"Alidis renforce son alliance stratégique en Europe", Jérôme Descateaux, adhérent Intermarché, en charge de l’alliance internationale

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INTERVIEW Les membres de l’alliance Core – Colruyt (Belgique), Conad (Italie) et Coop (Suisse) – rejoignent Alidis, l’alliance internationale créée par Intermarché et Eroski (Espagne) en 2002, puis renforcée par Edeka (Allemagne) en 2005. Un joli coup pour le distributeur français. Interview de Jérôme Descateaux, adhérent Intermarché, en charge d’Alidis.

Jérôme Descateaux, adhérent Intermarché en charge de l’alliance internationale Alidis.
Jérôme Descateaux, adhérent Intermarché en charge de l’alliance internationale Alidis.© Muriel Dovic

Nouvelle annonce dans les alliances à l’achat des grands distributeurs européens. Après les accords signés en juin 2015 entre Leclerc et Rewe au sein de Coopernic, les membres de l’alliance Core – Colruyt (Belgique), Conad (Italie) et Coop (Suisse) – rejoignent officiellement Alidis, qui devient la première alliance internationale de distributeurs en Europe, avec un chiffre d’affaires de 140milliards d’euros. Alidis est dorénavant implantée dans huit pays clés (Allemagne, Belgique, Espagne, France, Italie, Suisse, Pologne et Portugal). Une bonne nouvelle pour Intermarché qui se rapproche ainsi des leaders de la distribution belge (Colruyt) et suisse (Coop) et d’un groupe italien multiformat (Conad), groupes maîtrisant les arcanes des alliances européennes depuis plus de dix ans. Car il ne faut pas oublier que Colruyt, Conad et Coop Suisse sont des anciens partenaires de Leclerc au sein de... Coopernic – le divorce avait été prononcé en 2013. Ce petit jeu des grandes alliances n’est probablement pas terminé. En effet, Delhaize, qui vient de fusionner avec Ahold, pourrait très logiquement venir grossir les rangs de la centrale AMS (Ahold Marketing Services) et donc quitter Leclerc et Coopernic. À moins que cela ne soit l’inverse et qu’Ahold rejoigne Coopernic. Avec ce dernier scénario, Coopernic et le nouvel Alidis se tiendraient au coude à coude.

LSA - Pouvez-vous nous rappeler les grandes étapes de la construction de cette alliance ?

Jérôme Descateaux - En 1998, Intermarché a créé Agenor, centrale d’achats internationale, près de Zurich. Cette création venait logiquement après notre rachat de Spar en Allemagne. C’était aussi l’époque des premières eurocentrales lancées par Promodès et Carrefour. En 2002, nous avons été à l’origine de la création d’Alidis avec Eroski qui recherchait un partenaire européen. En 2005, Edeka – qui a repris nos magasins Spar et Netto – nous a rejoints. Depuis dix-huit mois, tout le monde observe de grands bouleversements dans les alliances à l’achat. Avec des allers-retours aussi rapides que surprenants. Nous avons d’ailleurs été sollicités par plusieurs groupes européens et même d’Europe de l’Est. Nous avons refusé leurs demandes parce qu’ils ne correspondaient pas à notre philosophie. Nous ne sommes pas là pour additionner des chiffres d’affaires, mais pour développer une coopération sur le long terme avec des partenaires partageant la même vision. Contrairement à d’autres organisations, Alidis n’est pas un club où l’on entre et l’on sort au gré des opportunités et des humeurs. Notre stratégie se construit pas à pas, dans la durée avec, comme mots d’ordre, directivité, réactivité et qualité d’exécution.

LSA - Vous êtes en tête du classementdes eurocentrales. C’était l’objectif ?

J. D. - Il est toujours agréable d’être le premier. Je ne vais pas vous dire le contraire. Mais ce n’est pas le plus important. Être le leader n’est pas une fin en soi. En revanche, il est vital d’être dans le peloton de tête.

Aujourd’hui, nous sommes présents dans 8 pays clés. Comme le disent les industriels, notre DN, distribution numérique, est excellente car nous sommes aussi bien répartis dans le sud de l’Europe que dans le nord.

LSA - Sur quels critères recrutez-vous des alliés ?

