Amazon veut remplacer la carte bancaire…par la main

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La firme de Seattle serait en pleine réflexion pour fournir des terminaux utilisant le paiement par la paume de la main, expérimentés depuis septembre 2019 dans les enseignes Whole Foods. L'innovation, brevetée depuis décembre, pourrait se poser en alternative à la reconnaissance faciale

Amazon veut remplacer la carte bancaire…par la main
Amazon veut remplacer la carte bancaire…par la main© Patrick Foto 123 Rf

Payer ses achats par la paume de la main au lieu d'une carte bancaire ? Une innovation qui pourrait peut-être bientôt devenir réalité avec Amazon. D'après des informations du Wall Street Journal, la firme de Seattle serait en pleine réflexion pour fournir des terminaux utilisant la technologie "palm-scan". Selon le quotidien économique américain, le géant de l'e-commerce prévoit de proposer ces terminaux à des enseignes de restauration. Il nourrit également des desseins pour ses magasins Amazon Go, permettant aux acheteurs de payer, sans caissiers ni caisse. Il en est de même pour le paiement vocal sur Amazon Pay. Pour l'heure, l'entreprise de Jeff Bezos se réserve à tout commentaire.

Brevet déposé en décembre

Les rumeurs portant sur cette technologie remontent à septembre. Selon le New York Post, Amazon testait déjà des paiements de la main dans les magasins Whole Foods. Fin décembre, Amazon a déposé une demande de brevet pour un «système d'identification biométrique» comprenant un scanner manuel capable de lire des caractéristiques telles que les veines, les os ou les tissus mous.

Concrètement et avec ce nouveau mode de paiement biométrique, le consommateur pourrait établir un lien entre ses comptes bancaires et les empreintes palmaires. En insérant une carte, au moment de sa première utilisation du terminal, puis en se scannant les mains. Les terminaux pourraient ensuite facturer aux clients d'un geste de la main. Les données collectées à partir des terminaux seraient stockées sur le cloud d'Amazon et utilisées pour étudier les habitudes de consommation des clients du commerçant en ligne.

D'après le WSJ, les ambitions d'Amazon sur ce moyen de paiement n'en sont qu'à leurs débuts. L'américain aurait commencé à travailler avec Visa pour tester les terminaux et a discuterait du projet avec Mastercard, JPMorgan Chase, Wells Fargo et Synchrony Financial.

Expérimentations d'Auchan et Carrefour

En revanche, la technologie "palm-scan" n'est pas nouvelle. De 2005 à 2013, Fujitsu a conçu un système d’identification biométrique utilisant les veines de la paume de la main. Il s’agit de scanner le réseau veineux palmaire, à partir d’un capteur optique qui photographie les veines à l’aide de rayons infrarouges. Le dispositif a été expérimenté dans des écoles de Floride, où les écoliers payaient par scan de l'empreinte de leur main. Le système a depuis été abandonné.

Du côté des distributeurs français, des expérimentations sont menées autour de systèmes de reconnaissance digitale, validés par la CNIL. Auchan Retail met en œuvre depuis décembre 2018, en collaboration avec Oney Finances, un projet pilote dans trois de ses magasins de Bucarest, la capitale roumaine. Y sont installés une trentaine de lecteurs d’empreintes digitales communiquant avec le wallet Well.com du smartphone des acheteurs, qui y ont préalablement enregistré leur empreinte digitale. Le dispositif leur permet également de s’identifier par un QR Code. De son côté, la filiale roumaine de Carrefour expérimente depuis février 2019, dans son supermarché Skanska de Bucarest, un système de paiement par reconnaissance digitale. Ce mode de règlement est disponible aux caisses classiques et automatiques du magasin.

Alternative à la reconnaissance faciale

En Chine, c'est la reconnaissance faciale qui a le vent en poupe : de plus en plus d'usagers de la plateforme de paiement Alipay valident leurs achats en prenant un selfie.  La filiale de paiement d'Alibaba a installé des terminaux dans 100 villes du pays. L’entreprise prévoit d’investir sur trois ans environ 380 millions d’euros pour améliorer sa technologie baptisée “Smile-to-Pay.  De même, Tencent, maison mère de  WeChat, comptant près de 600 millions d’utilisateurs, a dévoilé en août un nouveau terminal de paiement nommé “Frog Pro”.

De son côté Amazon poursuit, en parallèle le développement de son propre logiciel de reconnaissance faciale "Rekognition". Créé en novembre 2016, le programme informatique permet notamment de reconnaître plusieurs émotions humaines. Il est utilisé par les forces de l'ordre américaines. Non sans polémique : en 2018, 100 employés d'Amazon avaient adressé une lettre à la direction pour qu’elle cesse de le commercialiser le programme, selon eux, contraire aux droits de l'homme. De même, l’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU) avait démontré à deux reprises, le manque de fiabilité du système, lors de tests opérés en 2018 et 2019.  

En Europe, la reconnaissance faciale est interdite dans l’espace public, sauf dérogation de la CNIL. Le procédé pose un certain nombre d’interrogations et suscite des réticences, notamment en matière de protection des données. Le paiement par la paume de la main pourrait alors se poser en sérieuse alternative, notamment dans le secteur de la distribution.

 

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