A quand plus de femmes au pouvoir ?

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Enjeu sociétal et économique, la présence des femmes dans les instances dirigeantes devrait se renforcer dans les prochaines années. Le point sur les raisons de la situation actuelle, les progrès accomplis et ceux qui restent à faire pour que la parité devienne enfin une réalité.

Spécial 50 Femmes - 2497

«Une femme sur 14 dans le Comex, c’est beau la parité chez Carrefour ! » Épinglé récemment sur Twitter, le distributeur alimentaire français a réagi immédiatement. « Il est vrai que nous avons encore des progrès à faire sur la parité au sein du Comex et nous y travaillons. Mais Carrefour, c’est ­aussi 42 % de femmes au conseil d’administration, c’est plus de 40 % de femmes managers (+ 13 % en six ans), des programmes d’accompagnement à des postes clés… » Il y a quelques années, ce type de mea culpa n’aurait sans aucun doute jamais eu lieu. Oui, mais les temps changent… Enfin tout doucement.

Déclarée grande cause nationale du quinquennat d’Emmanuel Macron, l’égalité femmes-hommes n’est devenue que récemment un sujet à fort enjeu médiatique. Les chiffres donnent une idée des progrès qui restent à faire. Selon les estimations, seulement 10 à 15 % des entreprises sont dirigées par des femmes en France. On est loin de la parité ! « Elles sont bien trop rares à la tête des grands groupes », résume Catherine Chapalain, directrice générale de l’Ania. « Il n’y en a pas assez non plus à la tête des PME françaises », constate de la même façon Dominique Amirault, président de la Feef. Plusieurs – bonnes et mauvaises – raisons à cela. À commencer par la persistance des stéréotypes machistes. « Elles ne tiennent pas la pression, elles n’ont pas les épaules assez solides… » Souvenons-nous du « Mais qui va garder les enfants ? » lancé par Laurent Fabius lors de l’annonce de la candidature de Ségolène Royal à l’élection présidentielle de 2007. Une remarque qui en dit long sur l’image de la femme… Sachant qu’effectivement, l’équilibre vie privée-vie professionnelle reste un frein dans une carrière.

Excès de modestie

« Les femmes dirigeantes sont peu nombreuses parce qu’elles ont le poids de leur culpabilité sur les épaules », confirme Christine Barthe, déléguée générale de la Feef. « Tu as conscience que ta carrière s’arrête là ? » Caroline Dassié, actuelle directrice générale d’ITM, alors chez Danone, se souvient encore des mots de son ancienne DRH – une femme – à qui cette mère de trois enfants venait demander un 4/5e. L’histoire ne lui aura heureusement pas donné raison… Parfois aussi, « les candidates aux postes à responsabilités sont leurs propres ennemies. Elles pèchent par excès de modestie. Par exemple, lors des levées de fonds, elles demandent (et obtiennent de fait) moins que les hommes », relate Anne-Sophie Panseri, présidente de la FCE France (Femmes chefs d’entreprises).

Autocensure, manque de confiance, les barrières psychologiques sont réelles. « Les femmes voient 80 % des raisons pour lesquelles elles ne peuvent pas avoir le job, alors qu’un homme, c’est l’inverse », souligne Catherine De Bleeker, directrice d’Oxybul Éveil & Jeux. « Elles ont un rapport à la réussite différent de celui des hommes. Il n’est pas neutre qu’elles soient davantage que leurs collègues masculins sujettes au syndrome de l’imposteur », rajoute Frédérique Giavarini, DRH de Fnac Darty. « Elles doivent se décomplexer, oser, avoir confiance dans leur capacité à diriger, à s’exprimer », poursuit Florence Pradier, directrice générale de L’Alliance 7.

