Acer convoite Gateway pour contrer Lenovo

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fusion - Le fabricant taïwanais de PC, Acer, fait une offre sur l'américain Gateway qui préempte Packard Bell, lui-même convoité par le chinois Lenovo... Ce jeu de dominos planétaire touchera le marché européen.

« La fusion réussira sans aucun doute. Si ce n'est pas le cas, je démissionnerai. » J. T. Wang, le PDG d'Acer, a le sens de la dramatisation. Il faut dire que les marchés n'ont que modérément goûté à l'annonce par le fabricant taïwanais de PC du rachat de Gateway, troisième fabricant d'ordinateurs aux États-Unis. Sur le papier, toutefois, l'OPA n'a rien d'extravagante. Acer, qui n'est que le sixième acteur du marché américain, se paie un poids lourd pour atteindre une taille critique, et ainsi venir taquiner HP et Dell, éternels leaders outre-Atlantique. Et pourtant, les observateurs estiment qu'Acer n'avait pas vraiment besoin d'un Gateway en perte de vitesse, payé qui plus est 710 millions de dollars, soit 57 % plus cher que son cours.

Surtout qu'Acer enregistre des ventes spectaculaires aux États-Unis depuis quelques mois, avec une hausse de 160 % au deuxième trimestre 2007 par rapport à la même période de 2006, selon le cabinet IDC. « L'important ce n'est pas le rachat de Gateway, estime Lionel Jarlan, directeur des achats informatiques de la Fnac, c'est plutôt le jeu de domino qui pourrait en découler si Gateway réussit à prendre le contrôle de Packard-Bell en Europe. » Car même si Gateway est quasiment inexistant sur le marché européen, il possède une participation intéressante dans le fabricant Packard-Bell. L'Américain vient d'ailleurs de faire jouer son droit de préemption pour en prendre le contrôle.

Montée en puissance

Un coup de billard à deux bandes pour Acer qui n'aurait pour seul but que d'entraver la montée en puissance du chinois Lenovo. Ce dernier, très fort dans la vente aux professionnels, reste méconnu du grand public. En France, la marque n'existe pas en dehors d'un ou deux réseaux de distribution. Et Packard-Bell, détenue par l'homme d'affaire américain d'origine chinoise Lap Shun Hui, constitue une cible de choix. D'où quelques tentatives d'approches de Lenovo durant l'été. « Ce serait un revers important pour Lenovo s'il ne pouvait avoir Packard-Bell, considère Charles Guo, spécialiste des valeurs technologiques chez JP Morgan. Acer n'a pas vraiment besoin de Packard-Bell en Europe et cherche surtout à gonfler la facture pour Lenovo. » Une guerre des fabricants qui confirme la montée en puissance des Asiatiques sur les marchés occidentaux.

Mètre-étalon

En quelques années, Acer est devenu le mètre-étalon d'un nouveau modèle économique dans l'informatique. « Ils ont raccourci les délais de présentation des gammes de trois mois à un mois et demi aujourd'hui, explique Gauthier Picard, directeur général du site Rueducommerce ; ils intègrent ainsi le top de la technologie aussi vite que les petits assembleurs. » Un modèle qu'Acer tentera certainement d'imposer à Gateway et à Packard-Bell, des constructeurs moins réactifs. À moins que Lenovo, après le rachat d'IBM, sorte une fois de plus le carnet de chèques pour se payer une grande marque occidentale. Quoi qu'il arrive, la troisième place sur le podium des fabricants d'ordinateurs, derrière les Américains HP et Dell, est réservée à l'Asie.

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Article extrait
du magazine N° 2010

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