Agri-distributeur

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«Nous sommes en passe de réaliser un vieux rêve d’agriculteur : aller du champ à l’assiette. » Thierry Blandinières, le directeur général d’InVivo, plus puissante coopérative de France forte de ses 6 milliards d’euros de chiffre d’affaires, ne boude pas son plaisir en dévoilant à LSA les premières briques d’un futur concept de supermarchés de produits frais et de terroir. Le premier magasin développé par sa filiale grand public et un concert de coopératives locales doit ouvrir à Toulouse début octobre. Et InVivo se fait fort de démultiplier le concept, si le test fonctionne, pour viser 250 magasins, en s’appuyant sur le puissant maillage des coopératives françaises et sur l’expérience acquise avec Gamm vert. Cette enseigne de jardinerie s’est construite sur le socle des bons vieux libres-services agricoles peu à peu modernisés, et InVivo vient de lui offrir un atout de taille en acquérant le groupe Nalod’s et ses enseignes Delbard et Jardineries du Terroir. De quoi, assure le directeur général, atteindre rapidement 2,5 milliards d’euros de volume d’affaires et 20% de part de marché.

Côté frais, partout les initiatives d’associations d’approvisionnement locales (Amap), de ventes directes à la ferme, de magasins de cueillette en libre-service se développent. La plupart des coopératives ont aussi dans leurs cartons des projets de vente aux consommateurs. Avec, en arrière-plan, l’idéal de circuits courts qui s’abstrairaient des intermédiaires et des fourches Caudines de la distribution moderne, si prompte à récupérer à son profit les précieux produits locaux et autres références de terroir... « L’enjeu du monde coopératif est d’aller capter la valeur ajoutée et la développer, lance Thierry Blandinières. On arrive au bon moment, on maîtrise la production, nous savons distribuer, et on peut s’appuyer sur les autres Coop, nous avons tous les atouts... »

Sauf que ne distribuer que des produits frais et de terroir n’a rien d’une sinécure. Les plus grands ont préféré y renoncer. Carrefour a laissé ses projets dans les cartons. Casino a renoncé à un test mené à… Toulouse, il y a quelques années. Les Halles d’Auchan, autre expérience de taille, restent bloquées à 7 unités. Et Arcimbo, du même groupe, demeure un laboratoire. Pour tous, les marges sont trop faibles et les efforts trop importants comparés à un supermarché classique. Même Grand Frais, seule vraie réussite du secteur, s’appuie sur un modèle économique de concessions accordées à des artisans des métiers de bouche dont InVivo ne veut, ni ne peut, s’inspirer. En outre, la coopérative devra composer avec un autre risque, celui d’être montrée du doigt par ses propres agriculteurs sur la délicate question des prix et des marges, comme le sont les distributeurs.

Nouveau métier (le frais), nouvelle clientèle (celle des grandes villes), nouvelle compétence et nouvelle concurrence… la tâche semble ardue pour InVivo. Pourtant, il ne se disait pas autre chose lorsque les coopératives ont décidé d’investir l’industrie agroalimentaire où elles pèsent très lourd aujourd’hui. Et beaucoup ont aussi crié au fou lorsque le patron de Delpeyrat, spécialiste du foie gras, s’est attaqué au jambon de Bayonne. Cinq ans plus tard, la marque est numéro un en France et s’exporte jusqu’en Chine... Ce patron c’était Thierry Blandinières, un « agri-manager », comme on dit aujourd’hui, en passe de créer un nouveau métier, celui d’« agri-distributeur ». 

jparigi@lsa.fr 

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Article extrait
du magazine N° 2317

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