Malgré ces obstacles, les mentalités des femmes, et surtout des hommes, évoluent et avec elles les organisations. « Il y a depuis deux ou trois ans une volonté chez les distributeurs de rattraper leur retard. Ne pas avoir ou avoir peu de femmes dans son organigramme devient une situation anormale », souligne Édouard-Nicolas Dubar, dirigeant du bureau français du cabinet Elsinor Research. Exemple avec Intermarché. « La moitié du Codir est désormais féminin, contre 30 % il y a deux ans. C’est une volonté exprimée de Thierry Cotillard et ça se traduit dans les faits », souligne Caroline Dassié, qui reste néanmoins la seule du Codir des Mousquetaires. Mais attention, poursuit-elle, « il n’y a pas de volonté de féminiser à outrance le management, j’ai connu des Codir où il n’y avait qu’un seul homme et ça n’était pas la configuration idéale ». Chez Made.com, la parité aussi est respectée au sein du Codir. « Parmi les femmes, la directrice commerciale, des achats, de la marque. Pour une fois, pas que la DRH ou la directrice marketing », souligne Jessica Delpirou, directrice générale. Idem chez Fnac Darty. « Nous faisons mieux que la loi », affirme Frédérique Giavarini. Cette loi dont tout le monde parle, c’est la loi Copé-­Zimmermann. Promulguée en 2011, elle instaure depuis le 1er janvier 2017 un quota de 40 % de femmes dans les conseils d’administration des sociétés du CAC 40 et dans celles comptant plus de 500 salariés et un CA de plus de 50 millions d’euros. Le taux de féminisation serait ainsi passé de 26,2 % en 2013 à 38 % en 2016 mais de 12 à 14,9 % seulement dans les Comex.

Les quotas, un mal nécessaire

« J’étais peu favorable aux quotas au début mais le fait est que c’est super efficace. Si le changement est soumis à la volonté des uns et des autres, cela fonctionne beaucoup moins bien. Il faut sans doute prendre plus de mesures de ce type », note Nathalie Balla, coprésidente de La Redoute. Refusant d’être recrutées sur la seule base de leur statut de femme mais bel et bien sur leurs compétences, toutes reconnaissent néanmoins les bienfaits de ces quotas. « C’est un mal nécessaire », lance Marie Cheval, directrice exécutive clients, services et transformation digitale de Carrefour, et seule femme, donc, au Comex. Qui trouve très réducteur de parler de management au féminin. « Le management est surtout lié à la personnalité, davantage qu’à son sexe. »

Tandis que d’autres, au contraire, pensent que les dirigeantes sont plus exigeantes, plus transparentes, plus combatives, plus dans l’écoute, plus centrées sur les objectifs, moins sur la compétition… « Le seul combat gagnant est celui de la mixité et le seul critère de jugement, le résultat », résume Anne-Sophie Sancerre, DG des centres commerciaux France d’Unibail Rodamco. Et sur ce point, « il est prouvé que les organisations mixtes sont bien plus performantes », rajoute Caroline Dassié. Un récent rapport de l’ONU montre ainsi que si les femmes jouaient un rôle identique à celui des hommes sur le marché du travail, une hausse de 26 % pourrait s’ajouter au PIB mondial annuel d’ici à 2025. Un argument choc ! 

Chiffres 

  • 10 à 15 % : Le pourcentage des entreprises qui sont dirigées par des femmes en France (Source : LSA)
  • 14,1 % : L’écart de salaire entre les hommes et les femmes ayant une fonction de direction d’entreprise (Source : Apec)

Ce qu’il faut retenir

  • La place actuelle des femmes dans les instances dirigeantes est insuffisante et insatisfaisante, et ce quels que soient les secteurs de l’économie.
  • Les explications sont multiples : persistance des stéréotypes machistes, volonté d’équilibrer vie privée-vie pro, autocensure…
  • Malgré tout, les mentalités et les organisations évoluent sous l’effet de la loi Copé-Zimmermann, notamment, et des nouvelles générations.

Florence Bray, avec la rédaction

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Article extrait
du magazine N° 2497

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