Alimentaire: de quelle inflation parlez-vous? [Billet]

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EDITORIAL Alors que tout le monde parle du retour de l'inflation, il convient, une nouvelle fois, de s’interroger sur les méthodes de calcul de ces indicateurs. 

Pourquoi tout ce raisonnement? Tout simplement pour dire que le calcul de l'inflation (ou de la déflation) est un vrai métier.
Pourquoi tout ce raisonnement? Tout simplement pour dire que le calcul de l'inflation (ou de la déflation) est un vrai métier.© THesIMPLIFY - Fotolia

Le calcul de l'évolution des prix des produits de la grande consommation (les fameux PGC) ne s'improvise pas. Contrairement à certaines idées reçues, il ne suffit pas de regarder quelques dizaines de références dans autant de magasins pour penser détenir la vérité. D'abord parce que ce qu'on appelle en France la grande distribution compte quelque 18 500 magasins (hypers, supers, hard discount, proximité et drives). Ensuite, certains hypermarchés affichent plus de 25 000 références de produits de grande consommation (l'alimentaire, l'hygiène-beauté et l'entretien). Et un hyper vend en moyenne et chaque semaine quelque 20 000 références différentes de PGC. Autant dire qu'avec une telle situation, certains échantillons sont pour le moins... non représentatifs. 

Mais ce n'est même pas là le plus important. Pour commencer, il faut savoir si le périmètre est comparable ou s'il intègre des nouveautés? Généralement non. Or c'est justement par le biais des nouveautés que la hausse du panier moyen se fait sentir pour les consommateurs (ce que l'on appelle l'inflation d'offre ou l'inflation masquée). Après, il convient de savoir si les étiquettes sont comparées au mois précédent ou au même mois de l’année précédente ? Pour éviter de tels calculs fastidieux, d’autres analyses s’arrêtent aux produits dits «psychologiques», évitant d’évoquer la dérive tarifaire sur le reste… Et que dire des fruits et légumes, qui ne sont pas intégrés dans de tels calculs? Autre impératif, il faut savoir si l’étude tient compte ou non des promotions. Un calcul qui est loin d'être simple tant les outils promotionnels se sont complexifiés. Et sans oublier les abonnements qui brouillent les cartes... Et pour corser le tout n'oublions pas que l'écart entre l'enseigne la moins chère et l'enseigne la plus chère est d'environ 18%. Ou qu'il existe en moyenne 20% d'écart de prix entre les marques nationales et les marques de distributeur. De quoi répéter, une nouvelle fois, que "la moyenne est la forme la plus élaborée du mensonge". Et ce qui explique aussi pourquoi les Français ne font guère confiance à ces indicateurs qui parlent d'une moyenne et non pas de leur cas particulier. J’espère que vous suivez toujours, car ce n’est pas terminé.

Car si on veut aller plus loin se pose la question clé de la demande et de l'offre. Le calcul du prix de l’offre prend en compte en effet toutes les références présentes en rayons et reflète le prix des étiquettes, sans pondération des quantités vendues ni de la variation de l’assortiment. Intéressant et juste, sauf que le produit qui s’achète une fois par an est mis au même niveau que celui qu’on met dans son panier chaque semaine. Cela s’appelle un biais… Pour le contrer, il existe l’inflation de la demande. Pour le contrer, il existe l’inflation de la demande. Elle mesure l’évolution des prix avec ce qui a été acheté en magasins et à références constantes. L’ensemble avec un système de pondération. Juste approche ! Sauf qu’ici il n’est pas question de la frustration du consommateur qui a laissé sur la gondole un produit jugé trop cher.

Pour terminer, la question des réseaux de distribution entre aussi en ligne de compte dans cette affaire. Pendant longtemps, les panélistes n’ont pas intégré le hard-discount. Depuis, ce biais a été corrigé, et c’est pour le drive qu’on s’interroge. Avec son essor et celui des comparateurs de prix sur internet, certains veulent faire croire que la seule méthode d’observation est celle-ci. Eh bien non! Le drive, lui aussi, n’affiche que sa vérité. Non seulement parce que l’offre n’est jamais aussi large que celle d’un hyper, mais surtout parce que rien ne dit que les promos et les prix soient identiques en points de vente. Autrement dit, tout calcul de l'inflation doit bien intégrer ce mix des formats de vente avec leur propre positionnement prix (avec un e-commerce dont les prix ont la bougeotte quasiment en temps réel...). Ou, dans le cas contraire, bien préciser que seul un format (le drive par exemple) est pris en compte. 

Pourquoi tout ce raisonnement? Tout simplement pour dire que le calcul de l'inflation (ou de la déflation) est un vrai métier. Qu'il y a des sociétés dont c'est justement le métier. C'est pourquoi LSA n'a jamais réalisé ses propres études de prix. Mais dans les semaines et mois à venir, on risque fort de voir se multiplier les petites initiatives personnelles de calcul de l'inflation... Avec toutes leurs limites, elles peuvent dire "la vérité"... ou non. Et comment souvent, plus que le chiffre, c'est la manière dont on l'interprète et dont on le commente qui compte... Et là, c'est aussi un questionnaire à choix multiples... 

L'inflation selon Iri

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