André Bonnard (FNPL) : "nous avons préparé la sortie des quotas laitiers" (interview)

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Avant la fin quotas laitiers, au 1er avril,  LSA avait interrogé - en février - André Bonnard, un des leaders de la Fédération des producteurs laitiers (FNPL) sur les conséquences à attendre sur les prix, sur les achats de lait par les enseignes en Allemagne ou sur la concurrence entre collecteurs en France. Les propos sont toniques...

La fin des quotas laitiers est fixée au 1er avril 2015
La fin des quotas laitiers est fixée au 1er avril 2015 © volff - Fotolia

LSA : La fin des quotas laitiers pour les prix du lait au consommateur et le revenu des agriculteurs, c’est le saut dans l’inconnu, la forte volatilité ?

André Bonnard : Non. Nous avons préparé de longue date la sortie des quotas laitiers. A court terme, il n’y aura pas de changement notable, parce que nous avons mis en place, dans le cadre de la loi, la contractualisation des volumes et des prix entre les producteurs laitiers et les entreprises qui vont remplacer, en quelque sorte, le système très administré des quotas laitiers. Si nous n’avions pas adopté la contractualisation, qui est désormais en vigueur dans la plupart des cas, les entreprises, surtout les entreprises privées comme Lactalis, Bongrain ou d’autres, auraient pu manquer de volume ou faire face à la volatilité des prix, et les producteurs auraient été soumis à des aléas de débouchés et de revenus. La sortie des quotas laitiers au 1er avril ne posera pas ces problèmes. Même si nous continuons à manquer de visibilité sur les réels besoins des entreprises de transformation. Nous savons combien elles collectent de lait, mais pas ce qu’elles s’échangent entre elles, ce qu’elles revendent ou ce qu’elles achètent sur le marché spot ou les prix peuvent varier de 1 à 3. Nous souhaiterions mieux maîtriser ces données. Mais les prix et le revenu des agriculteurs, si tout le monde respecte les contrats, ne seront pas affectés par la fin des quotas laitiers.  Même si un  jeune agriculteur s’installe pour produire 100 000 litres de lait, grâce aux contrats, il sait que son débouché est assuré.

LSA : Des industriels ont fait état d’une montée des importations de lait allemand. Est-ce une anticipation de la suppression des quotas laitiers ?

A.B. Il s’agit de lait UHT, qui est le produit industriel le plus basique, et dont les prix ont pu être momentanément plus bas en Allemagne, ce qui a attiré des enseignes qui trouvent que le marché est trop concentré en France. Il est vrai qu’il n’y a que trois acteurs sur le lait de consommation, Lactalis avec Lactel, Sodiaal avec Candia et Saint-Denis de l’Hotel avec les marques de distributeurs. Les enseignes cherchent donc des concurrents en Europe pour les approvisionner, et y parviennent parfois ! Mais le problème pour la distribution, c’est que le lait allemand ne se vend pas bien…et c’est bien pourquoi elles viennent d’accepter que figure la mention «Origine France » sur les emballages, qui leur permettra d’augmenter les prix en rayon, plutôt que de revendre du lait d’importation à bas prix. Le phénomène est d’ailleurs très limité. Il n’y a pas plus de 2 à 3 % de lait d’importation en France, et il est surtout dû à l’embargo russe sur les fromages qui a touché l’industrie laitière allemande, laquelle s’est retrouvée avec des volumes de lait à écouler ailleurs. Mais je souligne que les industries laitières allemandes ont très bien réagi à cet embargo. Elles ont transformé pour l’essentiel leur lait en poudre de lait et en beurre, qu’elles ont stocké en bénéficiant de subventions et en attendant que les prix remontent. Et c’est le cas. L’Asie est revenue à l’achat sur la poudre de lait et les prix grimpent. Les coopératives et les industriels français n’en ont pas fait autant. Les transformateurs en France n’ont pas encore la même capacité à prendre des risques, à stocker, et à gérer par anticipation les capacités du marché…

La production française de lait va augmenter 

LSA : On dit que les pays du Nord de l’Europe préfèrent l’augmentation des volumes de production à celle des prix, et que la France a une culture inverse… Est-ce une erreur des éleveurs français ?

