Alibaba, la caverne qui cache la forêt

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

Voici une tribune libre de Renaud Édouard-Baraud, PDG de l'antenne asiatique de l'Atelier BNP Paribas. Un avis très intéressant sur le phénomène Alibaba.

Non, Alibaba n’est pas le seul mastodonte chinois à proposer, via AliExpress, des produits chinois aux occidentaux.
Non, Alibaba n’est pas le seul mastodonte chinois à proposer, via AliExpress, des produits chinois aux occidentaux.

Alibaba entre en Bourse.  C’est un événement ! Mais pas forcément pour les raisons avancées. Oui, Alibaba est hyperdominant sur toutes les formes de commerce en Chine?: consommateur à consommateur, marque à consommateur, marque à fabricant, grossiste à grossiste. Oui, il est également le premier système local de paiement web et mobile avec Alipay. Oui, ses achats ou investissements le positionnent comme un mélange de Google (pour le paiement,  le navigateur et moteur de recherche sur mobile) et d’Amazon (pour l'e-Commerce B2C) et d’eBay (commerce C2C). Mais l’arrivée d’Alibaba, c’est surtout le moment où l’on va pouvoir faire la lumière sur tout l’écosystème web et mobile chinois qui a déjà posé ses valises en Occident. 

Car non, la société enregistrée au sud de Shanghai n’est pas la première entreprise du web à faire appel à l’épargne occidentale. Nombre de spécialistes du web et du mobile sont déjà cotées aux États-Unis. On peut citer le géant du voyage en ligne Ctrip, son concurrent eLong, le spécialiste du Karaoké en ligne YY, et Sina, l’équivalent Yahoo, tous les quatre au Nasdaq. Il y a également Youku Tudou l’équivalent YouTube, la loterie en ligne 500.com ou le fournisseur de contenu Phoenix New Media, qui eux, sont inscrits au Nyse. 

Non, Alibaba n’est pas le seul mastodonte chinois à proposer, via 
AliExpress, des produits chinois aux Occidentaux. Son concurrent JD.com possède lui aussi une version anglaise. Sur ce terrain, la compétition se trouve surtout dans les pays à croissance rapide. En Asie du Sud-Est, en Russie et en Amérique du Sud. C’est là où Alibaba menace des acteurs locaux ou internationaux comme eBay avec son entité AliExpress. Et si l’on continue sur l’internationalisation, on peut relever que le moteur de recherche dominant, Baidu, est déjà présent au Brésil… Même les petits s’y mettent. Ainsi, l’agence de communication pékinoise BlueFocus avait pris le contrôle l’année dernière de l’anglais WeAreSocial. Il faut le répéter. Alibaba restera encore longtemps une entreprise dont le mantra principal est : faciliter l’achat et le paiement dématérialisé aux consommateurs chinois et à la diaspora de l’empire du Milieu, que ce soit sur des sites locaux, des sites internationaux, ou même dans des boutiques physiques, via des coupons ou des codes à barres. 

Si Alibaba est déjà passé maître de l’usage du nomadisme en Chine, il a pour le moment manqué le virage des messageries instantanées mobiles. Certes, il a investi dans l’américain 
Tango, mais on ne peut pas dire que celui-ci fasse de l’ombre à WhatsApp, Line ou au Wechat de son concurrent frontal Tencent… Or, une des voies royales de l'e-commerce, en Chine, en Asie et peut-être en Occident, passera peut-être par des outils conversationnels fermés, où les marques pourront tout aussi bien interagir que vendre aux consommateurs. C’est en tout cas ce que testent WeChat et Line sur leur marché respectif, la Chine et le Japon. Certes, Alibaba pourrait tenter d’aller plus vite que Tango en achetant une messagerie comme Snapchat, mais Tencent y est déjà investisseur. Et quand bien même, Snapchat n’intègre pas encore, tout comme Whatsapp, des mécaniques de-commerce et de paiement comme celles mises en place dans WeChat. 

Autre manque : même en Chine, c’est Google via Android qui mène le bal sur les mobiles et les télévisions. Contrairement à son concurrent de Shenzhen, Tencent, qui aurait investi dans 
Xiaomi, Alibaba n’est pas présent dans les combinés. Pendant ce temps, Xiaomi pousse ses pions en Asie du Sud-Est, en Amérique latine et même en Europe de l’Est, où il pourrait bientôt arriver. 

Enfin, le succès de géants comme Alibaba ou Tencent tient aussi à leur relative tranquillité, via les mesures du gouvernement chinois. D’un côté, avec une politique « protectionniste » vis-à-vis des entreprises étrangères (voir le blocage des Google, Facebook ou Twitter, la surveillance tatillonne des politiques commerciales de Microsoft et d’Apple…) et, de l’autre, une relative bienveillance quant aux débordements de ses protégés dans des nouveaux marchés : banque, assurance, santé. Pas sûr qu’Alibaba puisse constituer ailleurs cet écosystème de guerre qu’il a mis en place en Chine. Un écosystème où des vendeurs sur Taobao peuvent à la fois être assurés, recevoir des prêts pour stimuler leurs activités, un écosystème où le moyen de paiement se transforme en placement financier, un écosystème qui couvre aussi bien l'expérience en magasin que l’achat et le paiement en ligne via des investissements dans des spécialistes des centres commerciaux. 


Ce qui est certain, c’est que les 21,8 milliards de dollars levés par l’entreprise de Jack Ma vont rapidement pouvoir l’aider à combler ses quelques faiblesses à coups d’acquisitions.

Par Renaud Édouard-Baraud, PDG de l'antenne asiatique de l'Atelier BNP Paribas

 

1 commentaire

stack

20/09/2014 23h58 - stack

article impressionnant envers et contre tout, il me suffit de taper chaussure ou jouet pour avoir ou aliexpress ou eBay eBay n'étant ni plus ni moins que des acheteurs européens qui achète des produits chinois sur alibaba pour la revente. Quel mélodrame pathétique de ce fais, comme le ratage de Google qui cote 10 ans après 600 dollars le titres alors qu'a a la vente il coutait 50 dollars a l'ouverture. dans le même temps une donnée non bulle est bien Renault qui perd 53 pourcent sur 10 ans et Peugeot 86 pourcent sur 10 ans c'est certainement ca l'inverse de la bulle a la française encore perdant.

Répondre au commentaire | Signaler un abus

Email obligatoire

Email incorrect

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.
X

Recevez chaque matin tous les faits marquants sur les stratégies digitales, omnicanales et e-commerce des distributeurs et sur les solutions technologiques conçues pour les accompagner.

Ne plus voir ce message
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA