Acquisitions en série dans le commerce non alimentaire

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actionnariat - Trois belles opérations ont été annoncées pendant la période des fêtes. Mais, crise des subprimes aidant, les investisseurs ont plus de difficulté pour obtenir les financements. C'est la fin d'une époque.

Changement d'année agité pour la distribution spécialisée. Dans les quinze jours qui ont précédé le nouvel an 2008, pas moins de trois négociations ont été conclues. Deux enseignes, Virgin Megastore et But, rejoignent des fonds d'investissement, tandis que la troisième, Défi Mode, est rachetée par Vivarte, qui n'en finit plus de faire ses emplettes depuis sa reprise par le fonds Charter-house, au premier trimestre 2007.

Depuis cette période, le distributeur d'équipement de la personne (La Halle !, Kookaï, San Marina, André...) a successivement repris le groupe Naf Naf-Chevignon, le chausseur multimarques Béryl et la griffe de chaussures Accessoires Diffusion... Qu'est-ce qui pousse le champion français aux 3 900 magasins de mode à continuer de garnir son portefeuille ? Dans le cas de Défi Mode, Vivarte entend se doter d'un relais de croissance pour ses grandes surfaces de vêtements de périphérie, un segment « qui progresse bien en 2007 », souligne Bernadette Guénou, responsable des chaînes à l'Institut français de la mode. Défi Mode occupe un positionnement de mode bon marché pour toute la famille, proche de celui de La Halle ! tout en étant complémentaire à celle-ci en termes d'implantation. La première, créée en 1981 à Brioude (Haute-Loire), a privilégié les villes moyennes quand La Halle ! est principalement présente dans les grandes agglomérations.

Fenêtres de sortie

Surtout, Défi Mode « possède 50 autorisations de CDEC en portefeuille », confesse Dominique Montel, cofondateur de la chaîne avec son frère jumeau Bernard. L'enseigne « a ouvert 38 points de vente l'an dernier, et prévoit 25 à 30 ouvertures de magasins pour 2008 », poursuit ce dernier. Seul bémol, le chiffre d'affaires au m2 de Défi Mode est relativement faible. Mais on voit bien, du coup, ce que le groupe Vivarte peut lui apporter...

En comparaison, les ventes, elles aussi non bouclées, de But et de Virgin Megastore diffèrent à la fois par la dimension des entreprises concernées (lire ci-dessus) et par le fait qu'elles résultent du désengagement de leurs maisons mères respectives, Lagardère et Kesa Electricals. Pour celles-ci, il s'agit de se recentrer au moment opportun : leurs enseignes, en perte de vitesse depuis des années, montrent des signes de retournement ces derniers mois. Ainsi, selon le dernier communiqué du groupe, le chiffre d'affaires comparable des magasins Virgin a progressé de 4,1 % en 2007, malgré la chute des ventes de disques et de DVD. Le fonds Butler Capital Partners devrait prendre 80 % pour un montant avoisinant 100 millions d'euros, selon des sources concordantes. Jean-Noël Reinhardt, PDG, et le management, qui seront associés au capital, poursuivront la politique de diversification (LSA n° 2022). Mais l'enseigne, en perte de 6 millions d'euros en 2006, devra restaurer sa rentabilité.

La tâche sera plus facile pour But, déjà forte d'une rentabilité opérationnelle de 6 % au dernier exercice, et qui pourrait gagner 0,7 point sur l'exercice en cours, selon les prévisions de Natixis Securities. Contacté par LSA, le représentant de l'un des trois fonds financiers qui se sont alliés pour reprendre But explique : « L'intention est très clairement de soutenir la stratégie mise en place par la direction de But. En ce sens, la politique d'acquisition sélectives de franchisés sera maintenue. » La même source affirme que l'actuel management sera reconduit et la politique de rénovation des magasins poursuivie. Parmi les repreneurs, le fonds Merchant Equity Partners dispose déjà d'une expérience dans l'ameublement. Il a repris la chaîne d'ameublement britannique MFI Retail en octobre 2006 (200 points de vente). À l'époque, celle-ci perdait près de 1,5 million d'euros par semaine. Depuis, l'enseigne, qui ne révèle pas ses chiffres, a subi une transformation en profondeur : changement de l'équipe de direction, refonte de l'assortiment, remise à plat logistique.

« De nombreuses opérations de taille moyenne »

En ce qui concerne But, la présence du fonds américain Colony Capital donne à penser que l'immobilier - soit environ la moitié des murs des quelque 130 magasins propres, selon Natixis Securities, qui les valorise autour de 290 M E - sera séparé de l'exploitation. Une perspective démentie par la source de LSA : selon celle-ci, « la séparation entre l'immobilier et l'exploitation n'est pas à l'ordre du jour ». Quoi qu'il en soit, le montage intrigue. La présence de pas moins de trois fonds pour une transaction de 550 millions d'euros témoigne de la difficulté à financer des rachats avec effet de levier (LBO) depuis la crise des subprimes. La salve de la fin 2007 sonne-t-elle le glas d'une période révolue ? En fait, « ce type d'opération de taille moyenne a désormais plus de chance de se réaliser que les transactions à 1 milliard d'euros et plus du début 2007 », estime Boris Bourdet, analyste financier de Natixis Securities.

Même son de cloche, en plus positif, chez Roland Berger Strategy. « Nous ne sommes plus dans la période où dix fonds se faisaient concurrence pour un dossier. Les durées de négociations sont plus longues, la dette plus difficile à financer, explique Henri-Pierre Vacher, consultant. Mais il y a encore de gros dossiers sur le marché, et de nombreuses opérations de taille moyenne se réaliseront en 2008. »

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Article extrait
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