Antoine Dupont, rugbyman: "Mon ambition, c’est de valoriser la marque Casino"

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INTERVIEW Antoine Dupont, désigné meilleur joueur de rugby du monde en décembre, s’exprime en exclusivité pour LSA sur le partenariat qu’il vient de nouer avec les enseignes Casino pour devenir, jusqu’en 2024, leur ambassadeur sur les questions d’alimentation, de motivation et de management interne. Une interview croisée avec Tina Schuler, présidente de cette entité du groupe Casino.

Le capitaine de l’équipe de France de rugby, joueur vedette du stade toulousain, sera l’ambassadeur de la marque Casino jusqu’en 2024.
Le capitaine de l’équipe de France de rugby, joueur vedette du stade toulousain, sera l’ambassadeur de la marque Casino jusqu’en 2024.

LSA - Comment définiriez-vous votre partenariat avec Casino ?

Antoine Dupont - Mon ambition, c’est de valoriser la marque Casino, le groupe et les valeurs qu’il véhicule. Quand on m’a présenté ses engagements autour du commerce de proximité, des fruits et légumes sains, des produits de terroir, des relations avec les agriculteurs, ça m’a vraiment plu parce que ce sont des ­démarches que je partage. Il y a de nombreuses similitudes entre le management d’une équipe sportive de très haut niveau et le monde de l’entreprise.

Il y avait, dit-on, un magasin de l’enseigne à Castelnau-Magnoac, votre village natal…

A. D. - Effectivement, il y avait un petit Casino. J’avais pris l’habitude d’y aller et mes grands-parents, qui tenaient l’hôtel-restaurant du village, y faisaient leurs courses de proximité. J’y étais souvent. J’y achetais surtout des bonbons et des gâteaux (rires), mais, oui, c’est le premier supermarché que j’ai côtoyé.

Aujourd’hui, vous faites vos courses vous-même ?

A. D. - Oui. J’ai d’ailleurs un autre Casino juste à côté de chez moi, à Toulouse, beaucoup plus grand celui-là. Et comme je suis issu du milieu rural, je profite aussi en parallèle d’approvisionnements qui me viennent des Hautes-­Pyrénées, de ma famille, qui me fournit régulièrement ! Je dois dire que j’ai une affection particulière pour ces produits locaux parce que j’ai toujours été habitué à ça. En plus, mon frère est éleveur de porcs noirs de Bigorre et j’aurais du mal à me cantonner aux seuls produits industriels. Après, j’essaye de consommer avec discernement.

Justement, quels sont vos plats et vos produits préférés ?

A. D. - Je mange la plupart du temps au club (le Stade Toulousain, NDLR) donc j’achète plutôt des provisions pour le petit déjeuner et les collations : des sons et flocons d’avoine, des mueslis, des laits végétaux que je mixe avec du lait de vache. Je veille à ce que ce soit plutôt des produits bio et pas trop sucrés. Côté boissons, c’est surtout de l’eau. Je n’aime ni l’alcool, ou alors très occasionnellement, ni les jus de fruits, ni le café.

Est-ce que vous faites attention aux étiquettes, au Nutri-score ?

A. D. - Cela fait quelques années que je suis sensibilisé à ces questions. Je regarde les valeurs nutritionnelles mais aussi l’origine, la provenance. J’essaye aussi de privilégier le bio, sachant que si ces produits viennent d’un autre pays, ça n’a pas trop de sens pour moi, donc j’évite. Il m’arrive de regarder aussi le Nutri-score.

En équipe de France, nous avons maintenant deux diététiciens qui sont constamment avec nous durant nos rassemblements, qui préparent nos collations, nos repas, mais aussi des supplémentations pour certains joueurs qui ont besoin de perdre du poids ou d’en prendre. Avec des cures de collagène aussi, parfois, pour renforcer les tendons. C’est plus de la micronutrition, mais c’est un sujet que je suis de près. Certains joueurs ne s’en préoccupent pas trop, moi je préfère savoir ce que je mange, et pourquoi.

Vous vous dites flexitarien, avec un frère éleveur de porcs, ça semble improbable…

A. D. - Honnêtement, aussi bien mon frère que ma mère se sont mis, eux aussi, à manger moins de viande. Pas forcément tous les jours, et pas toujours de la viande rouge. Et à réserver ces occasions à de très bons produits.

Et le bio ?

A. D. - C’est important aussi, même s’il faut arriver à trouver la juste balance avec l’origine locale. Je ne privilégie pas le bio à tout prix. On peut faire des bons produits sans qu’ils soient forcément issus de l’agriculture biologique. Mais il faut au moins essayer de choisir des produits issus d’une agriculture raisonnée, et qu’ils soient sans pesticides.