A.B. La situation des éleveurs français n’est pas la même que celle des Allemands à beaucoup d’égards, mais elle n’est pas la moins bien placée pour autant dans la compétition. C’est vrai, les exploitants agricoles français, quand les prix du lait sont trop bas, choisissent de se tourner vers la culture du maïs et diminuent leur cheptel. Si le prix du lait est haut, ils se servent de leur maïs pour nourrir leurs vaches. Ce sont des arbitrages assez fins et intelligents. En Allemagne, les fermes sont beaucoup plus spécialisées. Dès lors, lorsque les prix du lait sont bas, les producteurs se dépêchent de produire plus pour compenser et maîtriser leurs coûts. C’est pourquoi,  le prix du lait allemand peut être plus bas que le lait français. Mais les Allemands ont désormais un autre débouché, qui est la méthanisation et la revente d’électricité, soit en chargeant les méthaniseurs avec du lisier, mais aussi directement du maïs si le prix du lait est trop bas. On aimerait avoir les mêmes aides pour la méthanisation ! Cependant, l’avantage compétitif des Allemands par rapport aux Français n’est donc pas aussi vrai qu’on le dit. D’ailleurs, à l’horizon 2020, nous estimons que la production française va progresser de 2 % par an, tandis que celle en Bavière va baisser de 1 à 2 %.  

LSA : Sur les prix des produits laitiers en amont, les industriels disent que leur niveau est déterminé en réalité par les coopératives, qui détiennent 60 % de la collecte européenne, et pas par eux…

A.B. Ce n’est pas totalement faux. Les Allemands, les Danois ou les Hollandais maitrisent bien mieux leurs niveaux de prix que les coopératives françaises, non seulement en raison de la qualité de leur gestion, mais aussi parce qu’elles collectent 75 % du lait alors qu’en France, les coopératives en collectent moins de 50 %. En Europe du Nord, ce sont donc vraiment les producteurs qui décident du niveau de prix, d’augmenter les volumes, d’investir en aval, ou de stocker par précaution. En France, le prix de l’offre est fixé pour partie par l’industrie privée et pour partie par les coopératives. En quelque sorte, le pouvoir est aux mains des clients, pas des producteurs. C’est un des problèmes que permet de résoudre sur le papier  la contractualisation sur les volumes et les prix, pour mieux gérer le marché. Encore faut-il que les producteurs soient en capacité de rééquilibrer le rapport de force avec leur collecteur.

Les causes des baisses de prix 

LSA : Mais si les coopératives baissent leurs prix, pourquoi l’industrie privée – sous contrat - ne le ferait pas ?

A.B. La situation est différente. Une coopérative peut adapter momentanément son prix d’achat parce qu’elle a une contrainte majeure, l’obligation de collecter toute la production de ses adhérents. C’est une soupape de sécurité pour les deux parties. Avec l’industrie privée, la contractualisation a permis que celle-ci soit assurée d’accéder à des volumes de lait prévus à l’avance, pour pouvoir élaborer les produits qu’elle transforme, fromage ou produits frais. Le contrat leur donne cette sécurité. La contrepartie dans ce contrat, c’est le niveau de prix, que certains ne veulent pas trop respecter…

LSA : D’où l’action de groupe contre Lactalis pour faire respecter les prix ?

A.B : Oui, la clause «volume » dans les contrats est évidemment liée à une clause « prix », un industriel ne peut pas avoir l’un sans l’autre, d’autant que l’équation sur les volumes leur est bien plus favorable qu’aux coopératives de collecte et qu’ils obtiennent l’assurance d’approvisionnement de leurs usines. Avec la fin des quotas laitiers, sans les contrats, les volumes et les prix auraient pu être très volatiles ! On s’interroge d’ailleurs sur les effets de la fin des quotas laitiers sur l’industrie. Pourquoi aucun grand industriel laitier européen ne vient s’installer en France pour alimenter une concurrence qui pourrait être bénéfique aux éleveurs ? Bongrain est en Allemagne, mais l’Allemand Muller n’est pas en France ! Serait-ce un des effets de ce qu’on pourrait appeler  la « cartellisation » de la production et de la  transformation laitière ? Il  faudrait que d’autres opérateurs s’installent pour faire jouer la concurrence dans la collecte de lait, au bénéfice de la production. La fin des quotas laitiers pourrait être une bonne occasion de faire jouer la concurrence et la liberté d’entreprendre. On ne peut pas quitter un système administratif de 30 ans sans gagner en liberté !

Propos recueillis par Sylvain Aubril

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