6 solutions pour mieux gérer les pics d'activité

· Comment faire face aux fortes variations d'activité tout en contenant les frais de personnel ? · Hormis les classiques heures supplémentaires ou le recours au personnel intérimaire, de nouveaux outils existent qui permettent de concilier les intérêts des entreprises et des salariés, sous certaines conditions. · Démonstration par l'exemple dans six entreprises.

Amplitude horaire à rallonge, flux de clientèle inconstants, forte saisonnalité des ventes, ces contraintes font partie intégrante du métier des distributeurs. « Or, le temps de travail n'est pas une denrée stockable. Pour gagner sa vie, le commerce doit apporter son service au moment où sa clientèle est là, indique Chantal Cumunel, présidente de l'Apec (Association pour l'emploi des cadres) et membre du Conseil économique et social. Ce qui nécessite une diversité des modes d'organisation du travail pour mettre en adéquation de façon optimale le temps de travail du personnel et les contraintes de l'entreprise. » Certes, pour répondre à ces besoins, le secteur recrute. Il a créé près de 6 500 emplois en 1996. Mais c'est aussi lui qui fait le plus souvent appel aux emplois précaires.

« Le problème c'est que l'effectif permanent est calculé en fonction du mois le moins chargé de l'année », constate Christophe Baret, maître de conférence en gestion des ressources humaines à l'IUT de Dijon. Résultat : toutes les périodes de suractivité sont gérées par une surcharge de travail des cadres, un recours aux heures complémentaires des temps partiels ou, ultime solution, par l'embauche de CDD. C'est ainsi qu'autour d'un noyau de salariés à temps plein gravite toute une population en liaison directe avec la clientèle (caissières, vendeurs) sur laquelle l'entreprise fait reposer les variations d'activité.

Faire appel à l'extérieur

Il existe une kyrielle d'outils mis en place par le législateur ainsi que différents accords de branche et d'établissement qui permettent de moduler les horaires et de mieux gérer les pics d'activité. Le plus élastique consiste à faire appel à l'extérieur. Ce qui se traduit principalement par l'emploi de CDD qui représentent aujourd'hui en France 70% des embauches.

Ils sont utilisés pour faire face à des besoins saisonniers programmés, comme les fêtes de fin d'année ou les vacances du personnel ou pour les remplacements au pied levé d'un salarié malade. Mais les CDD coûtent cher (6% de prime de précarité) et nécessitent un lourd investissement en temps (pour le recrutement mais aussi pour la formation et l'intégration du salarié).

Autre pratique courante : l'utilisation des forces de vente des fournisseurs pour assurer le réapprovisionnement, voire l'étiquetage ou l'encaissement. On estime que 10% des heures travaillées seraient effectuées par le personnel des industriels, mais le procédé est très critiqué par les syndicats et donc à utiliser avec parcimonie.

A l'interne, l'outil le plus communément utilisé est le temps partiel. Il permet de remplir les plages horaires les plus chargées (fin de matinée, fin de journée et week-end) et de ne payer les salariés que sur cette base de travail effectif. En outre, ce type de contrat bénéficie d'une exonération des charges sociales (-30%), ce qui n'est pas fait pour limiter leur usage. Ainsi, plus de 80% des caissières travaillent à temps partiel dans la distribution. S'y ajoutent les heures complémentaires pour faire face aux aléas.

Suivant une autre logique, certains magasins commencent aussi à proposer des contrats plus longs (trente heures et plus par exemple) afin que le salarié puisse occuper deux postes complémentaires dans la même entreprise, le plus souvent un rayon et la caisse.

Un minimum d'organisation

Mais le maniement des différentes formes de flexibilité dans l'entreprise nécessite un minimum d'organisation et surtout une bonne dose de planification pour ne pas gérer les pics d'activité dans l'urgence. « Il faut bien connaître les flux et leur variation, mesurer leur ampleur et leur durée et surtout les anticiper », indique Bernard Kapp, président de Janus Consultant, qui estime que les entreprises prennent aujourd'hui le problème à l'envers. « Plutôt que d'organiser le temps de travail des permanents dont elle dispose en fonction des variations de son activité, l'entreprise ajoute à ce fonds de roulement des emplois précaires pour prêter la main en cas de surchauffe », poursuit Bernard Kapp, spécialiste de l'organisation du travail.

Ce qui a pour conséquence de nourrir un cercle vicieux comme l'explique Christophe Baret : « La moitié des temps partiels courts ne sont pas des temps partiels choisis. Insatisfaits par une rémunération faible et aléatoire et un temps de travail plus ou moins prévisible, ces salariés n'hésitent pas à quitter l'entreprise dès qu'un poste plus stable leur est proposé. » Ce qui engendre un fort taux d'absentéisme et un turn-over important parmi les employés. Une instabilité qui rend d'autant nécessaires des remplacements de dernière minute assurés... par des temps partiels.

Le cas est paradoxal puisque, dans le même temps, le commerce cherche à se différencier en assurant un meilleur service à ses clients. « La distribution s'est focalisée sur ses marges à l'achat, sur la gestion financière et sur la gestion de ses emplacements de vente, négligeant complètement l'apport humain, constate Bernard Kapp. Aujourd'hui, elle se rend compte qu'elle rate du chiffre d'affaires parce qu'il n'y a pas de vendeurs quand il faut ou parce qu'ils font tout sauf de la vente. »

De l'avis de tous, il faut que les mentalités évoluent « et notamment celles des petits chefs qui ont du pouvoir au quotidien sur les employés » pour que de nouvelles organisations du travail se mettent progressivement en place, adaptées aux aspirations sociologiques du moment.

La balle est dans le camp des entreprises

« Il faut faire de l'organisation intelligente qui soit dans l'intérêt de l'entreprise mais aussi du salarié », prône Chantal Cumunel. C'est-à-dire laisser davantage d'autonomie aux employés dans le choix de leurs plages de travail, allonger le délai de prévenance, réduire les fractionnements en cours de journée pour permettre à chacun d'organiser sa vie privée.

Cette tendance, selon Jean-Pierre Bouchez (Bernard Brunhes consultants), commence à se développer dans le secteur de la grande distribution alimentaire. Quoi qu'il en soit, poursuit le président de l'Apec, « chaque entreprise, compte tenu de sa spécificité, trouvera en elle-même les solutions à ses problèmes de flexibilité. L'Etat a assez légiféré. Si le Code du Travail doit fixer un cadre auquel on ne doit pas déroger, il ne peut y avoir de mesure de portée générale ». Autrement dit, la balle est désormais dans le camp des entreprises. LSA a choisi de vous présenter six expériences parmi les plus représentatives.
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Article extrait
du magazine N° 1524

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