J. D. - Ce qui compte, c’est la typologie des groupes, et nous privilégions des indépendants. Il peut donc s’agir d’indépendants, de coopérateurs ou de groupes familiaux. Avec Conad, Coop Suisse et Colruyt, les discussions ont été simples et rapides. D’abord, parce que nous nous connaissions déjà. C’est mon rôle de discuter et d’avoir des contacts avec des groupes européens. Mais aussi parce que ces enseignes avaient déjà l’habitude, depuis neuf ans, de travailler au sein d’une alliance internationale. Cette expérience est un atout formidable. Nous attachons beaucoup d’importance à la cohérence et à la cohésion des partenaires autour de ce projet. Ces conditions sont déterminantes pour garantir le meilleur succès de notre collaboration.

LSA - Quels sont les industriels concernés ?

J. D. - Le périmètre porte sur deux grands domaines d’activités. Tout d’abord, les produits de grande consommation, principalement avec les fournisseurs multinationaux. Puis, les marques de distributeurs. Il y aura des appels d’offres au niveau européen, comme c’était déjà le cas avec Agenor. Nous pourrions aussi y intégrer un jour nos propres consommables ou, pourquoi pas, nos achats d’énergie ou d’assurance. Tout est permis. Mais il est très important de déterminer des priorités. Quant aux PME, elles ne sont pas concernées. Nous parlons d’environ 80 grands groupes.

LSA - Mais n’y a-t-il pas des craintes de la part des PME françaises qui fabriquent des MDD ?

Jérôme Descateaux - Je préfère parler d’opportunités. Edeka, par exemple, a lancé une gamme de produits « J’aime la France ». Il s’agit de spécialités françaises, voire de produits régionaux comme la brioche vendéenne, la mousse au chocolat, etc. Nos services achats ont accompagné les équipes d’Edeka en leur conseillant les fournisseurs avec lesquels nous travaillons.

LSA - En France, votre partenaire Casino est adhérent à une autre eurocentrale. Est-ce gênant ?

J. D. - Absolument pas, puisque les choses sont claires depuis le début. Vous avez d’un côté des accords internationaux et, de l’autre, des accords nationaux. Par ailleurs, nous sommes sur des logiques de zones (Europe, Amérique latine, Asie) qui sont très différentes. Bien évidemment, nous garantissons une totale et parfaite étanchéité entre ces deux niveaux.

LSA - Quelle est l’organisation d’Alidis ?

J. D. - La société Alidis est basée en Suisse, à Genève. Il s’agit de la plate-forme stratégique de l’alliance dans laquelle siègent les présidents de chacun de nos groupes. Le président actuel est Markus Mosa, celui d’Edeka. Pour les négociations commerciales 2016, les industriels concernés n’iront plus voir Agenor ou Core, mais la nouvelle structure baptisée Agecore, aussi à Genève.

LSA - Quels gains attendez-vous d’Agecore ?

J. D. - Nous attendons, comme je vous l’ai dit, une amélioration de notre compétitivité dans plusieurs domaines, y compris au travers des échanges de savoir-faire. Ce partenariat ajoute une dynamique supplémentaire pour les équipes, et c’est très positif.

LSA - Faut-il notifier ces alliances à l’administration ?

J. D. - Les réponses varient selon les pays. Le dossier est en cours d’examen.

LSA - Certains politiques accusent toujoursles eurocentrales de défiscalisation…

J. D. - La Suisse a toujours cette connotation négative, voire sulfureuse. Nous y sommes depuis 1998, et je peux vous assurer que, depuis le temps, nous avons été largement observés et même contrôlés. Nous sommes tout à fait tranquilles. Il n’y a aucune zone d’ombre. Agenor est totalement transparente. Cette structure négocie des prestations de service, et les sommes sont redistribuées directement aux pays concernés et soumises à l’imposition propre à chacun des pays. Nous n’aurions pas cette longévité s’il y avait le moindre problème fiscal. L’Europe des achats a longtemps été cachée. C’est pourtant une réalité depuis quinze ans. Il faut arrêter de tout diaboliser.

LSA - Mais à quoi sert concrètement Alidis ?

J. D. - Nous sommes face à des industriels de plus en plus européens et même mondiaux. Ces industriels recherchent de nouveaux leviers de croissance et sont en attente d’approches coordonnées sur un périmètre européen pour dynamiser leurs ventes. Ils souhaitent, par exemple, des solutions pour lancer des innovations simultanément dans plusieurs pays. Ils sont également demandeurs de soutiens catégoriels pour redynamiser certaines de leurs marques. Avec Alidis, nous avons des réponses à leur proposer. Par ailleurs, Alidis offre également l’opportunité pour chacun des partenaires de bénéficier de nouvelles synergies à travers des échanges de compétences et le partage de bonnes pratiques dans des domaines tels que le développement durable, la démarche qualité, les concepts de points de vente et les relations PME.

