. Mais les pistes les plus tangibles concernent toujours la route, avec l'optimisation des chargements de camions et des trajets, ainsi que les véhicules hybrides.

Le fer ou le fluvial (ici La Redoute) ont la cote. Mais imposent de se regrouper pour fournir les volumes suffisants.
Le fer ou le fluvial (ici La Redoute) ont la cote. Mais imposent de se regrouper pour fournir les volumes suffisants.© LA REDOUTE

L'introspection est profonde. Avec la montée en puissance des préoccupations environnementales, ou l'arrivée prochaine d'un affichage CO2 sur les produits, les acteurs de la grande consommation auscultent leurs schémas transport, avec l'ambition affichée de réduire leur empreinte carbone. « Le transport routier, principal responsable des émissions de CO2, est en première ligne dans notre stratégie de développement durable », témoigne ainsi Alain Richard, responsable supply chain de Leroy Merlin. On ne compte plus les entreprises mettant en oeuvre les plans les plus volontaristes. À l'image de Danone Eaux France, qui a annoncé son objectif de réduire de 40% son empreinte carbone entre 2008 et 2012.

 

Optimiser le chargement et réduire les distances

Premier angle d'attaque, donc, le camion. Avec le double objectif de rationaliser les plans transport, afin de limiter le nombre de kilomètres parcourus ou à vide, et d'optimiser le chargement. La motivation est puissante, d'autant que cela évite de brûler un carburant toujours plus onéreux. Plusieurs pistes se dégagent. « La production au plus près des clients est une première solution, afin d'éviter le transport très longue distance par la route », indique Jean-François Mas, corporate transport manager chez L'Oréal. Un sujet d'actualité en France, où PepsiCo s'est illustré en rapatriant ses usines de production, jusque-là éclatées dans toute l'Europe. « Nous avons décidé d'investir sur l'industriel plutôt que sur le transport. Avant, nos camions roulaient des milliers de kilomètres pour acheminer les produits dans l'Hexagone », résume Jean-Raphaël Hétier, le patron de la logistique.

D'autres solutions de bon sens s'imposent aussi dans les réflexions. À commencer par l'optimisation des moyens existants. « Le remplissage des camions est plus que jamais essentiel et incontournable », lance Alain Richard, chez Leroy Merlin. De quoi doper les grands projets logistiques de gestion partagée des approvisionnements (GPA), par exemple, pour les PME. Les donneurs d'ordres s'organisent de toute façon pour regrouper les volumes afin de massifier le transport. « Le découpage de nos zones logistiques en France est pensé pour mutualiser nos commandes chez les transporteurs locaux », glisse Jean-François Mas.

 

Des tests matériels probants

Pour le camion, toujours, les tests de nouveaux équipements livrent des résultats probants. « Nous testons depuis six mois des pneus dernière génération, en parallèle à l'optimisation du nombre de kilomètres parcourus, entre deux usines et un entrepôt de produits de luxe, confie le patron transport de L'Oréal. Résultat, les rejets de CO2 ont baissé de 30%. »

Quant aux camions électriques, la technologie ne semble pas convaincre sur les longues distances. Néanmoins, le recours aux petits porteurs électriques pour les livraisons de centre-ville, comme le fait Sephora à Paris, apparaît pertinent aux acteurs. Mais induit une modification profonde des flux, avec une rupture de charge en entrée d'agglomération. « Les hubs urbains avec du stock et du transport mutualisé pour le dernier kilomètre sont incontestablement une solution d'avenir, notamment s'ils peuvent être approvisionnés par trains ou barges », assure Alain Richard.

L'actualité est aussi riche en avancées technologiques, avec l'arrivée de la norme Euro VI début 2013, pour les poids lourds, qui induit des émissions beaucoup plus faibles de CO2. Carrefour vient par ailleurs de mettre sur la route un premier prototype de camion hybride, développé avec Norbert Dentressangle et Renault Trucks. Le véhicule associe un moteur électrique pour une vitesse de moins de 20 km/h, au démarrage et au ralenti, à un moteur diesel, qui prend le relais au-delà. Une réduction de 20% des émissions de CO2 et des consommations de carburant est escomptée.

 

Apprentissage rapide pour le fluvial et le ferroviaire

Les autres grands projets concernent bien évidemment le développement du transport fluvial ou par rail. « Nous poussons ces solutions, qui sont très compliquées à mettre en oeuvre, témoigne Alain Richard. Que ce soit pour le ferroviaire ou le fluvial, il faut parvenir à mutualiser les stocks de cinq ou six acteurs de la distribution pour saturer les trains ou les barges, et discuter aussi avec des acteurs publics et parapublics. Cela reste plus compliqué que de mettre un camion sur la route. Néanmoins, nous apprenons vite. Le fluvial est déjà une réalité chez Leroy Merlin. Dans le Nord, les barges de grand import sont ainsi mutualisées avec C et A ou Décathlon. » Malgré une qualité de service aléatoire, le rail suscite aussi de grands espoirs pour les longues distances (au moins 400 km) et de nombreuses discussions entre acteurs de la grande consommation, notamment pour le transport combiné, couplant rail et camion. Mais les petits détails coulent parfois les grands projets. Comme la largeur d'essieu différente dans le Nord de l'Espagne, qui contraint à une rupture de charge dans le transport ferroviaire.

L'objectif

Si le multimodal est une solution d'avenir pour réduire les émissions de CO2, les efforts se concentrent sur l'optimisation du transport par route et sur le remplissage des camions, ainsi que sur l'adoption de nouvelles technologies hybrides et de normes certifiant une moindre pollution.

Le chiffre

80% : La part de marchandises qui restent transportées par camion en Europe.

Sources : Renault Trucks

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2190

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous