Alexandre Eruimy (PrestaShop) : "Nous lancerons d'ici l'été la version SaaS de notre solution e-commerce"

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Multiplication des revenus récurrents, application d'un système blockchain au suivi des modules… Le nouveau directeur général de PrestaShop, qui a pris ses fonctions en février 2018, présente à LSA sa stratégie pour développer la solution de création d'e-boutique.    

Alexandre Eruimy devant une partie du code open-source de Prestashop.
Alexandre Eruimy devant une partie du code open-source de Prestashop.© Prestashop

LSA : Vous êtes directeur général de PrestaShop depuis février 2018. Comment comptez-vous booster le chiffre d'affaires de l'entreprise ?

Alexandre Eruimy : Nous lancerons officiellement avant l'été 2018 en France, en Italie et en Espagne PrestaShop Ready, une version SaaS de notre solution de création et de gestion de sites e-commerce, à un prix d’entrée de 15 euros par mois. Nous ciblons les nouveaux marchands qui n'ont pas d'importantes équipes techniques qui se lancent dans la vente en ligne. Hébergée par Google, cette offre prête à l’emploi inclut les principaux modules de paiement et de livraison, qui permettent de démarrer dans l'e-commerce.

A date, près de 6 000 modules et thèmes ont été créés par notre communauté de développeurs et de solutions partenaires. Ils sont commercialisés sur notre place de marché officielle, en échange du versement à PrestaShop d'une commission de 30% sur les ventes.

Ces plugins sont aujourd'hui achetés par les marchands en une seule fois, et sont utilisables "à vie" sur la même boutique en ligne, tant que la compatibilité logicielle le permet. D'ici fin 2018, de nouveaux modules seront également proposés sur un modèle à l'abonnement ou à l'usage, pour certaines solutions plus onéreuses (comme celles permettant de visualiser les produits en 3D, ndlr). Nous travaillons actuellement à l'intégration de ce modèle par abonnement sur notre place de marché.

Ces deux formules à paiement récurrent formeront une source de revenus supplémentaire pour PrestaShop qui vise une croissance à deux chiffres de son activité pour 2018, qui devrait encore s'accélérer en 2019 et 2020.

Vous aviez lancé en janvier 2015 PrestaShop Cloud, une déclinaison cloud gratuite de votre solution e-commerce, puis vous l'avez fermée il y a un an. Que s'est-il passé ?

Nous avons accompagné les marchands qui utilisaient ce système vers une version bêta de PrestaShop Ready ou vers notre solution gratuite téléchargeable, PrestaShop Download.

Vous comptez également accélérer à l'international ?

Nous administrons, en France, plus de 50 000 sites, soit plus de 30% des sites e-commerce hexagonaux. Nous sommes le leader national en nombre de clients, y compris sur notre segment cible, les marchands qui réalisent entre 1 et 10 millions d'euros de chiffre d'affaires en ligne.

Mais plus de 80% des sites e-commerce qui tournent sous PrestaShop sont situés à l'étranger. Nous sommes utilisés par 45 000 sites espagnols, soit plus de 40% du marché, 20% des 100 000 sites italiens et 50% des 40 000 sites polonais. Nous comptons plus de 20 000 sites en Amérique latine. Notre solution open source est disponible en près de 60 langues.

Nous comptons nous renforcer en Europe de l'Ouest dans les pays où nous sommes déjà bien établis et muscler nos positions en Amérique latine et en Europe de l'Est, où nous sentons une forte traction. D'ici fin 2020, nous voulons intégrer le top trois mondial des entreprises de notre secteur en termes de volume de sites équipés.

Notre développement à l’international est notamment porté par notre fonds d’intégration doté d’un million de dollars, qui finance depuis sa création en 2015 le développement de modules locaux (PrestaShop paie des avances aux développeurs, ndlr). Plus de 200 pluggins spécifiques à des pays comme la Grèce, le Brésil, l’Afrique du Sud ou la Malaisie ont vu le jour grâce à ce fonds et permettent d'y renforcer notre présence.

Vous avez un bureau à Miami. Qu'en est-il de votre présence aux Etats-Unis ? Ressentez-vous une pression forte de la part de votre concurrent canadien Shopify ?

Cet acteur monte en effet en puissance aux Etats-Unis, mais ce n'est pas un marché clef pour PrestaShop. Nous motorisons au total 10 000 sites en Amérique du Nord. Notre bureau de Miami est surtout une base qui nous permet de nous étendre en Amérique latine. 

Certains développeurs réutilisent sur plusieurs sites le code d'un module qu'ils n'ont officiellement acheté que pour une seule plateforme. Comment vous prémunir contre ce comportement, qui entraîne une perte de revenus pour PrestaShop et ses partenaires développeurs ?

Nous avons lancé fin mars 2018 PrestaTrust, un système de traçabilité pour les plugins compatibles avec PrestaShop basé sur la blockchain. En intégrant ces lignes de code à leurs modules, les développeurs peuvent tracer la façon dont chaque acquéreur de leur plugin utilise la fonctionnalité, le nombre de sites sur laquelle elle est utilisée… Ce projet a partiellement été financé par Bpifrance.

Les sites développés sur PrestaShop risquent-ils d'être pénalisés par Google à partir de juillet 2018 car ils sont trop lents sur mobile ?

Les développeurs de notre communauté mettent actuellement en place des modules visant à accélérer le chargement des pages sur mobile. Ils créent aussi des modules visant à donner à un site e-commerce les fonctionnalités d'une application (un ensemble de solutions regroupées sous le terme de progressive web app, ndlr). Ils permettent de proposer au consommateur d'installer une icône sur son smartphone pour ouvrir un site, de lui envoyer des notifications push…

Est-il aujourd'hui possible de connecter un site PrestaShop avec un magasin physique ?

PrestaShop a tissé en 2016 un partenariat en ce sens avec les caisses connectées de RoverCash, qui a développé une API permettant de raccorder un site e-commerce avec leur logiciel de caisse. Nous allons signer de nouveaux accords du même type en 2018/2019.

Plus largement dans le domaine de l'omnicanal, nous travaillons actuellement au développement d'un outil permettant aux marchands de visualiser et d'administrer leurs ventes, stocks et revenus en fonction de chaque canal : site e-commerce, magasin physique, marketplaces, réseaux sociaux.

Les géants de la vente en ligne utilisent de plus en plus des outils d'automatisation marketing qui adaptent le contenu publicitaire proposé au profil de l'internaute. Les développeurs de votre communauté travaillent-ils sur ce type de modules ?

Des outils de marketing automation sont à disposition des e-commerçants PrestaShop sur notre marketplace officielle et figurent parmi les best-sellers ! Nous encourageons le développement de ces fonctionnalités qui permettent aux TPE/PME de l'e-commerce d'utiliser les mêmes outils que les plus grands. Nous avons tissé ces deux dernières années des partenariats pour connecter PrestaShop à des solutions d'automatisation marketing, comme Mailchimp pour les mails ou Easymarketing pour le search engine advertising (référencement payant, ndlr) sur Google Shopping par exemple.

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