A suivre à la rentrée : Jean-Claude Bourrelier, le patron de Bricorama qui ne baisse pas les bras

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INTERVIEW Avec les grandes manœuvres entamées dans le bricolage et le rachat en cours de Mr Bricolage par Kingfisher, Bricorama fait figure d’exception. Le réseau à l’enseigne jaune, fondé et toujours dirigé par Jean Claude Bourrelier, reste la seule enseigne familiale d’envergure. Depuis quelques mois, son dirigeant fort en gueule a demandé à ses deux fils de lui donner « un coup de main ». Pour préparer une éventuelle succession ? Ou étoffer ses équipes, pour que Bricorama ne ressemble pas au petit village gaulois, cerné de tous côtés par une concurrence de plus en plus féroce. Entretien avec un personnage qui ne laisse pas indifférent. Surtout ses adversaires !  

Fondateur et dirigeant de Bricorama, Jean-Claude Bourrelier a fort à faire face aux géants Leroy Merlin et Castorama.
Fondateur et dirigeant de Bricorama, Jean-Claude Bourrelier a fort à faire face aux géants Leroy Merlin et Castorama.

LSA : le grand public vous a découvert à l’occasion de votre combat sur les injustices du travail le dimanche. Mais cela fait bientôt  40 ans que vous avez créé votre groupe…

Jean-Claude Bourrelier : Avant  même l’ouverture de mon premier magasin boulevard Vincent Auriol à Paris,  j’ai adhéré à l ANPF qui est devenue Mr Bricolage. Quand l’enseigne m’a exclu pour trop de dynamisme, ils m’ont promis à une faillite certaine. Certains anciens ex-collègues me remercient  car grâce à cette exclusion, j’ai pu me développer. Le résultat est que le groupe Bricorama comptait à fin 2013, 223 magasins dans 4 pays, pour un chiffre d’affaires global de 937 millions d’euros TTC dont 539 millions d’euros en France. En ce qui concerne  le combat pour l’ouverture des magasins de bricolage le dimanche,  j’ai dû faire appel pour la première fois de ma carrière à une agence de relations publiques pour m’aider dans ce combat inégal.  Dans ce dossier, j’ai dû me mettre  en première ligne  dans  l’intérêt de l’enseigne, pour personnaliser l’injustice. Comme Alain Afflelou l’a fait, mais pour vendre ses lunettes.

LSA : n’avez-vous pas fait de ce dossier une affaire personnelle, face à vos concurrents ?

J-C B. : Bricorama est une entreprise familiale, il est donc normal que j’en fasse une  affaire personnelle. Lorsqu’ un syndicat vous assigne pour obtenir 37,7 millions d’euros, si vous ne réagissez pas c’est que vous êtes déjà mort. Le dossier du dimanche m’a mis particulièrement en colère, à cause des injustices et des passes droits car la manière dont ont été attribuées les zones PUCE (Périmètres d’usage de consommation exceptionnel) au seul bénéfice  du duopole Leroy Merlin/Castorama me donne des boutons. Dans ce combat, j’ai perdu des procès incroyables, avec des décisions surprenantes. Le tribunal de Bobigny a confirmé que des magasins Castorama et Leroy Merlin étaient ouverts en toute illégalité sans autorisation aucune et de ce fait exerçaient  une concurrence déloyale envers Bricorama. Mais il n’a pas estimé bon d’attribuer des dommages et intérêts à Bricorama, la victime. Nos concurrents  ont étés particulièrement agressifs sur le dimanche lorsque nous avons suivi la demande de la justice de ne plus ouvrir. Nous avons perdu l’équivalent de 15 millions d’euros de vente en 2012 à cause des fermetures. En 2013, 25 millions. Et en 2014, nous avons des difficultés à retrouver nos clients le dimanche en raison de l’agressivité de nos concurrents. Mais heureusement les collaborateurs ont été et sont toujours impliqués…

LSA : Votre pugnacité semble avoir marqué les esprits en haut lieu, avec votre nomination dans  l’ordre de la légion d’honneur…

J-C. B. :Je suis allé trois fois à Bercy pour défendre ma cause, et cette distinction m’a été proposée.  J’ai toujours refusé. Dans le cadre de la promotion de Pâques,  mon nom a été inscrit d’office, je pense plus pour me calmer sur l’injustice qui m’est faite avec la fermeture de mes magasins le dimanche que pour mes mérites  Mais mes collaborateurs et  mon entourage m’ont  dit qu’au bout de plus de 54 ans de travail, je l’avais bien  mérité… Serge Papin, qui a eu la légion d’honneur le même jour, m’a d’ailleurs félicité.

LSA : D’où vient ce côté bagarreur et opiniâtre que vous mettez souvent en avant ?

