Alibaba, Mail.ru et Megafon concrétisent leur joint venture en Russie [Analyse]

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Huit mois après l'annonce de leur alliance, les géants du net russes et chinois sont arrivés à un accord. Alibaba peut espérer faire progresser plus rapidement son activité russe grâce à l'implication et aux investisseurs d'acteurs locaux, mais il en perd le contrôle.

Alibaba, Mail.ru et Megafon concrétisent leur joint venture en Russie.
Alibaba, Mail.ru et Megafon concrétisent leur joint venture en Russie.© Anuphan Sukhapinda - Banque d'images 123RF

Le géant du net russe Mail.ru (moteur de recherche, portail et messagerie), l'opérateur mobile russe Megafon et l'e-commerçant chinois Alibaba avaient annoncé en septembre 2018 leur intention de créer une joint venture entre les deux premiers et la marketplace AliExpress Russie du troisième. Ils annoncent désormais qu'un accord a été trouvé. Egalement soutenue par le fonds souverain russe RDIF, la co-entreprise AliExpress Russia JV peut compter sur des actifs et des investissements apportés par ses trois actionnaires.

Les détails de l'opération trahissent pourquoi il a fallu près de huit mois pour la concrétiser. Alibaba apporte à la nouvelle entité sa plateforme AliExpress Russie (incluant ses opérations domestiques et crossborder) et y investira 100 millions de dollars. Megafon, qui vendra à Alibaba 9,97% de sa part du capital de Mail.ru, détiendra 24,3% de la JV (et 30,2% des droits de vote). Mail.ru apportera pour sa part sa plateforme e-commerce Pandao et investira 182 millions de dollars dans la JV pour en détenir 15% (et 18,7% des droits de vote). RFID investira 100 millions dans la co-entreprise et pourra ultérieurement en acquérir des parts supplémentaires auprès d'Alibaba, jusqu'à 194 millions de dollars, auquel cas il détiendra 12,9% de la JV (et 9,6% des droits de vote). Enfin, un co-PDG nommé par Alibaba et un autre nommé par Mail.ru dirigeront ensemble l'activité. Autrement dit, les opérations d'AliExpress Russia JV reposeront largement sur le savoir-faire d'Alibaba, mais il ne détiendra plus que 47,8% du capital et 41,5% des droits de vote de son activité russe, désormais contrôlée par des groupes russes.

Pourquoi Alibaba accepte-t-il de perdre le contrôle ?

Cet accord peut être lu de plusieurs façons. Alibaba peut avoir estimé que pour s'étendre encore en Russie, il lui fallait une connaissance approfondie du marché local que lui apporteraient ses nouveaux alliés. La même raison a d'ailleurs pu pousser Uber à former une co-entreprise avec Yandex. C'est en tous cas l'argument avancé par Daniel Zhang, patron d'Alibaba, dans un communiqué : "Ce partenariat permettra à AliExpress Russia JV d'accélérer le développement de la consommation en ligne en Russie et dans la CEI comme aucun n'acteur n'en serait capable seul."

Une autre lecture est qu'AliExpress est en très peu de temps devenu tellement dominant en Russie, s'appropriant toute la longue traîne de l'e-commerce local avec ses millions de références à bas prix, qu'il a été forcé de s'en retirer, en cédant le contrôle de son activité à des acteurs russes. La Chine étant le premier pays à empêcher les entreprises étrangères de se développer chez elle autrement que via des co-entreprises contrôlées par des acteurs chinois, cette façon de procéder de la Russie pour protéger ses propres entreprises ne manquerait pas d'ironie.

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