Apple en délicatesse avec ses distributeurs

L'Apple Expo aurait dû être une fête. Mais la fronde des distributeurs, la révolte de certains clients fidèles et l'attitude du grand patron de la firme à la pomme ont jeté un froid.

Steve Jobs sifflé à l'Apple Expo ! L'événement, survenu lors de son habituelle adresse aux fans, le 13 septembre, aurait semblé inimaginable il y a un an ou deux. Génie charismatique de l'informatique, sauveur de la marque et père de l'iMac, l'omnipotent patron a trébuché sur la distribution. Les siffleurs parisiens étaient en effet des revendeurs qui protestaient contre la vente en exclusivité sur le site Apple Store d'un nouveau colori de portable. Steve Jobs s'en tire toutefois à bon compte. Plusieurs groupes de clients fidèles avaient menacé de manifester durant le salon.

À la veille de cette manifestation, une trentaine de distributeurs spécialisés ont fondé l'ADA (Association des distributeurs Apple), sorte de syndicat de revendeurs en colère à la longue liste de doléances. Citons : une baisse des marges imposée par Apple, des relations quasi-impossibles avec le constructeur, son SAV et ses grossistes, des clients mécontents et la disponibilité aléatoire des nouvelles machines. « Apple fixe les prix grâce à l'Apple Store et nous sommes bien obligés de nous aligner, expliquait le porte-parole de l'ADA samedi dernier. Un distributeur fait 5 % de marge sur un iMac et 7 % sur un G4, alors qu'un revendeur PC peut espérer 16 à 20 %. Résultat, nous gagnons 200 F sur un iMac. »

Des histoires de spécialistes informatiques, pensera-t-on. De fait, aucune enseigne grand public n'a, pour l'instant, rejoint l'ADA. Mais depuis le lancement de l'iMac, une inflexion est tout de même intervenue. Après avoir joué le jeu de l'iMac, très peu d'hypers le proposent encore faute d'avoir trouvé un terrain d'entente avec la marque. Le 30 août, le DG d'Apple France, Thomas Lot, recensait 200 points de vente grand public en France, dont la Fnac, Darty, Surcouf, les Galeries Lafayette et KoMoGo. Et utilisait un argument maintes fois entendu chez Apple : « Nous voulons être dans un nombre limité de magasins où les vendeurs sont formés, les logiciels, les périphériques et les accessoires disponibles. »

Hélas pour Apple, Steve Jobs a été moins diplomate que Thomas Lot dans une interview surréaliste accordée à « Libération » (14 septembre). Visiblement agacé par les questions, il a balayé les remarques sur les revendeurs : « Nous sommes dans un monde de conflits entre les réseaux de distribution. C'est juste une vérité de la vie. » Une réponse jugée « méprisante » par l'ADA. Deux jours plus tard, il récidivait face à Canal +, refusant de répondre au journaliste et s'attirant un commentaire assassin : « Le décalage est flagrant, le type le plus cool de la planète est un condensé d'intolérance, un caractériel fini, un dictateur d'un genre nouveau qui tyrannise ses troupes en un clic de souris. » Vous avez dit « communication mal maîtrisée » ?

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Article extrait
du magazine N° 1690

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