Annick Vergne, directrice des ressources humaines de Carrefour France : « La performance économique passe par le dialogue social »

|
Twitter Facebook Linkedin Google + Email Imprimer

INTERVIEWAnnick Vergne a en charge 115 000 salariés. À ce poste depuis un an et demi, elle accepte pour la première fois de répondre à nos questions, alors que Carrefour a connu sur le plan social une année mouvementée, avec une grève en avril et une réorganisation du travail qui a suscité des crispations.

Annick Vergne
Annick Vergne© DR

LSA - Le nouveau modèle opérationnel (NMO) testé entre février et juillet est remis en question aujourd'hui. Où en êtes-vous ?

Annick Vergne - Notre objectif initial était d'améliorer le service clients et d'adapter notre organisation. Nous gardons la même ambition, mais certains points seront amendés. Nous avons par exemple renoncé au travail de nuit, dès 2 heures du matin, parce qu'il bouleversait trop les rythmes personnels. Nous menons une nouvelle série de tests dans une vingtaine de magasins dans toutes les régions. Nous voulons obtenir l'adhésion de tous pour offrir le meilleur service à nos clients, dans un climat social apaisé. En profonde transformation et dans un contexte économique difficile, nous avons renoué le dialogue avec nos partenaires sociaux, condition nécessaire à une bonne performance économique. La négociation sur la prime de partage de la valeur ajoutée en est le meilleur exemple. Nous voulions qu'elle soit significative et sommes arrivés à la somme de 150 € net pour chacun.

 

LSA - Dans le domaine des ressources humaines, le législateur fixe régulièrement de nouvelles échéances. Concernant la pénibilité, à quel rythme avancez-vous ?

A. V. - Cette réflexion est fondamentale pour un bon climat social et une bonne qualité de service au client. Nous n'avons pas attendu la nouvelle réglementation pour agir. Nous travaillons en permanence sur la pénibilité. Nous évaluons les situations dans chaque activité avant d'entamer les négociations. La clé du succès, c'est la préparation. Les réalités sont différentes entre les hypermarchés, les supermarchés et la supply chain.

 

LSA - Quels sont les autres chantiers sociaux ?

A. V. - Notre principale richesse aujourd'hui, ce sont nos collaborateurs en France. Mon ambition, en tant que DRH France, c'est de fidéliser et promouvoir tous les talents de l'entreprise. Nous renouvelons actuellement l'accord de la GPEC qui avait été conclu pour trois ans. Il sera signé avant la fin de l'année, et nous permet de mettre l'accent à la fois sur les parcours de carrière et sur la formation. Avec ses 115 000 salariés, Carrefour bénéficie d'un magnifique vivier, et nous avons ouvert cette année un site Intranet, enviedebouger.com, destiné à faciliter la mobilité en interne. Concernant la formation, elle nécessite un gros investissement. Avec 3% de la masse salariale consacrés à la formation, nous sommes bien au-dessus de l'obligation légale. Encourager la mobilité, c'est aussi un moyen de fidéliser les équipes. Ce n'est pas parce que vous démarrez dans la finance que vous y resterez toute votre vie. La distribution permet de changer de métier, d'enseigne, et de faire plusieurs carrières en une.

 

LSA - Il se murmure que Carrefour a de plus en plus de mal à attirer les cadres...

A. V. - Carrefour est une très belle marque et ne connaît pas de problème de recrutement. En février, nous avons lancé un Graduate Program à destination des grandes écoles de commerce et d'ingénieurs. Nous avons ciblé 3 000 candidats potentiels, reçu 800 CV et recruté les dix profils les plus prometteurs. Carrefour recrute 7 000 personnes en CDI chaque année, auxquelles nous proposons des responsabilités très tôt et de véritables parcours de carrière, avec des passerelles entre les pays et les formats. La promotion interne fonctionne aussi très bien. 70% des postes de directeurs de magasin sont pourvus en interne. Nous avons besoin d'un socle fort, mais également d'intégrer des profils de l'extérieur pour apporter de l'oxygène et mixer les cultures.

