À vos postes... ou les difficultés de recrutement [Edito]

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yves puget

Selon l’Insee, le taux de chômage chuterait à 7,6 % de la population active pour le dernier trimestre 2021, contre 9,5 % au début du mandat d’Emmanuel Macron. Cette baisse peut s’expliquer par le «quoi qu’il en coûte» prôné par l’exécutif et par un heureux alignement des planètes. Certes, il convient de ne pas tomber dans l’angélisme et de rappeler que les entreprises qui ne vont pas bien devront licencier et que les PGE (prêts garantis par l’État) constituent dans certains cas des « bombes à retardement ». Mais pourquoi bouder notre plaisir ? Et ne pas se réjouir, alors que des oracles nous avaient promis le pire en cette rentrée ?

D’autant que, depuis quelques mois, le problème est inverse. Malgré les millions de chômeurs en France, les entreprises peinent à recruter. L’embauche est un parcours du combattant, tant en nombre qu’en qualité. Tous les secteurs, ou presque, sont concernés, mais aussi tous les niveaux de qualification et d’expérience. Ce qui pose la question de l’attractivité de nombreux secteurs, mais aussi de régions et de villes, de fonctions et de métiers et, tout simplement, des entreprises.

On peut rejeter la faute sur l’État, avec les carcans et les freins indirects à l’embauche qu’il a instaurés au fil du temps. Beaucoup pensent que cela limite le développement de l’économie française. On peut aussi s’interroger sur la moti­vation des nouveaux entrants sur le marché du travail, dont certains abordent la ­recherche d’emploi avec des prismes particuliers. Ils ­regar­dent d’abord sur internet comment les ­employeurs sont notés sur le développement durable. Ensuite, ils posent la question du ­télétravail et, enfin, ils examinent le salaire. Et, cerise sur le gâteau, ils demandent des formations pour se valoriser afin de mieux se vendre ailleurs. Avant même d’être embauchés, ils sont sur le coup d’après ! À tel point que des DRH parlent comme des logisticiens et observent que la notion de stock (la disponibilité interne) se transforme de plus en plus en flux (selon les projets et les pics d’activité). Ils savent que les salariés vont et viennent, et que cette cadence ne fait que s’accélérer. Pour de nombreux jeunes, et de moins jeunes, le CDI n’est plus le graal. Ils ne s’imaginent plus enfermés dans un statut que l’on qualifiait de protecteur. Le télétravail, entre autres, a tout fait exploser. « Je bosse quand je veux, comme je veux et pour qui je veux », devient le maître mot de certains cadres. Même s’il ne faut pas faire de ce raisonnement une généralité tant beaucoup ne peuvent se permettre de telles exigences, il s’agit là d’une tendance.

Distributeurs et industriels doivent intégrer ces nouvelles contraintes et les transformer en opportunités. C’est l’occasion de tout remettre à plat, d’organiser différemment le travail. Et de se poser la fameuse question de la marque employeur. Tous les jours, un commerçant doit se demander pourquoi les clients vont venir dans son magasin. La pire réponse étant la seule raison de la proximité. De même, pour les dirigeants et DRH : pourquoi des personnes candidatent dans mon entreprise ? La pire ­réponse étant… faute de mieux. Cette absence d’«envie», et donc d’attraction, explique aussi les problèmes de recrutement et sera un des grands chantiers de demain, pour attirer les talents, faire « tourner l’activité » et assurer la croissance future.

ypuget@lsa.fr @pugetyves

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Article extrait
du magazine N° 2672

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