Christophe Cuvillier (Président du directoire - Groupe Unibail-Rodamco-Westfield) "À nous d'inventer de nouveaux lieux... et de les nommer!"

ChristopheCuvillier,président du directoire du groupe Unibail-Rodamco-Westfield
ChristopheCuvillier,président du directoire du groupe Unibail-Rodamco-Westfield© © Thomas Laisne

Peut-on vraiment avoir une vision du centre commercial de demain ? La question n’est pas saugrenue : un projet met une dizaine d’années à sortir de terre, souvent plus, rarement moins. Que reste-t-il alors, le jour de l’inauguration, de la vision initiale de l’architecte et du bailleur, sinon un lointain écho ? Plus que sa taille, sa forme et les subtils équilibres de l’offre commerciale, qui sont à réinventer chaque jour, il faut donc plutôt interroger la raison d’être du centre. La fin du commerce physique est une illusion dont se bercent les thuriféraires du tout digital. Le consommateur a repris le pourvoir, il veut choisir où, quand et comment consommer. Il veut une offre omnicanale, c’est une évidence. Nous aurons donc toujours besoin de lieux physiques. Mais le commerce devient progressivement la partie d’un tout plus vaste, rassemblant des usages variés, servant un but supérieur : le vivre-ensemble.

Le temps des lieux uniquement destinés au commerce est révolu. La porosité des styles de vie s’affirme comme norme. Ils cherchent à s’incarner dans des lieux aux fonctions multiples : commerce, bureaux, coworking, lieux de culture, de détente, de santé, de restauration, de sport…

Nous créons par exemple à Montparnasse avec les Ateliers Gaîté un véritable quartier de ville, qui comprendra, outre les espaces de commerce – totalement refondus –, un lieu de restauration au concept innovant avec 35 comptoirs, sur près de 5 000 m², dit la Food Society, ainsi que des bureaux, des logements, une bibliothèque, un club de jazz, une crèche. Et l’hôtel Pullman.

Refaire cité

L’imbrication de ces usages est féconde. Elle permet le partage et la rencontre. Hyperconnectés, urbains, ces lieux sont aisément accessibles. En prise directe avec leur environnement immédiat, ils sont ouverts sur la ville par des parcs et des espaces publics, et sur ses habitants par des initiatives permanentes en faveur du développement local qui regroupent commerçants, associations, collectivités. Ils sont également durables : les moyens de transport faiblement émetteurs de carbone y sont privilégiés, et des partenariats avec des start-up permettent d’y mettre en place les principes de l’économie circulaire. Comme Too Good To Go, qui lutte contre le gaspillage alimentaire ; ou encore avec Sous les Fraises, qui déploie des fermes urbaines sur les toits de nos centres.

La raison d’être de ces nouveaux lieux est de favoriser les moments partagés. Il y a là plus qu’une opportunité de développement économique ou un effet de mode : il s’agit ni plus ni moins que de « refaire cité ». En France, 8 personnes sur 10 estiment que la solitude est un problème de société. Selon le Credoc, 20 % des jeunes ne rencontrent physiquement et ne passent du temps avec d’autres personnes que très rarement. N’aspirons-nous pas à lever le nez des écrans et savoir à nouveau profiter de notre entourage ? C’est à cet élan profond que le centre commercial de demain doit répondre. S’appellera-t-il encore centre commercial ? C’est peu probable tant le commerce ne sera qu’une facette de ces nouveaux lieux. À nous de les inventer… et de les nommer ! ???

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Article extrait
du magazine N° 2558

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