A Figeac, Dacian Ciolos invite les producteurs à s’intéresser aux consommateurs

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Le Commissaire européen à l’Agriculture, venu inaugurer le nouveau site de la coopératives les Fermes de Figeac, qui comprend un Gamm Vert et un BigMat, a estimé que les producteurs « devaient aller voir ce que veut le consommateur à un prix de marché, et pas seulement dans les circuits courts »

Philippe Mangin (Coop de France) et Dacian Ciolos (Commissaire européen à l'Agriculture)
Philippe Mangin (Coop de France) et Dacian Ciolos (Commissaire européen à l'Agriculture)

Le Commissaire européen à l’agriculture défendant les prix de marché, y compris dans les grandes surfaces, et estimant que les producteurs avaient laissé les « intermédiaires » capter la valeur ajoutée faute de s’intéresser aux consommateurs, voilà qui est assez inattendu. Dacian Ciolos, paré de la réussite de la réforme de la PAC pour 2014-2020 auquel peu d’observateurs s’attendaient, compte tenu de la nécessité d’accorder 28 pays aux intérêts divergents, se trouvait à Figeac, pour l’inauguration du nouveau siège de la coopérative les Fermes  de Figeac, en compagnie de Philippe Mangin, président de Coop de France.

Mais le Commissaire était aussi invité dans une ferme de 55 hectares, où l’exploitant, Francis Roussilhes, s’il était satisfait du maintien des aides européennes,  dénonça le niveau des prix du lait et de la viande. « Nous n’obtenons pas le juste prix pour nos produits avec les grandes surfaces. Le maintien de nos exploitations passe par le juste prix, il faut qu’on nous le donne, la grande distribution a les marges pour le faire, c’est elle le nœud du problème. Toutes les filières sont en difficulté», plaida l’éleveur laitier.  Un discours qui n’a pas totalement convaincu le Commissaire.

« Pourquoi ne pas poser la question inverse sur le prix ? Il ne faut pas aller chercher le prix seulement chez le distributeur, mais chez le consommateur. Les agriculteurs ont abandonné la valorisation de leurs produits aux intermédiaires, ils l’ont déléguée, ils doivent renouer avec le consommateur ». Dacian Ciolos estime même que la sanctuarisation du budget de la politique agricole commune a été obtenue grâce aux consommateurs. « Je ne m’attendais pas à un tel soutien politique de leur part, ils sont de plus en plus soucieux de ce qu’ils mangent. Les producteurs doivent aller voir ce qu’ils veulent, et pas seulement dans les circuits courts. Les prix pratiqués en grande distribution, ce sont les prix du marché. Mais il y des cartes à jouer, sur la notion de santé, l’origine. L’Europe est le premier exportateur agroalimentaire au monde et elle vend de la valeur ajoutée».  

Dacian Ciolos a par ailleurs indiqué que les coopératives avaient un rôle à jouer et qu’il restait « un gros travail à faire ». Et notamment pour utiliser les fonds européens destinés à la valorisation des produits, tels que les produits de montagne, via le second pilier qui côtoie les aides à l’hectare. «Un Etat peut même décider de consacrer 15 % du budget (69 milliards sur 7 ans ndlr) aux mesures de valorisation, qui permettront de gagner en compétitivité. Les producteurs ne doivent pas demander qu’on leur « donne » un prix correct, ils doivent se demander comment obtenir un prix correct, y compris dans le lait, avec la suppression des quotas. Et ce n’est pas une question de taille d’entreprise ».  

La coopérative de Figeac développe notamment ce lien avec les consommateurs, avec un site flambant neuf, suréquipé de panneaux solaires, pour le siège, mais également avec un Gamm Vert doté d’une boucherie, fruits et légumes, charcuterie, des produits issus pour partie de l’activité des éleveurs adhérents de la coopérative. La coopérative exploite aussi l’enseigne BigMat (dont un magasin sur le site) pour  les matériaux de construction,  une coopérative de partage de matériel agricole (Cuma) et un restaurant. Philippe Mangin, président de Coop de France, a profité de l’événement pour vanter le modèle coopératif, « qui se transmet de génération en génération, sans que l’entreprise soit rachetée, comme dans le privé ». Il veut rendre les adhérents des coopératives fiers de leur choix. La première campagne publicitaire en faveur de la coopération agricole – sur le modèle de celle de l’artisanat -  va être lancée en janvier à la télévision, pour un budget d’environ 5 millions d’euros, «avec un impact équivalent au lancement d’une nouvelle voiture », selon Philippe Mangin. Le Commissaire européen a lui aussi annoncé un triplement du budget européen pour la promotion des produits agroalimentaires…

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