LSA - Ne craignez-vous pas un amalgameentre les eurocentrales et la demandede « made in France » ?

J. D. - On ne parle pas du tout de la même chose. Avec Alidis, nous travaillons principalement avec les grandes marques internationales et les fournisseurs qui souhaitent se développer à l’international. Il n’est absolument pas question des produits frais traditionnels issus du monde agricole. Je vous rappelle que nous sommes très engagés dans la défense de la production locale, que dans la crise du porc, nous avons démontré très clairement notre position de soutien aux éleveurs. Vous pouvez négocier au mieux avec des multinationales et être, en même temps, un défenseur de la production française. C’est ce que nous faisons. Dois-je vous rappeler que nous comptons 64 usines en France et que nous sommes le 11e industriel français ? 

Jérôme Descateaux

  • Adhérent Intermarché depuis 1981
  • Propriétaire de 2 Intermarché (4 400 m² à Morteau et 3 000 m² à Maîche) et d’un Nettode 600 m² à Morteau
  • Dix ans responsable dans le cadre de son tiers temps de l’activité Pétrole et dérivés
  • En charge d’Agenor, puisde l’alliance internationale Alidis depuis 1998

Le nouveau paysage des alliances et eurocentrales

  • Alidis, avec Intermarché, Edeka et Eroski, Conad, Colruyt, Coop Suisse : 140 Mrds € de CA en 2014
  • Coopernic, avec Rewe, Leclerc, Delhaize et Coop Italia 132 Mrds € de CA
  • Eurochan, avec Auchan, Metro, Système U 103 Mrds € de CA
  • AMS, avec Ahold, Migros, Jeronimo Martins, Morrisons, ICA et Hagar 54 Mrds € de CA
  • EMD, avec Markant, Casino, Euromadi, Tuko, ESD Italia, Musgrave et Unil/Norges Gruppen 131 Mrds € de CA
  • Sans oublier Carrefour avec ses 84 Mrds € de CA,et Tesco avec73 Mrds €

Source : estimations LSA

Carnet des décideurs

Vincent Fièvre

Vincent Fièvre

Directeur de communication et marque d'Intermarché

Gwenn Van Ooteghem 

Gwenn Van Ooteghem 

Directeur des achats marques nationales d'Intermarché

Claire Bourdon

Claire Bourdon

Directrice d'enseigne hypermarché d'Intermarché

Louise Damie

Louise Damie

Directrice des ressources humaines d'Intermarché

Claude G.

Directeur général d'Intermarché Alimentaire

Tristan Dupont

Tristan Dupont

Directeur des achats d'Intermarché

Claude  Genetay

Claude Genetay

Directeur général d’Intermarché alimentaire international

Caroline Puechoultres

Caroline Puechoultres

Directrice marketing, communication et innovation d'Intermarché

Marc Boulangé

Marc Boulangé

Directeur digital d'Intermarché

Virginie Larrière

Virginie Larrière

Directrice des supermarchés d'Intermarché

Cathy Collart

Cathy Collart

Directrice des hypermarchés Intermarché

Pierre Maertens

Pierre Maertens

Directeur e-commerce et omnicanal d’Intermarché

Caroline Dassié

Caroline Dassié

Directrice générale d’Intermarché

Alexandre Falck

Alexandre Falck

Directeur général d'ITM entreprises

Vincent Bronsard

Vincent Bronsard

Directeur de l’ensemble de l'offre (alimentaire et non alimentaire) d'Intermarché

Evelyne Banquy

Evelyne Banquy

Directrice développement durable d’ITM Alimentaire

Thierry Cotillard

Thierry Cotillard

Président du Conseil d’Administration d’ITM alimentaire international

Catherine Fedrigo

Catherine Fedrigo

Responsable des achats de vins chez Intermarché

Bruno David

Directeur sourcing et PME d’Intermarché

Olivier Fontaine

Olivier Fontaine

Responsable du pôle frais d'Intermarché

Nicolas Jérôme

Directeur commercial de Soparind Bongrain

Jean-Pierre Le Roch

Fondateur d'Intermarché

Agustin Marcaide

Agustin Marcaide

Président d'Eroski

Vassante Monany

Vassante Monany

Directeur Commercial d'Intermarché Roumanie

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Article extrait
du magazine N° 2376

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