AOL-Time Warner : quand le distributeur achète le fournisseur

Au-delà de son aspect spectaculaire, le rachat de Time Warner par AOL devrait accélérer les rapprochements dans la communication. En Europe et en France, les conséquences se feront sentir à plus long terme.

D'abord annoncée pour un montant de 350 milliards de dollars (345,4 Mrds EUR), la valeur boursière du nouvel ensemble AOL-Time Warner a été revue à la baisse : 280 milliards de dollars (276,3 Mrds EUR). Querelle de boursiers que nous laisserons à d'autres le soin de trancher, car l'essentiel n'est pas là, bien sûr.

En rachetant le groupe Time Warner, géant américain des médias (voir encadré), le fournisseur d'accès à internet America On Line (AOL) a donné naissance à un géant de la communication qui possède des contenus de toute nature (écrite, musicale, cinématographique) et tous les vecteurs de diffusion (internet, télévision).

Visiblement ravi, Gerald Levin, le PDG de Time Warner devenu directeur général du nouvel ensemble, explique que la fusion offre à sa société une présence sans égale sur un nouveau média devenu incontournable. Quant à Steve Case, PDG d'AOL et du nouveau géant, il met la main sur un stock formidable de contenus et sur le deuxième réseau câblé des États-Unis, synonyme d'accès à l'internet à haut débit. Il est également le premier grand du Net à absorber une entreprise de communication classique. Jusqu'alors, ces dernières étaient à l'origine de rapprochements auxquels elles procédaient pour se diversifier dans les nouvelles technologies.

Cette inversion de tendance prouve-t-elle la nouvelle prédominance des canaux de diffusion sur l'édition de contenus, ou plus simplement la convergence des « tuyaux » et des contenus ? Ce qui est certain, c'est qu'AOL vient de mettre la main sur l'un de ses fournisseurs. « Un peu comme si Carrefour rachetait Nestlé », analyse un fournisseur d'accès français. Par son nombre d'abonnés, le nouveau groupe a les moyens de développer une politique commerciale de grande envergure. Et les produits de Time Warner peuvent être aisément commercialisés par des réseaux immatériels comme internet. Ajoutons à cela que, par exemple, la Warner est l'un des deux principaux vendeurs de vidéos en France, et il devient clair qu'un des gros fournisseurs d'enseignes comme la Fnac pourrait se muer en concurrent.

L'avenir dira si la « fusion du siècle » aura marqué l'entrée dans une nouvelle ère commerciale ou pas. En Europe, les premières réactions sont celles des opérateurs de télécommunications. Bertelsmann et Vivendi, actionnaires d'AOL et éditeurs de contenus multimédias, vont devoir adapter leur stratégie mais ne s'émeuvent pas outre mesure. Quant au britannique Vodafone, en pleine tentative d'OPA sur Mannesmann, il analyse positivement la nouvelle, et voit déjà AOL-Time Warner comme un partenaire potentiel.
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Article extrait
du magazine N° 1660

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