Nestlé, Ferrero et Lactalis : alerte aux contaminations alimentaires

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Coup sur coup, trois grands industriels de l’agroalimentaire, Nestlé, Ferrero et Lactalis, ont annoncé des retraits de produits pour suspicion de contaminations. Succession de hasards malencontreux ou phénomène plus structurel ? LSA tente un début de réponse.

La bactérie E. coli peut causer des diarrhées et des insuffisances rénales graves chez l’enfant.
La bactérie E. coli peut causer des diarrhées et des insuffisances rénales graves chez l’enfant.© SPL / BSIP
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Le nombre de produits retirés du commerce en France (alimentaire, jouets, véhicules, textile...) depuis la création du site RappelConso, en avril 2021
Source : DGCCRF

Contamination des pizzas Fraîch’Up de Buitoni (Nestlé) à l’E. coli, suspicion d’infection à la salmonelle de certains produits Kinder (Ferrero), présence de listeria en faible quantité dans des fromages au lait cru des Fromageries de Normandie (Lactalis). Les contaminations alimentaires ont refait surface au cours des dernières semaines en France. Si ces trois cas sont différents, avec des incidences à ce jour (le 8 avril) très éloignées (50 cas confirmés dont 2 morts dans l’affaire Buitoni, 20 cas suspects pour Ferrero, et aucune intoxication pour Lactalis), ils (re)mettent en lumière des dysfonctionnements du système.
Pourtant, la France est reconnue au plan européen pour son haut niveau de qualité sanitaire. La Répression des fraudes est tenue d’inspecter régulièrement les sites de production des industriels et des artisans, et d’informer les autorités de santé, et les fabricants sont censés faire des autotests. Las, selon certains experts, les autocontrôles seraient la norme et les contrôles de l’État, une exception. « Il y a moins de contrôles sur le terrain et de moyens alloués aux autorités, qui se reposent sur les tests réalisés par les industriels, sans vérifier suffisamment. C’est la porte ouverte à tous les abus », confiait, sur France Info, Karine Jacquemart, directrice générale de l’ONG Foodwatch France.

Manque d’effectifs de la DGCCRF
D’aucuns se demandent en effet pourquoi chez Buitoni, qui déclare faire 10 000 auto­contrôles par semaine, la bactérie n’a pas été détectée tout de suite. « Il y a un relâchement des contrôles de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes, NDLR), en raison d’une diminution de ses effectifs. Les affaires Kinder et Buitoni sont rares et inquiétantes, car il ne s’agit pas de petites marques », indique Béatrice de Reynal, nutritionniste et dirigeante de Nutrimarketing, agence d'innovation alimentaire. Selon Foodwatch, 440 postes à la DGCCRF auraient été supprimés ces dix dernières années, et le nombre d’inspections de la Direction générale de l’alimentation aurait baissé de 33 % entre 2012 et 2019… Ces récentes crises pourraient donc ne pas être que le fruit de hasards malencontreux. « Nous constatons qu’il y a beaucoup de retraits en ce moment, plus qu’à l’accoutumée. Nous en avons toutes les semaines, voire plus souvent. Lors des audits inopinés que nous menons auprès de nos fournisseurs, il y a parfois des surprises, et pas forcément chez les petits fabricants. Cela ne représente toutefois qu’une toute petite partie de nos audits, autour de 2% », constate Michel Biero, directeur des achats et du marketing de Lidl France. Le distributeur, qui a été victime d’une grave crise du steak haché en 2011, a depuis considérablement renforcé ses dispositifs de surveillance.

Ampleur avec les réseaux sociaux
Si les trois cas de ces dernières semaines font couler beaucoup d’encre, il faut garder à l’esprit que « les infections d’origine alimentaire sont sous-estimées. Elles sont portées à la connaissance du grand public quand elles touchent plusieurs personnes, mais pas les cas isolés, et ils sont nombreux», rappelle Antoine Mercier, directeur du pôle prévention et gestion de crise chez Protéines XTC. Alimentaire et non-alimentaire confondus, il y aurait en moyenne 11 procédures de retrait par jour en France, et plus de 5 000 produits ont été retirés du commerce depuis la création du site gouvernemental qui recense les alertes, ­RappelConso, en avril 2021.
Par ailleurs, ces crises prennent de l’ampleur avec les réseaux sociaux. « L’émoi créé par la crise Buitoni et le décès de deux enfants a amplifié celles qui ont suivi chez Kinder et Lactalis. Ce qui a nourri la viralité, ce sont les images chocs de l’usine de Buitoni, ajoutées à des publications humoristiques propres à la culture web. Des trois industriels concernés, Buitoni sera celui qui aura le plus à faire pour donner des gages de réassurance », explique Nelly Garnier, directrice de l’Observatoire des crises nouvelles chez Havas Paris.
Pour Ferrero France, qui réalise 10 % de ses ventes lors de la semaine de Pâques, c’est un très gros coup dur commercial. D’autant que les retraits en magasins semblent susciter pas mal de cacophonie sur le terrain. Et, de manière générale, ces scandales et autres alertes poussent les consommateurs à se questionner, une nouvelle fois, sur l’industrie agroalimentaire. Ainsi, il a fallu des dizaines d’années à la viande rouge pour se remettre la crise de la vache folle. Situation similaire avec la fraude à la viande de cheval dans les plats cuisinés, le « horse­gate », qui, par ricochet, a éclaboussé les surgelés salés pendant des années.

Non-respect des DLC dans les frigidaires des Français
Pourtant, alors que, vers 1950, on recensait 15 000 morts d’infection alimentaire par an en France, ce chiffre est tombé à 450 de nos jours, selon le ministère de la Santé, dont la moitié serait liée au non-respect des dates limites de consommation dans les frigidaires des foyers. Reste que le risque zéro n’existe pas même si les contrôles et les inspections se multipliaient, car l’industrie alimentaire est confrontée à l’usage de produits vivants. Or, elle fait une promesse santé aux consommateurs en se portant garante de la qualité des produits qu’elle fabrique. Mais avec ces récentes crises, la confiance est une nouvelle fois écornée.

Trois affaires en quelques semaines

Buitoni (Nestlé)
Le 18 mars, les pizzas surgelées Buitoni Fraîch’Up (Nestlé) sont rappelées en raison de la suspicion de la présence de la bactérie E. coli (Escherichia coli) dans les produits. Le 1er avril, un arrêté préfectoral impose la mise à l’arrêt de l’usine de Caudry, dans le Nord. Une enquête a été ouverte par les autorités françaises afin de découvrir l’origine de la bactérie. À ce jour, 50 cas de contaminations confirmés, dont deux ont entraîné des décès d’enfants.

Kinder (Ferrero)
Le 5 avril, le groupe Ferrero a procédé au rappel de certains produits Kinder fabriqués dans son usine d’Arlon, en Belgique, pour suspicion de salmonelle. Même si aucun produit Kinder mis sur le marché français n’a été testé positif à cette bactérie et si le retrait, à l’initiative de l’industriel, a été décidé par précaution, plusieurs dizaines de cas suspects ont été détectées chez des personnes ayant consommé ces produits.

Les Fromageries de Normandie (Lactalis)
Le 5 avril, la société Les Fromageries de Normandie (Lactalis) a annoncé une procédure de rappel par précaution de bries, coulommiers et camemberts au lait cru (marques Graindorge, Normanville...) pour risque de contamination à la listeria. Un contrôle a mis en évidence une très faible présence de listeria dans certains produits. Aucune contamination n’a été à ce jour recensée.
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