J-C. B. :Je suis issu d’une famille nombreuse et pauvre de province ! J’ai été obligé de quitter l’école avant 14 ans alors que j’étais -je n’ose pas le dire- un très bon élève ! Il était dit que les études n’étaient pas faites pour quelqu’un de mon milieu social ! Cela vous marque profondément. De plus j’ai été sourd jusqu’à l’âge de 20 ans. Suite à des  opérations, j’ai pu entendre. Cela a transformé  ma vie. Pouvoir dialoguer est un bonheur que seuls ceux qui en sont privés connaissent. Une  chose dont je suis le plus fier, car cela m’a demandé énormément de volonté, est d’avoir réussi à vaincre mes handicaps, ma timidité, mes blocages sans craindre les moqueries. C’est  de pouvoir ainsi prendre la parole en public. Se dépasser a force de travail vous libère de beaucoup de choses. Mon père est décédé à l’âge de 42 ans d’une maladie professionnelle grave. Je n’imaginais pas que l’on pouvait  vivre au-delà et que, de fait ; la vie était courte et qu’il ne fallait pas la gâcher en se reposant !

LSA : Comment se profile l’avenir de Bricorama ?

J-C. B. : Nous allons redresser la barre en 2014 pour  continuer à investir cette année, de 15 à 20 millions d’euros, en privilégiant la France plutôt que l’Espagne ou la Hollande, où nous avons  beaucoup investi les dernières  années. Je reste  très proche des  magasins, je m’y rends très souvent et tous les dimanches. Maintenant, j’ai demandé à mes deux fils de me donner un coup de main (son fils Jean Michel est directeur adjoint, ndlr). Je me vois leur donner plus de responsabilités d’ici 5 ans, un délai nécessaire en termes d’accompagnement.

LSA : Que pensez-vous du rapprochement Kingfisher/Mr Bricolage, qui met encore plus de pression sur votre groupe ?

J-C. B. : Cette fusion est incompréhensible par de nombreux aspects. La concentration est déjà énorme et l’objectif de ce regroupement est en partie la  fermeture des petits commerces loin des villes afin d’augmenter les CA au m2 des surfaces qui resteront ! Un vrai boulot de duopole ! D’un point de vue boursier, j’ai l’impression que pour les actionnaires de Kingfisher, cela doit être moyennement  apprécié, la sanction sur la valeur a été brutale ! Kingfisher m’avait demandé de leur  vendre mes plus beaux magasins. Ce qui est évidemment un non-sens. Est-ce mon refus qui leur fait faire cette énormité commerciale ?

LSA : Vous êtes entrepreneur, mais pas uniquement dans le domaine du bricolage…

J-C. B. : Effectivement, dans les années 2000,  j’ai investi dans les énergies renouvelables. J’ai été très précurseur en la matière, avant même l’instauration des prix de rachat garantis par EDF. En fait, en allant visiter mes magasins en Hollande, je voyais des éoliennes. J’ai  donc décidé d’en financer l’installation  en France, d’abord dans le cadre de l’opération Eole 2005. J’ai également investi dans une usine de pellets, Haut Doubs Pellets, qui  a été redressée avec succès par mon fils Jean Michel. C’est une activité que nous  revendue aujourd’hui. Je me voyais bien à cette époque à la tête de plusieurs usines de pellets, d’hectares de forêts… Aujourd’hui, j’ai seulement une douzaine d’éoliennes qui tournent et produisent plus  d’électricité que n’en consomment mes magasins. Bricorama ne le proclame pas mais le fait ! J’ai des activités également dans le thermo-solaire, le photovoltaïque, etc.

LSA : Sur un plan plus personnel, vous être très intéressé par le sport…

J-C. B. : Oui, et j’ai même eu l’opportunité de reprendre le football club de Nantes il y a quelques années, lorsqu’il était en vente. Les canaris jouent en jaune, la couleur de Bricorama. Cela ne s’est pas concrétisé, car quand vous comparez les exigences salariales d’un joueur de football et les besoins d’une caissière, on perd le sens de la mesure. On m’a également proposé d’investir dans le cyclisme, un sport où le ticket d’entrée est cher, mais où il y a beaucoup de retombées. En matière de sport, j’admire particulièrement Jean Michel Aulas, qui détient à la fois l’Olympique Lyonnais et la Cegid (éditeur de logiciel pour le retail notamment, NDLR). A mon avis, s’il s’était entièrement consacré à la Cegid, son entreprise aurait été encore plus importante. Un autre personnage très fort, c’est Noel le Graet (président de la fédération française de football, du club de Guingamp, et d’un groupe agroalimentaire breton de plus de 180 millions d’euros de chiffre d’affaires). Avec le club de football de Guingamp, c’est un véritable patron !

Propos recueillis par Morgan Leclerc

 

 

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1 commentaire

polo

26/08/2014 16h12 - polo

j'ai aimé le côté bagarreur de ce patron jcb, mais pas approuvé les éloges sur certains patrons du foot, notamment le breton qui peut être très bon dans l'agr6oalimentaire, mais nul au foot, peut on ce demander si celui-ci à eu une carrière de footeux!!!!!

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