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"Aller encore plus loin pour développer les filières de qualité", Régis Lebrun, directeur général de Fleury Michon

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INTERVIEW Alors que la filière porcine est au bord du gouffre, le directeur général de Fleury Michon revient sur le rôle que les industriels de la charcuterie pourraient jouer dans sa réorganisation. Régis Lebrun confirme aussi la bonne santé de la société et détaille ses projets en France et à l’étranger.

Régis Lebrun

LSA - La crise agricole a montré la nécessité de réorganiser les filières. Quel rôle les industriels, comme Fleury Michon, peuvent-ils jouer ?

Régis Lebrun - La crise agricole a mis en lumière l’inadéquation du fonctionnement de la filière, mais aussi l’inadéquation des produits par rapport aux attentes du consommateur. La recherche de produits valorisés constitue une opportunité pour la filière et doit nous conduire à nous rapprocher des éleveurs. C’est le sens du partenariat que nous venons d’établir avec le groupe Avril pour le développement d’une filière de porcs nourris sans OGM et sans antibiotiques (lire encadré).

LSA - La contractualisation est-elle une voie à renforcer ?

R. L. - Oui, car il est légitime que chaque acteur de la filière bénéficie de plus de visibilité sur son activité. Nous avons une très bonne visibilité sur nos ventes. Le cycle de production du porc est de six mois, ce qui est assez court. Il est possible de rapprocher les prévisions de production et celles de ventes des produits. Par ailleurs, nous sommes convaincus que la consolidation de la filière est souhaitable. Cela ne fait pas partie de notre stratégie mais, s’il le faut, nous sommes prêts à investir dans l’élevage pour développer une filière de qualité.

LSA - L’entreprise s’est engagée dans le combat « Aider les hommes à manger mieux chaque jour ». Est-ce un moyen de faire retomber la pression sur les prix bas ?

R. L. - Ce projet a démarré en novembre dernier. D’abord en interne et, depuis quelques semaines, avec des parties prenantes externes. Car il s’agit de mobiliser des idées à tous les niveaux de la société. Ce combat doit être un moyen de répondre aux attentes du consommateur, qui veut vivre le plus longtemps possible en bonne santé. Dans le même temps, on ne cesse de lui répéter que l’alimentation coûtera de moins en moins cher. C’est une idée fausse. Il y a un coût lié à la qualité, à l’environnement, mais aussi un coût social, en témoigne la situation difficile des éleveurs. Il est temps de réaffirmer le lien très fort existant entre l’alimentation et la santé.

LSA - Comment vos résultats s’annoncent-ils pour 2015 ?

R. L. - Nous tablons sur une croissance de nos ventes supérieure à 5% et une stabilité de notre résultat. Cette dernière est liée à l’augmentation du prix du porc en juillet, qui n’a pas encore été répercutée auprès de nos clients. L’innovation et la bonne adéquation de notre offre aux attentes du consommateur sont les principaux moteurs de notre réussite. Fleury Michon est la deuxième marque alimentaire en France, derrière Coca-Cola. Cela n’est pas une déclaration de puissance, mais cela veut dire que nous sommes dans le quotidien de plus de 75% des Français. Cette proximité nous permet de nous adapter. Chaque année, nous renouvelons 25 à 30% de notre offre.

LSA - Vous êtes leader sur chacun de vos trois marchés de référence. Au premier semestre, vos produits font mieux que la croissance du marché. Cela rend-il plus facile les négociations avec les distributeurs ?

R. L. - Aucun client ne se pose la question de l’utilité de Fleury Michon dans un rayon. Mais les exigences à notre égard ne sont pas moins fortes, car la marque pèse lourd dans le chiffre d’affaires du linéaire et de sa rentabilité.

LSA - Comment vos ventes évoluent-elles en drive et en e-commerce ?

R. L. - Nous avons pris très tôt conscience de l’enjeu de ces circuits et de la nécessité d’être présents. Nous avons adapté nos organisations. Nous avons nommé des interlocuteurs commerciaux spécialisés dans le drive, où il faut aussi se montrer séduisants. Ce circuit contribue à 4,8% de nos ventes. En frais, les produits Fleury Michon font partie des premières ventes sur ce canal.

LSA - L’entreprise dispose de 15 sites de production, dont 8 en France. Avez-vous des projets d’investissement ?

R. L. - Depuis ces dix dernières années, nous avons investi 400 M € dans nos usines. Cela nous a permis de spécialiser tous nos sites et de disposer d’outils très performants en termes de compétitivité, de sécurité alimentaire et d’innovations. D’ici aux cinq prochaines années, nous allons continuer à investir avec un budget annuel compris entre 4 et 5% de notre chiffre d’affaires, soit 35 à 40 M€. Après une phase d’automatisation il y a une dizaine d’années, nous sommes dans une étape de robotisation pour toute la partie liée au conditionnement de nos produits.

LSA - À l’étranger, votre chiffre d’affaires a progressé de 15% au premier semestre 2015, mais l’international reste modeste. Quelles sont vos ambitions ?

R. L. - Les chiffres publiés ne concernent que les filiales canadienne et slovène, dont nous détenons 100% du capital. Mais le poids de l’international est beaucoup plus important grâce aux coentreprises en Espagne et en Italie. Au premier semestre, le chiffre d’affaires à l’étranger est de 21 M € mais, au prorata de nos participations dans l’ensemble des sociétés, il s’élève à 57 M €, ce qui commence à être significatif. Et, début 2017, nous allons nous lancer sur le marché américain.

LSA - La dépréciation de l’euro face au dollar peut-elle avoir un impact sur votre activité et vous conduire à modifier les approvisionnements ?

R. L. - C’est un sujet d’inquiétude. Pour notre production de surimi, nous achetons près de 8 500 tonnes de poissons en dollar. La dépréciation de l’euro a déjà entraîné un surcoût de plusieurs millions qu’il va falloir répercuter auprès de nos clients. 

Fleury Michon en chiffres

  • 707,1 M€ : le chiffre d’affaires de Fleury Michon,en 2014, dont 87% réalisés en GMS (France), 6% à l’international, 7% avec les services
  • 15 sites de production, dont 8 en France
  • 3 408 salariés en France.
  • Une présence dans 4 autre pays (Canada, Slovénie, Italie, Espagne)

Source : Fleury Michon

"J’aime", la nouvelle gamme de Fleury Michon arrive en rayons

Le pôle animal d’Avril et Fleury Michon (FM) ont signé un partenariat pour une filière de porcs élevés sans OGM ni antibiotiques. Baptisée « J’aime », cette gamme de jambons et de rôtis arrive en rayons. Ce partenariat concerne une vingtaine d’éleveurs, avec l’objectif de 2 000 porcs par semaine. Il s’inscrit dans la politique depuis vingt-cinq ans de FM : développement du Label rouge, réduction du sel et filière Bleu-Blanc-Cœur. Les filières de qualité pèsent 30% des ventes de jambons de FM, et progressent de 30% par an. Selon Régis Lebrun, elles pourraient contribuer à 50% des ventes de jambons dans moins de cinq ans.

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