 

LSA - Comment expliquez-vous, alors, la mauvaise image sociale dont souffre la grande distribution ?

A. V. - C'est dommage que l'on tire ainsi à vue sur la grande distribution. Ce secteur ne délocalise pas et constitue un vrai bassin d'emploi localement. Il offre surtout de formidables opportunités de carrières, quel que soit le niveau de qualification. En ce qui concerne Carrefour, les opportunités sont réelles, dans de nombreux domaines, en France comme à l'étranger.

 

LSA - Quelles conséquences les nouvelles technologies ont-elles sur le métier des caissières ?

A. V. - Les nouvelles technologies contribuent d'abord à l'amélioration des conditions de travail. En ce qui concerne les caisses automatiques, nous les développons de façon raisonnable et modérée, pour apporter un service complémentaire à nos clients. Leur nombre avoisine 10% des postes d'encaissement dans un magasin. Nous avons également mis en place la polyvalence dans nos magasins depuis deux ans, ce qui permet de développer les compétences des équipes

 

LSA - Au conseil d'administration de Carrefour, il n'y a que 2 femmes sur 14 membres. L'instauration des quotas peut-elle faire avancer la parité hommes-femmes ?

A. V. - La parité hommes-femmes est un sujet auquel l'entreprise s'attelle. 60% de nos effectifs sont des femmes, quand elles ne sont que 30% au niveau de l'encadrement. C'est un travail de longue haleine. Nous y travaillons avec beaucoup d'énergie. Il faut commencer par recruter à parité et mener une réflexion sur les parcours de carrière qui sont plus compliqués pour les femmes que pour les hommes. Spontanément, je ne suis pas favorable aux quotas mais, si cela peut aider à faire avancer les choses au départ, pourquoi pas !

Chiffres

  • 7 000 Le nombre d'embauches prévues en 2012
  • 4 000 Le nombre d'apprentis recrutés chaque année

Source : Carrefour

Ce qui avance

  • La suppression du travail de nuit. Envisagé dans le nouveau modèle opérationnel testé dans une quinzaine d'hypermarchés entre février et juillet 2011, le travail de nuit (dès 2 heures du matin) a été abandonné.
  • Une prime de partage des profits de 150 € net qui a été signée par quatre syndicats sur cinq, à l'exception de la CGT.
  • Une prime « vacances » qui varie entre un demi-mois et un mois de salaire pour tout salarié ayant plus de quatre ans d'ancienneté. Plafonnée à 1 500 € brut, elle sera mise en place à partir de juin 2012.

Ce qui reste à régler

  • L'organisation du travail dans les hypers. Testée depuis cet automne dans une quinzaine de magasins, elle revient aux précédents horaires (5 heures du matin) avec une organisation séparée entre réserve et magasin.
  • L'application des décrets sur la pénibilité. L'évaluation des situations de salariés qui entrent dans les critères de pénibilité est en train d'être effectuée. Les négociations commenceront début 2012. Le renouvellement de l'accord sur la GPEC (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences).
  • Une réflexion globale sur les rémunérations des vendeurs.
  • L'évolution de la parité hommes-femmes.Carrefour ne compte que 2 femmes sur 14 au conseil d'administration.

Les changements d'organisation doivent encore démontrer leur efficacité. Mais il y a eu un véritable effort de la part de la direction pour rétablir le dialogue social. Maintenant, le groupe attend un redressement de la barre au niveau commercial et un capitaine.

Michel Enguelz, délégué central syndical FO

 

Testez LeMoniteur.fr en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Toutes les actus de la consommation et de la distribution

je m’inscris à la newsletter

Article extrait
du magazine N° 2209

Couverture magasine

Tous les jeudis, l'information de référence de la grande consommation Contactez la rédaction Abonnez-vous

X

Produits techniques, objets connectés, électroménager : chaque semaine, recevez l’essentiel de l’actualité de ces secteurs.

Ne plus voir ce message
 
Suivre LSA Suivre LSA sur facebook Suivre LSA sur Linked In Suivre LSA sur twitter RSS LSA