5. Il continue d'attirer les entrepreneurs

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Chaque année, 8 à 10% des magasins indépendants alimentaires changent de tête. Des « adhérents » (Leclerc ou Intermarché) ou des « associés » cèdent la place à leur progéniture ou à leurs directeurs de magasin. La transmission n'est pas chose aisée, tant les conditions de prêts bancaires se sont durcies, d'où des systèmes d'aide au financement mis en place par les enseignes, mais aussi d'accompagnement. Les nouveaux ne font pas leurs premiers pas seuls, mais sont « parrainés » ou formés pendant plusieurs mois.

Hypermarché

Tous vantent peu ou prou les parcours d'entrepreneurs dans la grande distribution. « Chez U, on peut devenir entrepreneur si on a l'ambition, l'envie... et un minimum de ressources financières », explique Stéphane Benhamou, associé, depuis douze ans, au sein de la coopérative et à la tête d'un Hyper U dans le Var, aux Arcs-sur-Argens. Et de poursuivre : « Un directeur peut démarrer dans le monde de la proximité avec U Express ou Utile et grandir en reprenant un autre magasin généraliste, comme Super U ou Hyper U. » L'ascenseur social a encore une longue vie devant lui. Car en théorie, on peut démarrer simple employé, devenir directeur, puis finir propriétaire de son magasin.

10 ans

Le retour sur investissement nécessaire pour rentabiliser le rachat d'un point de vente 10 à 30% du chiffre d'affaires Le montant de l'apport financier personnel nécessaire pour reprendre un hypermarché

Années 60

Leclerc met en place le système de parrainage

Années 2010

La création du Fonds commun de placement chez Intermarché qui permet aux postulants à l'indépendancede doubler leur apport initial

Mise de départ importante

En théorie, parce qu'en pratique, les choses se sont compliquées depuis quelques années. Dans un contexte économique plus tendu, les ratios d'investissement sont devenus plus serrés. Aujourd'hui, il est pratiquement impossible de devenir associé (chez Système U) ou adhérent (chez E.Leclerc ou Intermarché), sauf si on a vendu sa propre affaire ou si l'on vient d'un autre secteur d'activité.

La mise de fonds au départ atteint un niveau important, entre 10 à 30% de l'activité d'un hypermarché, selon l'emplacement ou la taille. Ce qui équivaut à une somme de 4 millions d'euros pour un magasin qui réalise 40 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel. Au moins, car si l'hyper est rentable, le montant peut aller jusqu'à 25% du chiffre d'affaires. « La mise de fonds n'a pas beaucoup augmenté ces dernières années, commente Édouard-Nicolas Dubar, associé au sein du cabinet de recherche de dirigeants Headlight International France. Mais les banques prêtent de moins en moins facilement. »

Chaque année, les candidats à l'indépendance sont nombreux, vu le turnover et les départs à la retraite, qui concernent près de 10% des départs sur 1 300 points de vente alimentaires indépendants.

Les enseignes ont donc mis en place des systèmes d'aide au financement. Un fonds commun de placement chez Intermarché permet aux postulants de doubler leur apport. « Ce fonds rassure les banquiers en augmentant l'apport, précise Éric Mozas, ancien patron des Mousquetaires et reconverti dans le conseil. Le futur adhérent peut acquérir 4,75% de la société sans détenir plus de 49% des titres. » Chaque année, 200 à 250 personnes passent devant une commission d'agrément d'anciens adhérents et de « persévérants », dans le jargon d'Intermarché. Environ 30% sont recalés.

Chez E.Leclerc, le système fonctionne depuis la création du mouvement il y a soixante ans. Le parrainage consiste à accompagner son « filleul », soit son ancien directeur, soit son héritier. « Cela implique cinq, parfois sept à huit parrains, quand les transmissions sont de plus grande envergure, note Miguel Jonchère, président de la Scaouest Leclerc et directeur d'un hypermarché E.Leclerc. Ils peuvent représenter jusqu'à 40% en garanties bancaires pour le repreneur ». Grand avantage, le filleul n'est jamais seul, ce qui limite le taux d'échec et accroît la probabilité de se retrouver à la tête d'un pactole de 4 à 10 millions d'euros en fin de carrière.

Le témoin : Miguel Jonchère pdt de la Scaouest Leclerc et directeur d'un hyper E.Leclerc

« Le système du parrainage est né presque en même temps que le mouvement. La moitié des successions sont assurées par les enfants des adhérents, l'autre moitié par les directeurs de magasins, choisis chacun par un parrain en fonction de leurs compétences et de leur formation. Et le parrain d'un postulant ne peut pas être membre de sa famille. L'enjeu est stratégique pour l'enseigne, car elle veut maîtriser ses points de vente, mais aussi pour l'entreprise. »

Oui, mais...

Il faut être prêt à prendre un risque financier important, l'apport de capital se situant entre 10 à 30 % du chiffre d'affaires d'un hyper, soit entre 3 et 4 millions d'euros. Reprendre un magasin demande beaucoup de son temps, les groupements encourageant moins qu'avant la participation du conjoint. Le parcours du combattant passe aussi par l'obtention d'un prêt. « Les banques demandent toujours plus et laissent peu de place à l'accident de parcours ou au retard sur le prévisionnel. Avoir du cash est primordial », explique Édouard-Nicolas Dubar, associé du cabinet Headlight International France. Et attention aux erreurs d'emplacement, à ne pas racheter un magasin situé trop près d'un autre appartenant au réseau.

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Article extrait
du magazine N° 2278

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