AOC et châteaux : fraude à Bordeaux

Fausses mises en bouteille au château, étiquetages fantaisistes, une affaire de tromperie sur la marchandise jugée en catimini dans le Bordelais.

Le procès des faux vins de Bordeaux qui devait se tenir le 26 novembre devant la troisième chambre du tribunal correctionnel de Bordeaux a été renvoyé au 18 février 2002 en raison de « l'état de santé », selon ses avocats, de l'accusé Jacques Hemmer, agent commercial pour une société viti-vinicole, domiciliée dans le Médoc.

L'homme est accusé d'avoir vendu à des négociants bordelais parmi les plus importants de la place (Dulong ; Ginestet ; Cordier, filiale de Val d'Orbieu ; CVBG ; les Grands Vins de Gironde...) des vins d'origine pour le moins incertaine. Certains vins issus de vignobles du sud de la France auraient été vendus sous étiquettes prestigieuses (Haut-Médoc, Saint-Julien...). Les faits, remontant aux années 1997 et 1998, ont été découverts par les services interrégionaux de la Consommation et de la répression des Fraudes (DGCCRF).

Les négociants bordelais qui se déclarent victimes d'une tromperie sur la marchandise ont déposé plainte. Affirmant leur bonne foi, ils estiment avoir été abusés par Jacques Hemmer, en qui ils avaient confiance et qui, de plus, travaillait avec leurs courtiers habituels. « Pour mon client [le négociant Dulong], cette affaire ne porte que sur 6 000 bouteilles vendues faussement sous le nom d'un château mais il s'agit bien d'une AOC », souligne Maître Lecoq.

400 000 cols seraient concernés

L'affaire, qui aurait porté sur un total de 400 000 bouteilles, soulève de nombreuses questions. À l'heure où chacun revendique une traçabilité parfaite, la filière n'aurait-elle pas fait preuve d'une certaine légèreté ? Interrogé par téléphone, Jean-Louis Roumage, le président du syndicat des AOC de Bordeaux, a déclaré n'avoir « jamais entendu parler d'une telle affaire ». À l'inverse, l'Inao (Institut national des appellations d'origine) s'est porté partie civile - comme il le fait automatiquement lorsqu'il y a fraude sur les AOC - et suit de près ce dossier jugé « complexe et important ».

L'audience qui se tiendra dans trois mois permettra certainement de mieux évaluer l'ampleur et les contours de ce trafic et, surtout, de cerner clairement les responsabilités de chacun.
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Article extrait
du magazine N° 1747

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