Vous indiquez que la marque Casino répond à votre vision de l’alimentation, vous la connaissez bien ?

A. D. - Je connaissais évidemment pas mal de produits mais j’ai aussi, depuis ce partenariat, découvert certaines démarches mises en place, comme les fruits et légumes garantis sans pesticides, une gamme bio qui est vraiment variée et large. Derrière les initiales CAP (Casino Agissons pour la Planète, NDLR), j’ai retenu de beaux engagements, par exemple les prix fixés sur cinq ans avec les éleveurs de certaines filières comme la charcuterie, les œufs et bientôt le beurre.

L’alimentation, c’est un point crucial pour un sportif de haut niveau ?

A. D. - Oui c’est hyper important, autant que l’entraînement ou la récupération. Notre corps, c’est notre outil de travail, donc il faut savoir ce qu’on met dedans et les apports qui le font fonctionner. L’alimentation, c’est notre carburant. Cela fait plusieurs années que j’essaie d’apporter beaucoup de soin au quotidien à ces questions, sans être trop intégriste, en me faisant plaisir et sans trop culpabiliser.

Les Français sont-ils suffisamment informés sur l’alimentation ?

A. D. - Je ne crois pas. Même dans le sport de haut niveau, il y a encore pas mal de joueurs qui ne savent pas forcément lire les étiquettes et déterminer quel apport calorique présente tel ou tel produit. Nous sommes finalement assez peu à être informés là-dessus donc je suppose que les Français ne le sont pas non plus, même s’il y a quand même une sensibilité sur le sujet qui progresse. Et je peux participer à améliorer les choses, faire part de mon vécu de sportif : comment je fonctionne lors de mes repas, quels produits j’utilise ou j’évite.

Tina Schuler, quel rôle peut avoir Antoine Dupont pour l’éducation alimentaire ?

Tina Schuler - Antoine peut nous apporter son expérience sur les questions de nutrition, de dosage des apports. Et je pense que, pour les Français, c’est important de pouvoir faire cette analogie avec un champion de très haut niveau comme lui, qu’il puisse porter cette éducation nutritive sans que cela ne soit punitif. On va pouvoir travailler ensemble, justement pour concilier exigence et plaisir.

Le partenariat comprend un volet sur le management, qu’est-ce que votre expérience de rugbyman de très haut niveau peut apporter à Casino ?

A. D. - Ce sera à eux de vous répondre dans quelque temps. Mais comme demi de mêlée, j’ai été amené très jeune, dès 18 ans, à guider des joueurs plus âgés et expérimentés que moi. Ce n’était pas évident, mais c’est venu avec le temps, l’expérience, la confiance qu’on m’a accordée et les résultats obtenus sur le terrain. J’ai gagné en expérience et en responsabilités dans les différents collectifs avec lesquels j’ai joué, jusqu’à arriver au capitanat en équipe de France. Et tout ce que l’on vit au quotidien dans un groupe de 40 à 45 joueurs, s’entraîner dur, enchaîner les matches, les résultats, qu’ils soient positifs ou négatifs, les remises en question, arriver à fédérer et à garder une équipe soudée, ce sont autant de notions qui sont aussi vécues dans les entreprises.

Vous êtes un manager, en fait…

A. D. - Non, je n’aurais pas cette prétention, je n’ai que 25 ans.

T. S. - Bien sûr qu’Antoine est un manager, habitué, en plus, à exercer sous une très forte pression ! L’analogie est évidente. Ce qu’il dit, c’est exactement ce qu’on essaie de véhiculer en interne : obtenir des résultats, avec la manière. Et c’est plus facile d’expliquer les choses au travers du jeu et du sport. Il va vraiment être un exemple pour nous.

Quels sont les points communs entre la conduite d’une entreprise et celle d’une équipe ?

A. D. - C’est très lié aux résultats. S’ils sont positifs, il faut arriver à garder cette exigence au quotidien. Vouloir aller toujours en chercher plus, tout en rassemblant tout le monde et en veillant à ce que l’équipe avance ensemble. Et si ça se passe moins bien, dans la défaite, que les résultats trimestriels sont moins bons, il faut arriver à continuer à se faire confiance, à ne pas se tirer dans les pattes et à garder cette unité, quels que puissent être les résultats. Rien que ça, c’est primordial.

Est-ce que vous êtes formés spécifiquement au management en équipe de France ?

