Angers redessine sa géographie commerciale

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Les projets Atoll à l'ouest d'Angers et Arena au sud vont participer à l'éclatement de l'appareil commercial de l'agglomération, assez compact jusqu'ici.

Élus et commerçants comptent sur le tramway (ici, sur la fameuse place du Ralliement) tout juste mis en service pour contrebalancer le mouvement commercial centrifuge actuel.
Élus et commerçants comptent sur le tramway (ici, sur la fameuse place du Ralliement) tout juste mis en service pour contrebalancer le mouvement commercial centrifuge actuel.© OLIVIER CALVEZ

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Depuis que les rames sillonnent ses rues, la géographie d'Angers se trouve redessinée. Après trois ans de travaux, la population tient enfin son tramway, inauguré le 25 juin. De la commune d'Avrillé au nord, au quartier de la Roseraie au sud, les 12 km de ligne offrent une vue inédite de la cité du roi René. Dans la foulée, la municipalité a initié pour le coeur de l'agglomération la démarche « code de la rue », visant à instaurer un meilleur partage de l'espace public entre les diverses catégories d'usagers, car les aménagements multiples et l'élargissement des secteurs piétonniers bousculent son ordonnancement.

 

 

La fin d'une situation dificile

Indice de cette métamorphose : plusieurs enseignes nationales, dont celles du groupe André, se sont rapprochées du tracé du tramway. La place du Ralliement, où bat le pouls du commerce du centre-ville, n'échappe pas à la règle. Bien que son dernier remodelage ne date que de 1994, elle s'est offert un lifting pour devenir le terrain de jeu exclusif des transports en commun, des badauds et cyclistes après déplacement des entrées de son parking souterrain.

Tout n'est pas rose pour autant. « Notre activité a été perturbée, avec jusqu'à 30% de baisses des ventes, rappelle Christophe Barbieux, président de Vitrines d'Angers, la principale association de commerçants (200 adhérents). Ajoutée à la crise économique, cela a parfois été la goutte d'eau qui a entraîné la fermeture de boutiques. » Et de souligner les chutes de fréquentation en fins de semaine, malgré les initiatives pour aider les commerçants à passer ce difficile cap : navette gratuite, facilités de livraison, animations... Ces professionnels ont désormais neuf mois pour profiter à plein de leur nouveau cadre de travail « ripoliné ». Car, le timing dévoilé en 2007 par la Compagnie de Phalsbourg devrait être respecté : Atoll ouvrira ses portes en mars 2012 à Beaucouzé, en bordure de l'A28, la porte d'entrée ouest de la métropole.

Gigantesque est l'adjectif qui résume l'esprit et l'ambition. Avec ses 91 000 m² dont 71 000 m² de surface de vente, le centre dédié à l'équipement de la maison et à la déco sera l'un des plus grands jamais construits d'un bloc dans l'Hexagone. Et l'un des plus originaux : le bâtiment présente une forme oblongue dont le centre restera à ciel ouvert. Ses parois seront habillées d'une résille métallique perforée blanc nacrée. Mobilisant 22 ha, l'ensemble, « grand comme deux fois le Stade de France », soulignait le maire Jean-Claude Antonini lors de la pose de la première pierre en novembre 2010, a déjà l'allure d'une enceinte sportive. Que d'aucuns qualifient de futur « temple de la consommation ».

CHRISTOPHE BARBIEUX, président de Vitrines d'Angers

« Atoll n'est en aucun cas un pestiféré »

LSA- Comment voyez-vous l'avenir du commerce en centre-ville ?

C. B. - Nous sommes tous impatients de voir si le tramway va faire revenir notre clientèle habituelle, voire engendrer de nouveaux flux, comme l'assurent Angers Métropole et l'opérateur Keolis. Le fonctionnement du stationnement demeure aussi un point d'interrogation, après l'extension des secteurs piétonniers et le nouveau plan de circulation. Face au développement annoncé de l'offre en périphérie, il faut fédérer la trentaine d'associations de commerçants que compte l'agglomération pour déployer une stratégie de communication. En aucun cas, nous ne considérons Atoll comme un pestiféré : non seulement son ouverture évitera une évasion d'Angevins vers d'autres villes, mais le pôle sera attractif, à charge pour nous et en lien, notamment, avec l'office du tourisme, de les faire venir jusque dans le centre-ville.

