Andros réorganise sa branche ultrafrais

L'ÉVÉNEMENT DE LA SEMAINE Face à la crise du secteur, l'industriel du Lot veut se reconcentrer sur ses cinq usines françaises d'ultrafrais laitier les plus productives. Interview exclusive du très discret PDG du groupe Andros, Frédéric Gervoson, dont les ambitions restent intactes.

Un crève-coeur ! Pour Frédéric Gervoson, le patron du groupe Andros, la fermeture de son usine de produits laitiers ultrafrais de Rozet-Saint-Albin (02) et la mise en demi-sommeil de celui de Marcillé-Raoul (35), avec les 176 suppressions de poste qui l'accompagnent, sont des décisions très douloureuses. « C'est l'aveu d'un échec, confie le PDG, très ému, à LSA. Si je témoigne dans vos colonnes, c'est que je veux que les gens d'Andros sachent que l'échec est possible chez nous, mais aussi que je veux tout faire pour que les salariés retrouvent un emploi et que le site de Rozet trouve un repreneur. »

Jusqu'ici, le champion du fruit était un habitué de la croissance et son image sociale était plutôt vertueuse. Le plan de sauvegarde de l'emploi que Novandie, sa filiale de produits ultrafrais, a présenté le 17 septembre aux organisations syndicales, se veut d'ailleurs exemplaire. « Nous proposons des reclassements dans tous les autres sites et branches du groupe, y compris pour les conjoints. » Mais Andros, dont les filiales irriguent jusqu'en Chine et, dernièrement, aux États-Unis, a été rattrapé par la crise du secteur de l'ultrafrais. Cette crise, qui lui aura coûté près de 100 millions d'euros en trois ans, nécessitait de se reconcentrer sur les sites industriels les plus performants. L'autre option, qui consistait à céder son activité MDD, comme Senoble a commencé de le faire en vendant 50% de son capital à Agrial, Frédéric Gervoson, l'a écartée. Il défend le choix de la diversification d'Andros dans l'ultrafrais fait il y a vingt ans, avec le rachat de la Générale Ultra-Frais. « Cela nous a permis d'accéder à des marché clés, comme les desserts, qu'on ne savait pas faire, de développer le groupe. Si c'était à refaire je le referais, mais j'aurais sans doute réorganisé plus tôt. » Et de finir par une pirouette : « LSA m'avait nommé industriel de l'année, il y a quatre ans, vous vous être plantés vous aussi ! »... Pas si sûr.

LE GROUPE

1,6 milliard d'euros, le chiffre d'affaires estimé du groupe Andros en 2011

40% de l'activité à l'international (30% pour l'UF)

5 000 personnes, les effectifs du groupe

Sources : Andros, Novandie, estimations LSA

 

DES SITES INDUSTRIELS REDIMENSIONNÉS

Depuis le rachat, il y a vingt ans, de la GUF (Générale Ultra-Frais), devenue Novandie, la branche ultrafrais d'Andros a pris du poids. Elle génère près de 45% des 1,6 milliard d'euros de chiffre d'affaires du groupe (estimations) et s'est déployée à l'étranger avec six usines, dont deux rachetées récemment en Angleterre et en Espagne. Elle s'est dotée également d'une unité ultramoderne, créée il y a cinq ans à Auneau, près de Chartres, qui accueille une plate-forme logistique, aux portes du Bassin parisien et des marchés du Nord de l'Europe et dans la droite ligne du siège du groupe et de son usine de Biars où est regroupée la R et D. Avec 100 000 tonnes produites sur 12 lignes (produits fermentés et desserts), Auneau n'est pourtant pas la plus grosse unité française. Viel-Moutier, près de Boulogne, produit 150 000 tonnes de produits laitiers ultrafrais sur 26 lignes. Le groupe possède d'autres implantations clés à l'étranger dans le cadre de ses activités fruitières : Materne Belgique, leader local de la confiture et spécialiste de la MDD pour les supermarchés les marques premium anglaises ; une usine en Pologne qui lui donne accès à la précieuse ressources des fruits rouges industriels et, enfin, depuis 1998, une unité en Chine (18 M € de CA) recentrée sur les préparations de fruits pour tiers. Andros a aussi racheté, en avril, un fabricant de compotes américain. J. P.

 

LA BRANCHE UF

13 usines d'ultrafrais dans le monde

410 000 tonnes, la production de la branche UF du groupe (Novandie) en France (150 000 t Viel-Moutier, 100 000 t Auneau, 80000 t, Maromme...)

40 à 45% de l'activité du groupe réalisée par la branche UF, dont 90% sous MDD.

100 millions d'euros, les pertes estimées de la branche UF depuis trois ans

1 300 personnes, les effectifs de Novandie

176, les suppressions de postes envisagées

1 usine devrait être fermée, celle de Rozet-Saint-Albin (Aisne)

1 redimensionnée, celle de Marcillé Raoul (Ille-et-Vilaine)

 

UN MARCHÉ PLOMBÉ PAR LA MAUVAISE SANTÉ DES MDD

Mauvais cru pour l'ultrafrais en GMS. Le marché, certes positif en valeur (+ 1,5%), recule en volume à -1,3%. Une situation due, entre autres, à une baisse du poids des MDD sur les dernières périodes (- 11,1% en volume sur les premiers prix et - 0,6% sur les MDD standards). La raison de cette perte d'influence : l'effet promotionnel fortement activé par les marques nationales, environ 20% des ventes. « Par ailleurs, les produits MDD sont peu attractifs et les consommateurs veulent revenir à des valeurs fortes, véhiculées par les marques nationales », indique Andros. Dans ce cadre, ces dernières s'en sortent plutôt bien et réussissent à tenir le cap face aux MDD qui ne représentent que 39,2% de part de marché en volume et 31,6% en valeur : un score faible par rapport à d'autres catégories des PGC. Désormais, le leader des marques nationales, Danone, talonne les MDD avec une part de marché de 31,6% en volume et de 31,3% en valeur. Les marques ont aussi dû revoir leurs stratégies en termes d'offres. Car les pôles santé et minceur, très en vogue l'an passé, reculent sensiblement (respectivement - 4,1% et - 7,3% en volume). À l'inverse, les fruits et les desserts continuent leur progression (+ 2,8% et + 1,2% en volume). Deux nouveaux segments qu'il est urgent de dynamiser pour renouer avec la croissance du marché. Une stratégie déjà employée par Andros sur ses marques Bonne Maman et Mamie Nova, qui connaissent de fortes progressions (+ 9,2%). CAMILLE HAREL

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2243

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

Nos formations