A. D. - Non, mais il y a beaucoup d’échanges d’expérience et de vécu, notamment avec Fabien Galthié, notre sélectionneur, qui est un ancien demi de mêlée comme moi. Cette expérience, ces situations, ça ne s’achète pas. Quand on côtoie quelqu’un qui a vingt-cinq ans de plus que soi, qui a connu ce poste-là, des grandes victoires avec l’équipe de France ou en club, il faut pouvoir apprendre de lui, tout en restant fidèle à soi-même, sans changer sa nature. Je sais que s’ils m’ont choisi pour être capitaine de l’équipe, c’est pour l’homme et le joueur que je suis. Je suis diplômé en management du sport, mais je pense qu’on apprend beaucoup plus avec une équipe professionnelle qu’avec des cours de management.

Le dernier grand sportif qui a signé avec une enseigne de Casino (à l’époque Leader Price) était Zinedine Zidane, quelques mois avant la Coupe du monde victorieuse de 1998. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

A. D. - On peut dire que c’était un bon pari (sourire), même si je ne me place pas à son niveau. C’est un immense champion. Pour le parallèle entre les deux trajectoires, avec en ligne de mire la Coupe du monde 2023, je ne dirai qu’une seule chose, je croise les doigts.

Quelles actions envisagez-vous avec Antoine Dupont ? Pubs télé, animations spécifiques, interventions en interne ?

T. S. - Le partenariat vient à peine d’être signé. Nous sommes en train d’écrire la feuille de route, mais déjà lors de notre prochaine réunion avec l’ensemble de nos managers, nous comptons mettre à contribution Antoine. Comme il l’a expliqué, il aura un rôle de conseil et d’ambassadeur sur les questions d’alimentation et de conseil en interne en matière de management, de motivation, de résilience, de combat.

Ce qu’il a dit sur l’entreprise est très juste. On perd, on gagne, on doit se surpasser, aller plus loin, ne pas se décourager, apprendre de nos défaites, de nos erreurs. Et quand un sportif de très haut niveau en parle, il a une telle crédibilité que l’effet est amplificateur pour nous. Avec, en plus, un sport, le rugby, qui est vraiment ancré dans les territoires et véhicule des valeurs de simplicité, de combat sain, d’authenticité et de proximité qui correspondent bien à Casino.

Comment s’est fait le choix ?

T. S. - Il y a une vraie analogie entre les valeurs que défend Antoine Dupont et celles de Casino. En plus, nous comptons beaucoup de sportifs dans le comité de direction. Moi-même, je suis une ancienne basketteuse, j’ai joué en Nationale 3, puis j’ai entraîné et ça m’a beaucoup aidé dans mon travail, comme d’ailleurs l’attention que je porte à mon alimentation. C’est hyper important, il faut de l’énergie, de la résistance, être toujours en alerte, et un manager, un dirigeant, c’est aussi un sportif de haut niveau, même si c’est une autre forme de sport. Dans ces conditions, s’associer au rugby nous est apparu comme une évidence, encore plus avec une Coupe du monde qui se déroulera en France l’année prochaine, et des Bleus très prometteurs en ce moment. 

La nouvelle pépite du rugby français
Seuls trois Français ont été désignés meilleur joueur de rugby du monde. Et très peu de lauréats ont reçu cette récompense aussi jeune qu’Antoine Dupont, déjà capitaine du XV de France et joueur vedette du Stade toulousain, club cinq fois champion d’Europe qui domine le rugby français. À 25 ans seulement, il évolue au poste clé de demi de mêlée, qui réclame malice, vision du jeu, courage et autorité (il guide les huit costauds de devant). Poste où Antoine Dupont excelle, avec une qualité rare, celle de marquer beaucoup d’essais. Ces vertus auraient pu donner la grosse tête à n’importe quel joueur, mais le natif de Castelnau-Magnoac, au cœur des Hautes-Pyrénées, est, de l’avis général, resté simple, modeste, travailleur et exemplaire.
Il a même réussi à concilier sport et études en décrochant un master 2 de management du sport en 2020. Issu du milieu rural, il fait figure d’ambassadeur de choix pour un distributeur qui, comme Casino, veut mettre en avant son ancrage dans les territoires. C’est aussi un vecteur de notoriété incontestable alors que se profile, l’an prochain, une Coupe du monde de rugby organisée en France, où les Bleus feront partie des favoris, et où Antoine Dupont comptera parmi les joueurs vedettes.
Le précédent Zidane
En février 1998, quelques mois avant la première Coupe du monde victorieuse de l’équipe de France de football, l’enseigne Leader Price, dans le capital duquel le groupe Casino était entré quelques mois plus tôt, signait avec Zinedine Zidane, qui n’était pas encore l’immense star du football qu’il est devenu après le titre mondial. L’opération signée J’adore vous faire gagner ou Gagnez avec Zidane avait contribué à faire bondir le taux de notoriété de l’enseigne de 23 à 74 % en seulement un an, rappelle le blog Brand and Celebrities.

 

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Article extrait
du magazine N° 2685

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