Amazon US, magicien des aides fiscales locales

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Amazon est passé maître dans l'art d'obtenir des subventions auprès des villes et Etats américains en l'échange d'implantation d'entrepôts ou de data centers. Mais le nombre d'emplois qui en résultent et leur niveau de rémunération ne seraient pas toujours à la hauteur.

Amazon US, magicien des aides fiscales locales
Amazon US, magicien des aides fiscales locales© Magali Picard / LSA

La branche américaine d’Amazon a reçu depuis 2000 toute une série d’aides fiscales qui, mises bout à bout, atteignent au moins 1,115 milliard de dollars, d’après l’organisation à but non lucratif Good Job First, qui estime les montants des subsides destinées aux centres de distribution et aux data centers du géant de l’e-commerce (même si bien d’autres existent…). Ainsi que le note l’organisation, Amazon ne fait pas publicité de ces diverses subventions, usant de noms de projets secrets ou d’accords de confidentialité. Même les pouvoirs publics rechignent à divulguer les montants, conscients de leur caractère polémique.

Déjà habile à tourner les règles fiscales à son avantage, Amazon a embauché en 2012 un spécialiste de la fiscalité du développement économique, Michael Grella, qui a mis en place une équipe entièrement dédiée à la recherche de ces subventions, indique le journal de centre-gauche The New Republic. La liste des subventions accordées à Amazon que tient à jour Good Job First confirme une forte accélération à partir de cette époque. L’Ohio, par exemple, se montre particulièrement accueillant, accordant par exemple une exemption de taxes dépassant 80 millions de dollars pour l’implantation de trois data centers, en échange de 1000 emplois à temps plein seulement.

Peu d'emplois... très mal rémunérés

Selon Good Job First, cet Etat a d’ailleurs consenti plus de 123 millions de dollars d’incitations fiscales à Amazon depuis 2014 pour qu’il y implante des entrepôts et des data centers. Mais ce n’est pas tout. Car dans le même temps, 700 de ses 6000 salariés y reçoivent de l’Etat fédéral des coupons alimentaires car leur salaire ne leur suffit pas à vivre. Walmart (premier employeur de l'Etat), McDonald’s et Kroger sont les employeurs qui comptent le plus de salariés dans cette situation, d'après The Columbus Dispatch. Mais alors qu’Amazon n’est que le 53ème plus gros employeur d’Ohio, il se classe 19ème en nombre de salariés recevant des coupons alimentaires. "Quand l'Ohio a donné 17 millions de dollars à Amazon pour deux entrepôts dans le Licking County, Amazon a promis d'embaucher au moins 2000 personnes grâce à une enveloppe de 60 millions de dollars. Cela revient à 30.000 dollars par salarié, à peine au-dessus du seuil de pauvreté de 26.208 dollars", explique The New Republic.

L’e-marchand bénéficierait donc d’un côté de cadeaux fiscaux locaux pour créer des emplois en Ohio, mais les rémunérerait tellement peu que c’est l’Etat fédéral qui doit compléter les salaires… une forme de subside aussi pour Amazon. "Si une ville ou un Etat débourse des millions pour attirer Amazon, la moindre des choses serait aussi de s’assurer que les emplois qui en résultent tirent bien les gens de leur pauvreté", estime donc The New Republic. Amazon rétorque, lui, que ses salariés sont payés un bon salaire et bénéficient d'une complémentaire santé et retraite, de congés parentaux et d'autres programmes encore.

Des entrepôts qu'Amazon aurait bâtis de toutes façons

Reste que la promesse de livraison sous deux jours (et parfois le jour-même) d’Amazon, de plus en plus demandée étant donné l’essor de son programme de fidélité Prime, pousse l’e-commerçant à ouvrir encore bien plus de centres de distribution que les 140 qu’il opère aujourd’hui aux Etats-Unis. C’est d’ailleurs un paradoxe : on offre à Amazon des cadeaux fiscaux pour qu’il bâtisse des centres qu’il aurait de toutes manières construits. De là à penser qu’Amazon bâtit son succès (et Jeff Bezos sa fortune) grâce aux impôts des Américains, il n’y a qu’un pas.

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