 

« Une alternative crédible »

Atoll aura pour locomotive un Alinéa de 12 000 m2, l'un des plus vastes de l'enseigne. Sont aussi annoncées les arrivées de Castorama (12 400 m² + 7 200 m² en extérieur), Boulanger (5 000 m²), Darty (2 100 m²), Maisons du Monde (1 500 m²), But (6 500 m²), Casa... Bricoleurs et amateurs de cocooning seront comblés. Car la métropole, soucieuse de contrer l'attractivité croissante de Nantes à l'ouest, voire celle de Tours à l'est, toutes deux dotées d'un Ikea, vise « une zone de chalandise élargie aux limites départementales », indique Jean-Claude Antonini. Une vision partagée par Éric Groud, président de la chambre de commerce : « Nous serons en capacité de proposer une alternative crédible. Mais attention à ce que le concept ne soit pas dévoyé, même s'il est compréhensible que le promoteur veuille remplir ses surfaces. »

Les annonces d'implantation d'enseignes hors champ de la cible initiale se multiplient en effet, notamment dans l'équipement de la personne : Armand Thiéry, C et A, Gémo, Toys ' R ' Us, Jennyfer, Celio, Orchestra, Grain de Malice, Mango... Cette dérive pourrait encore s'accentuer, nombre de boutiques urbaines étant tentées d'aller trouver en périphérie de plus grandes superficies. « Le centre-ville regorge d'emplacements de 40 à 60 m², confirme Éric Groud, s'appuyant sur les chiffres d'une récente étude de l'observatoire de la CCI. Mais nous devons veiller à ce qu'il demeure le premier pôle commercial de la ville. » Un défi difficile vu l'étendue limitée de ce coeur de ville et son maillage dense offrant peu d'opportunités pour des surfaces moyennes.

Et ce, alors que se profile à l'horizon 2013 un autre projet d'envergure, Arena, au sud, sur la commune des Ponts-de-Cé. Faubourg du Commerce (groupe Icade) a déposé en avril une demande de permis de construire pour un ensemble de 16 500 m² : il comprendra notamment un magasin Cultura, un centre de remise en forme et un complexe cinéma. Il voisinera avec un Village Oxylane de Décathlon, opérationnel depuis novembre 2009, portant l'ensemble à 27 000 m² de surface de vente

 

 

Des projets de rupture

Atoll et Arena marquent une rupture dans l'organisation spatiale de l'appareil commercial angevin : jusqu'ici, celui-ci présentait la particularité d'avoir ses cinq grands pôles à l'intérieur de la ville. Les trois principaux étant Grand Maine (21 000 m² dont un Carrefour de 10 000 m²), Saint-Serge (15 000 m² dont un Carrefour de 11 000 m²) et Espace Anjou (22 000 m² dont un Géant Casino de 10 000 m²). Le propriétaire du premier, Hammerson, entend l'agrandir sur 6 000 m² et porter de 65 à 90 le nombre de boutiques. Son directeur, Hervé Gautrot, rappelle que « Grand Maine n'a pas bougé depuis sa mise en service en 1983 ». Mais le projet se heurte à l'attentisme de l'agglomération qui a instauré « un sursis à statuer » autour du périmètre. « Nous voulons prendre le temps de l'analyse », confie Daniel Loiseau, vice-président d'Angers Loire métropole, car, même si aucun dossier en CDAC n'a été déposé, les ambitions annoncées de Grand Maine, identifié par le Scot comme « un pôle commercial généraliste à vocation large [...] à conforter et/ou à recomposer », vont au-delà du cadre qui lui est réservé.

Espace Anjou, lui, aimerait se redéployer sur la base d'Esprit voisin, le concept de Mercialys. Quant à Saint-Serge, sa situation géographique à proximité de l'hypercentre-ville lui promet un avenir serein : ex-friche industrielle, le quartier est en plein renouveau démographique grâce à sa nouvelle vocation tertiaire et universitaire.

À L'OUEST, ATOLL

  • 71 000 m² de surface de vente.
  • 50 magasins.
  • Enseigne locomotive Alinéa (12 000 m²).
  • Investissement 180 M€ (150 M€ par La Compagnie de Phalsbourg).
  • 800 emplois dont 400 créations.
  • Ouverture Mars 2012.

AU SUD, ARENA

  • 16 500 m².
  • 30 magasins.
  • Promoteur Faubourg du Commerce (groupe Icade).
  • Enseigne locomotive Cultura (2 000 m²).
  • Investissement 38 M€.
  • Echéance 2013.

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Article extrait
du magazine N° 2190

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